Syndicalisme de lutte

“La classe ouvrière sait qu’elle n’a à compter que sur elle-même“ (Monatte)

Archive for the ‘Livres & Evénements’ Category

DVD sur René Lefeuvre

Posted by syndicaliste sur 13 juin 2008

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Ce documentaire retrace la vie de l’éditeur et militant socialiste révolutionnaire René Lefeuvre (1902–1988).
Fondateur en 1936 des éditions Spartacus, qu’il a animées jusqu’à sa mort et qui continuent son œuvre, René Lefeuvre a notamment contribué à faire connaître des textes de Rosa Luxemburg, Victor Serge, Maurice Dommanget, Max Stirner, Rudolf Rocker, Karl Korsch ou Anton Pannekoek.
Le DVD peut être commandé en ligne

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À vos marques®, prêts… cherchez !

Posted by lucien sur 26 février 2008

LIVRES

Editions du Croquant. Paru le 15/02/2008
ISBN : 978-2-9149-6837-9
256 pages. 18.50 euros

Isabelle Bruno

À vos marques®, prêts… cherchez !

La stratégie européenne de Lisbonne, vers un marché de la recherche

Mars 2000 : un Conseil européen extraordinaire se réunit à Lisbonne. Quoiqu’il n’ait pas fait les gros titres et demeure inconnu du grand public, ce sommet marque un tournant dans l’histoire de la construction européenne. Les chefs d’État et de gouvernement des quinze pays membres de l’Union se sont alors fixé « un nouvel objectif stratégique pour la décennie à venir : devenir l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde ». À cette fin, ils ont ouvert le chantier d’un Espace européen de la recherche (EER) qui entend organiser la production, l’échange et la valorisation des savoirs sur le modèle du Marché commun. Ce projet vise à orienter les activités de recherche et d’innovation vers une finalité de compétitivité économique. Son but n’est pas d’intégrer les systèmes nationaux en recourant au droit communautaire, mais de les mettre en concurrence au moyen de techniques managériales censées insuffler un « esprit compétitif » dans les laboratoires comme dans les administrations publiques. Par la construction d’indicateurs de performance et leur évaluation comparative (benchmarking), il s’agit d’inciter les « chercheurs-entrepreneurs » à optimiser leur productivité, et les gouvernants à aménager des conditions institutionnelles, juridiques et culturelles attractives aux yeux des investisseurs. Quantifier ainsi le travail scientifique et l’art de gouverner n’est pas neutre. En explorant la genèse et la rationalité au principe de l’EER, ce livre se propose d’en déchiffrer les effets politiques sur la société européenne en formation.

Isabelle Bruno est maître de conférences en science politique à l’université Lille 2 et membre du Centre d’études et de recherches administratives, politiques et sociales (CERAPS).

introduction

Mars 2000 : un Conseil européen extraordinaire se réunit à Lisbonne. Quoiqu’il n’ait pas fait les gros titres et demeure inconnu du grand public, ce sommet marque un tournant dans l’histoire de la construction européenne. Les chefs d’État et de gouvernement des pays membres de l’Union lui ont en effet assigné « un nouvel objectif stratégique pour la décennie à venir : devenir l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde ».
Dans leurs conclusions, cet objectif prend corps dans un programme décennal en deux volets, visant d’une part à « préparer la transition vers une économie compétitive, dynamique et fondée sur la connaissance » ; et d’autre part à « moderniser le modèle social européen en investissant dans les ressources humaines et en créant un État social actif ».
En mettant sur l’agenda les problèmes d’emploi, de formation professionnelle et d’exclusion, ce premier « sommet de printemps » a été présenté à l’époque, aussi bien par les universitaires que par les syndicalistes ou les sociaux-démocrates, comme l’acte de naissance de l’« Europe sociale », comme la « revanche de Maastricht ».
Et pour cause, ce qu’on a appelé la « vague rose » avait déferlé sur l’Europe depuis mai 1996, amenant au pouvoir des majorités de centre-gauche dans onze États membres sur quinze. Lorsque les Portugais prennent la présidence de l’Union début 2000, leur Premier ministre Antonio Guterres, qui se trouve alors être à la tête de l’Internationale Socialiste, peut donc mettre à profit un contexte propice au consensus pour tenter de surmonter les antagonismes inhérents aux questions extra-économiques. Le contexte est d’autant plus porteur qu’il conjugue les promesses de la « vague rose » avec celles de la « nouvelle économie ». On attend de la première l’ouverture d’une « troisième voie » qui bâtirait une « Europe sociale » enfin réconciliée avec la compétitivité industrielle ; et de la seconde, une croissance « vertueuse » – c’est-à-dire non inflationniste – fondée sur l’« immatériel » et le « capital humain », accompagnée d’un « retour au plein-emploi ».
Forte de cet unanimisme politique et économique, la présidence portugaise met donc au point une stratégie qui se veut à la fois globale et pragmatique. Globale dans la mesure où elle concerne aussi bien les politiques d’entreprise, de recherche et d’innovation, que la réforme des systèmes de retraites, d’éducation ou de santé. Pragmatique car elle délaisse la méthode communautaire traditionnelle, qui s’est certes montrée utile pour réaliser le Marché commun, mais qui apparaît désormais inopérante pour aller au-delà d’une Union économique et monétaire.
La stratégie – dite « de Lisbonne » – envisage donc bien la continuation de la construction européenne mais par d’autres moyens ; moyens qui ne sont plus diplomatiques ni juridiques, mais managériaux et disciplinaires. Elle entend remédier à ce qu’elle diagnostique être des problèmes d’action collective, en ayant recours aux solutions proposées par les tenants du New Public Management pour gérer efficacement l’organisation européenne, sur le modèle d’une « bonne gouvernance ». Là réside toute l’originalité de la stratégie de Lisbonne : dans la démarche qu’elle inaugure en aménageant un dispositif de coopération intergouvernementale, prétendument ouvert à tous les acteurs et baptisé de ce fait : Méthode Ouverte de Coordination (MOC pour les intimes). Avec le benchmarking pour pièce maîtresse, ce dispositif fonctionne à l’incitation, à l’émulation entre pairs et à la surveillance multilatérale, sans recours à la contrainte légale. C’est par la valorisation des performances nationales, leur quantification et la publicité de leur classement, qu’il plie les dirigeants étatiques à la discipline d’une gestion par objectifs. Autrement dit, les nouveaux champs investis par l’Union, sous la bannière de la MOC, ne font plus l’objet d’une intégration par le droit mais d’une européanisation par le chiffre.
Cet ouvrage se propose de mettre en évidence les effets politiques produits par la médiation du benchmarking dans les relations intergouvernementales. Plus précisément, il entend exposer comment l’ingénierie managériale de la MOC transforme les modes de pilotage et d’administration des activités de recherche, conçues non plus comme source de puissance étatique ou de savoirs collectifs, mais comme producteurs d’innovations brevetables et de propriétés intellectuelles. L’intention de son auteur est double : déchiffrer le discours et les pratiques qui réalisent un Espace Européen de la Recherche (EER) en engageant les États membres dans une compétition effrénée pour attirer les capitaux et les cerveaux ; montrer en quoi ce dispositif actualise la grandeur compétitive comme mesure de toute chose.
Après avoir retracé l’histoire de l’Europe de la recherche, seront identifiés les promoteurs du projet totalisant d’une « économie de la connaissance ». Nous tâcherons d’éclairer le travail de rationalisation et de contextualisation par lequel ils confèrent au dessein d’un « marché commun de la recherche et de l’innovation » la force de l’évidence et de la nécessité.
Une attention toute particulière sera portée à la fabrique du benchmark des 3% d’investissement en R&D comme signe de ralliement destiné aux gouvernants nationaux. Cet exemple nous servira de révélateur pour mettre au jour la bataille politique qui se joue dans l’ombre du consensus affiché par le Conseil européen.
C’est au sein des comités dits techniques et des offices statistiques qu’éclatent des conflits sur les critères pertinents d’évaluation, que des controverses se déclenchent sur la définition des indicateurs communs et que se nouent des alliances pour convenir des cibles à atteindre. En d’autres termes, c’est là que les cycles de benchmarking trouvent leur source de scientificité et de légitimité. Par la mise en nombre et la mise en comparaison des résultats nationaux, ils rendent visibles leurs écarts de performance dans des palmarès qui réordonnent « grands » et « petits » pays à l’aune d’une grandeur compétitive.
Or celle-ci, loin de préexister à l’opération qui la mesure, procède précisément des conventions d’équivalence par lesquelles les gouvernants acceptent de livrer leurs gouvernés à une course sans relâche pour faire advenir un « capitalisme cognitif » en Europe.
L’EER illustre la construction d’un espace européen d’équivalence, où la commune mesure ne sert pas l’égalité sociale et spatiale mais une mise en compétition des populations et des territoires. Son exploration est riche d’enseignements sur la manière dont la gouvernementalité libérale agence la confrontation d’espaces localisés de compétitivité dans un espace globalisé de concurrence. C’est en discernant les lignes de force de cette nouvelle géographie politique que nous espérons dégager des prises à l’exercice d’une pensée critique et de résistances pratiques. […]

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Défense des militants poursuivis par la CFDT: Projection-débat Lip (La Plaine-Saint-Denis, 16-02)

Posted by lucien sur 11 février 2008

2007, la CFDT porte plainte contre ceux qui luttent

1973 : le conflit des Lip connait un retentissement considérable, conflit au sein duquel la CFDT, parmi d’autres, porte la lutte.

30 ans plus tard, la direction de la CFDT porte plainte contre des chômeurs, des travailleurs en lutte et des intermittents qui voulaient simplement savoir pour quelles raisons et au nom de quoi « les accords » les concernant avaient été signés (pour plus d’infos, voir le communiqué AC!, et un article de Libération).

Dans le cadre de la préparation des procès qui vont opposer la direction de la CFDT à Michel Roger de la Compagnie Jolie Môme, Ludovic Prieur d’HNS et 4 camarades d’AC !, projection du film de Christian Rouaud

Les Lip, l’imagination au pouvoir

Samedi 16 février 2008 à 13h30 à La Belle Etoile

La projection sera suivie d’un débat :

Animé par Aline Pailler, journaliste à France Culture

Avec

Christian Rouaud, réalisateur du film

Irene Terrel, avocate de Ludovic et Michel, poursuivis pas la CFDT

– (Sous réserve) Charles Piaget, meneur CFDT dans la lutte de LIP en 1973

Brigitte Plaza, avocate des 4 d’AC ! poursuivis par la CFDT

La Belle Etoile,
14 rue Saint-Just
La Plaine-Saint-Denis
M* Porte de La Chapelle
Bus 153 arrêt Eglise de La Plaine>
Participation au soutien : à partir de 5 euros Renseignements : 01 49 98 39 20

En attendant le 16, n’oubliez pas de signer les deux pétitions pour la relaxe des inculpés et le retrait des plaintes de la CFDT, sur le site AC! et sur celui de Jolie Môme

Voir aussi:

 

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La révolution sioniste est morte

Posted by lucien sur 2 août 2007

Communiqué de l’UJFP, 29 juillet 2007:

C’est notre ami Michel Warschawski, président de l’AIC (Centre l’information alternative de Jérusalem), qui l’affirme. Ou c’est plutôt Avraham Burg, ancien président de la Knesset, qui l’affirme : Warschawski le cite en intitulant ainsi son dernier ouvrage.

Puisque l’été est un temps de lecture par excellence pour beaucoup de vacanciers, nous recommandons ce livre. Intitulé « La révolution sioniste est morte : Voix israéliennes contre l’occupation, 1967-2007 », ce recueil de 27 textes, réunis et présentés par Warschawski, racontent l’histoire des citoyens d’Israël qui se sont opposés à l’occupation depuis la guerre de six jours.

En France, on a l’habitude de prendre des gants pour critiquer la politique israélienne, tellement la question est sensible. En Israël, rien de tel : les critiques sont frontales, acerbes, directes, parfois brutales. Outre sa qualité d’ancien parlementaire, celui qui affirme que « la révolution sioniste est morte » est également l’ancien président de l’Agence juive, cet organisme para-gouvernemental dont le mandat est d’encourager l’immigration juive en Israël ! Puis une autre contributrice, ancienne ministre de l’Éducation, compare l’aveuglement des Israéliens sur le sort réservé aux Palestiniens à l’aveuglement des Allemands sous Hitler sur le sort réservé aux Juifs. Encore un autre contributeur, juif pratiquant et philosophe, dit que le refus des soldats de servir dans les territoires occupés peut mettre à mal le « consensus national-fasciste ». Encore un autre contributeur, journaliste vedette en Israël, ne se contente pas d’écrire dans Ha’aretz, un des principaux quotidiens du pays. Il a également écrit directement à Shimon Pérès, l’actuel Président d’Israël. Lorsque Pérès était encore le ministre des Affaires étrangères (Travailliste) du Premier ministre Ehud Olmert (Kadima), ce journaliste, une des voix les plus entendue dans le pays, lui disait en ces termes : « Tu continues à servir dans un gouvernement qui a du sang sur les mains, encore occupé à tuer, à emprisonner et à humilier, et tu es un partenaire de tous ses agissements, y compris les pires. »

Outre les multiples faits et méfaits qu’on apprend dans ces pages, rédigées par ceux qui sont les mieux informés sur ce conflit, ces témoignages ont le mérite de placer le débat politique sur le terrain polémique qui est le sien en Israël. Âmes sensibles s’abstenir. Car ceux qui prennent encore des gants pour ne pas poser des questions qui fâchent en auront largement pour leur argent.

La révolution sioniste est morte : Voix israéliennes contre l’occupation, 1967-2007, de Michel Warschawski, actuellement en librairie, 160 pages, 14 euros.

Source : Union Juive Française pour la Paix (UJFP).
www.ujfp.org

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Réédition du ‘Juin 36’ de Danos & Gibelin

Posted by lucien sur 27 juillet 2007

 

 

Juin 36
Jacques Danos & Marcel Gibelin

Les 2 et 3 juin, ce sont des entreprises appartenant a l’industrie chimique, a l’alimentation, au textile, aux industries graphiques, a l’ameublement qui sont paralysées par la grève et occupées. Le 4 juin, les grèves s’étendent encore : les camionneurs, la distribution des journaux, les restaurants et hotels, le livre, la serrurerie, l’orfèvrerie, la distribution d’essence, les laboratoires pharmaceutiques, l’habillement, le batiment, le gaz, l’agriculture… Partout ou elles éclatent, les grèves s’accompagnent d’occupation, partout elles rassemblent la quasi-totalité du personnel ; partout elles sont immédiatement appuyées par la sympathie active de la population. Le désordre apparent des mouvements dispersés peut se transformer en une manifestation puissante, en un mouvement général dont les conséquences seront peut-être redoutables.”

La réalité de juin 1936 que nous fait découvrir cet ouvrage est bien différente de la version forgée par les dirigeants des partis du Front populaire, et reprise par leurs héritiers politiques. Jacques Danos et Marcel Gibelin montrent que ce ne fut pas le gouvernement du Front populaire de Léon Blum qui accorda à la classe ouvrière les 40 heures, les congés payés, le droit d’élire des délégués, ou les importantes augmentations de salaires. Tout cela fut arraché par la grève.

Les accords Matignon ne furent pas un cadeau offert à la classe ouvrière pour la récompenser d’avoir bien voté, mais un contre-feu mis en place à la hâte par le patronat et le gouvernement Blum soutenu par la CGT et les partis de gauche, animés par une même préoccupation : tenter de ramener dans son lit le torrent de la greve. Ils y réussirent, mais difficilement.

Ce livre a été édité pour la première fois en 1952. Les auteurs ont su nous faire revivre cette période et le mouvement gréviste de manière enthousiasmante et détaillée. Tous ceux qui sont partie prenante des combats des travailleurs y retrouveront l’atmosphère, l’élan de ce grand moment du mouvement ouvrier. Ils y trouveront aussi des lecons qui éclairent la période actuelle.

320 pages _ 14.00 Euros (franco de port via le site éditeur) ISBN : 2-915727-08-2

En librairie depuis juin 2007
http://www.atheles.org/lesbonscaracteres/histoire/juin36/index.html

Diffusé par Editions Agone. BP 70072 F-13192 Marseille cedex 20

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« L »intellectuel de gauche va disparaître, tant mieux »

Posted by Vendemiaire sur 18 juillet 2007

Alain Badiou, philosophe, professeur émérite à l’Ecole normale supérieure

« L »intellectuel de gauche va disparaître, tant mieux »

LE MONDE, 14.07.07

Comment interprétez-vous les changements politiques et électoraux récents ?Comme la véritable fin de la forme française de l’après-guerre : un système droite-gauche qui avait en partage un bilan très particulier de la guerre, du pétainisme et de la Résistance. Le système gaullo-communiste. Chirac était le Brejnev du gaullisme, c’est-à-dire celui qui conserve un système délabré, et dont l’idée prudente est qu’il vaut mieux ne rien faire. L’élection de Nicolas Sarkozy et le fait que des gens présumés de gauche entrent dans son gouvernement sonnent le glas de cet après-guerre. En attendant, quelle est cette nouvelle droite qui, n’étant plus gaulliste, est capable de siphonner les voix de l’extrême droite ? Disons les évidences : capitalisme décomplexé et réhabilitation à la fois factice et agressive du signifiant national.

Hormis les antiques maximes de la réaction « C’est très bien d’être riche » et « Que les pauvres travaillent plus et nous obéissent », le contenu positif du sarkozysme est incertain. Son contenu négatif est bien connu : persécution des étrangers, surtout s’ils sont ouvriers et/ou pauvres ; ministère spécial pour « s’occuper » des affaires de ces gens-là ; mise au pas répressive de la jeunesse populaire. La vraie campagne de M. Sarkozy n’a pas été l’élection présidentielle mais son action en tant que ministre de l’intérieur. Sa loi sur les étrangers, aussi scélérate que peu connue du public, et les rodomontades policières ont fait entrer de façon ouverte le lepénisme dans l’Etat et enterré l' »exception française ». D’où la déconfiture totale de la gauche et de l’extrême gauche, cramponnées au consensus d’après-guerre.

Quelles conséquences ces changements politiques peuvent-ils avoir sur la vie intellectuelle ?

Le ralliement à M. Sarkozy symbolise la possibilité pour des intellectuels et des philosophes d’être désormais des réactionnaires classiques « sans hésitation ni murmure », comme dit le règlement militaire. Sont compris dans ce ralliement la fréquentation corrompue des riches et des puissants, la xénophobie antipopulaire et l’adoration de la politique américaine. Autrefois, quand un intellectuel était de droite, il avait des complexes. Même Raymond Aron en avait ! La séquence de l’après-guerre avait constitué le personnage bien typé de l’intellectuel de gauche. Nous allons assister – ce à quoi j’aspire – à la mort de l’intellectuel de gauche, qui va sombrer en même temps que la gauche tout entière, avant de renaître de ses cendres comme le phénix ! Cette renaissance ne peut se faire que selon le partage : ou radicalisme politique de type nouveau, ou ralliement réactionnaire. Pas de milieu.

Vous êtes, depuis la parution de Circonstance, 3. Portées du mot « juif » (Lignes, 2005), au coeur d’une polémique intellectuelle à propos de vos positions sur Israël que certains pensent favorables à sa disparition. Qu’en pensez-vous ?

Je crois que cette polémique, si on la prend à son niveau le plus consistant et le plus élevé, tourne autour de la question de l’universel. Quel est le rapport entre le mot « juif » dans toute son extension, sa résonance historique et intellectuelle, et l’universalité émancipatrice ? L’universalisme subit une attaque de droite qui maintient qu’il faut revenir aux nations, aux traditions, à la religion, à la morale des familles, etc. Mais il doit compter aussi avec une attaque de gauche qui soutient que l’universalisme abstrait a toujours été une forme d’impérialisme intellectuel et qui pense que les identités sexuelles, raciales ou communautaires doivent être défendues. Contre quoi ? Eh bien, finalement, contre l’abstraction du marché. Dans ce débat, j’estime occuper une position médiane, même si j’ai la dent dure. Je m’oppose à la défense traditionaliste des identités morales, nationales ou religieuses, mais aussi à la défense moderniste qui prétend faire des identités le coeur de l’opposition politique au capitalisme mondialisé. Tel est le contexte dans lequel j’aborde la question du mot « juif ».

Pourquoi réduisez-vous la question à un mot ? N’est-ce pas une réalité ?

Bien sûr ! « Français » aussi… Mais « être français » ne m’empêche pas d’être d’origine africaine, ou aristocrate héréditaire, ou à moitié allemand, ayant telle ou telle idée de mon pays, héritier de la Révolution française ou au contraire fétichiste d’un terroir… Sous le mot, de valeur variable, on trouve une multiplicité infinie. Je polémique contre ceux qui disent que « juif » est un nom, et non pas un mot, c’est-à-dire ceux qui soutiennent que le mode de rassemblement que ce nom forme est unifié et absolument irréductible à tout autre. A mon avis, cela n’est soutenable que si intervient la transcendance divine. Dans ce cas, et dans ce cas seulement, on peut soutenir que « juif » est un nom, parce qu’il s’inscrit dans l’espace d’une élection : « juif » est le nom de l’Alliance. Je soutiens, comme le fait de façon cohérente Levinas, qu’il n’est pas possible de maintenir cette exception nominale sans l’appui de la religion.

Ma cible n’est en réalité ni le sionisme, ni l’existence de l’Etat d’Israël, ni même un certain type de relation entre l’identitaire et l’Etat. Je critique une instrumentation idéologique du mot « juif » dans la polémique intellectuelle, spécialement en France, à des fins que je crois liées à la vague réactionnaire dans laquelle nous sommes plongés depuis près de trente ans. Il serait terrible pour les juifs, cette multiplicité vivante, de laisser le mot dont ils se réclament, et qui est lié de longue date aux aventures de l’universel, devenir l’emblème du capitalisme modernisé, de la xénophobie anti-arabe ou anti-africaine et des guerres américaines. Je constate, avec une vraie douleur, que toutes sortes de gens dont j’ai été proche, parfois de chers amis, qui vers 1970 gravitaient autour du maoïsme révolutionnaire, ont pratiqué peu à peu la référence au mot « juif » et à l’Etat d’Israël comme un support pour quelque chose de politiquement et d’intellectuellement plus vaste, que l’on peut appeler la réinsertion dans l’Occident. Par « Occident », je veux dire l’ensemble des pays développés et « démocratiques », leur puissance et leur mode de vie jugé supérieur. Le traumatisme inouï qu’a été l’extermination des juifs d’Europe dans les chambres à gaz du nazisme rend cette instrumentation redoutable, parce qu’elle sidère la pensée, l’immobilise dans une mémoire conservatrice.

On vous accuse de vous attaquer à la mémoire de la Shoah, ou du moins à ses usages. Est-ce parce qu’elle a servi l’itinéraire que vous dénoncez ?

Je pense que la promotion des massacres et des victimes comme seuls contenus intéressants de l’Histoire est liée à un processus profond de dépolitisation. Examiner toutes les situations exclusivement à travers des catégories morales conduit à l’impuissance politique. D’autre part, je ne pense pas que la mémoire soit une bonne catégorie si l’on désire la non-répétition des désastres, parce que cette non-répétition suppose un jugement rationnellement constitué sur ce qui s’est passé. Une mémoire émotive fondée sur l’horreur et ses images est en réalité ambivalente. Distinguer entre ce qui relève de l’émotion de répulsion et l’émotion de fascination est très difficile. Oui, je me méfie de la mémoire. Tout autant de la mémoire des atrocités coloniales ou du stalinisme que de la mémoire du nazisme. L’intelligence politique et historique doit universellement remplacer la douteuse mémoire, proie désignée des propagandes.

C’est en ce sens que vous suggérez dans Circonstances, 3 d’oublier l’Holocauste ?

Cette phrase, dont je veux rappeler qu’elle figure dans un entretien avec le journal israélien Haaretz, était, vous vous en doutez, d’une imprudence calculée : elle ne pouvait se comprendre que dans le contexte, traitant des conditions de possibilité d’un dialogue entre Palestiniens et Israéliens. La phrase suivante précise aussitôt qu’un tel oubli est évidemment impossible.

N’est-ce pas la mémoire de la Shoah qui conserve, au moins en Occident, sa légitimité à l’Etat d’Israël ?

Que les choses soient claires : je n’ai jamais pensé que le destin des Israéliens était d’être jetés à la mer. Je ne crois pas non plus que la question des frontières d’Israël soit au coeur du problème. De l’intérieur d’une situation assumée, autrement dit en déclarant que l’installation de centaines de milliers de juifs à cet endroit-là est irréversible, j’estime que l’idée régulatrice, pour le devenir de la région, ne peut être que la vie mêlée des Palestiniens et des Israéliens sur une même terre. J’ai toujours pensé que la formule d' »Etat juif » était une formule périlleuse. Aujourd’hui, les politiques émancipatrices veulent que les nationalités et les Etats ne soient pas exclusivement définis en termes identitaires ou raciaux. Au minimum : le droit du sol contre le droit du sang. Israël sera nécessairement pris dans ce devenir, où l’universel s’établit peu à peu là où régnait la particularité.

Cela vous paraît mettre en question la légitimité d’Israël comme Etat juif ?

Vous savez, j’ai certainement écrit des choses beaucoup plus violentes contre la France que contre l’Etat d’Israël ! Le sionisme peut être inscrit dans une dimension coloniale, mais aussi dans une dimension révolutionnaire. Il a combiné les deux aspects, c’est ce qui en fait un phénomène singulier. Que des gens qui se désignaient au sein des nations européennes comme une minorité particulière de caractère national – la minorité juive – aient voulu trouver un lieu où réaliser territorialement cette identité sous la forme d’un Etat est une réalité historique qui, comme toute autre réalité de ce genre, n’est ni légitime ni illégitime. Ce que je ne crois pas raisonnable, c’est que cette aventure soit mise en exception des aventures nationales du même ordre, voilà tout.


Alain Badiou est philosophe, professeur émérite à l’Ecole normale supérieure
Propos recueillis par Nicolas WeillArticle paru dans l’édition du 15.07.07

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Soirée du 16-05 à la Bourse du travail de Paris

Posted by lucien sur 13 mai 2007

Les Sans Voix sur les routes
PROJECTION EXCEPTIONNELLE
Paris le Mercredi 16 mai à 18h30, à la Bourse de Travail de Paris


Alors que se prépare une Marche contre la précarité en direction du G8 de Rostock (départ le 19 mai à Paris, arrivée le 2 juin à Rostock), Canal Marches, créé en 1997 dans le sillage des premières marches européennes contre le chômage, vous invite à une « soirée espagnole », avec deux films réalisés à 70 ans d´écart, traitant tous les deux de… marches contre le chômage.

« AURORA DE ESPERANZA » un film de Antonio Sau (1936) 58 mn

Ce film a été produit en pleine guerre civile et révolution sociale espagnole, par le Syndicat du spectacle collectivisé de la CNT. « Aurora de Esperanza » fait penser aux films de la même époque de Renoir, ou de Carné et Prévert. Il conte la révolte d´un ouvrier de Barcelone. Devenu chômeur en 1935 il se porte à la tête d´une grande « Marche de la faim » : plusieurs centaines de chômeurs allant de villes en village…
Le film sera présenté par le réalisateur Richard Prost

« LA MARCHE ANDALOUSE » un film de Patrice Spadoni (2006) 67 mn
Documentaire sur la Marche européenne contre le chômage de juin 2002, de Clermont-Ferrand à Séville. Portrait d´un groupe sympathique et truculent de « marcheurs », souvent chômeurs ou sans logis, partis à la découverte de l´Andalousie et des mouvements de résistance espagnols.
Le film sera présenté par le réalisateur et quelques-uns des acteurs de cette marche


Mercredi 16 mai 2007 à partir de 18h30
Bourse du Travail, 3 rue du Château d´Eau, Métro République
Salle Jean Jaurès (sous-sol) réservée par SOLIDAIRES
Entrée libre
Remerciement à l´association Belleville en vue(s)

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4 films sur la valeur du travail

Posted by lucien sur 9 avril 2007

Au sujet de la valeur du travail : quatre films pour en parler ! :
Entrée sur libre participation.

La plupart des candidats à l’élection présidentielle affirment leur volonté de “restaurer la valeur travail”. Ils promettent de mettre en place une ambitieuse politique censée conduire au plein-emploi pour tous. De quels emplois s’agit-il? De quelle valeur parlent-ils? Pour répondre à ces questions le mieux est de donner la parole aux principaux intéressés. Ainsi font ces quatre films réalisés aux cotés des salariés des centres d’appels, des fast-food, des entreprise de jeux-vidéo, ou de jeunes résidents d’un foyer de Seine-St- Denis.

Lundi 9 avril à 20h30 (en présence du réalisateur) :
“Ceux des fast-food” de Christophe D’Hallivillée (45 mn-1999) Documentaire réalisé avec les équipiers de restaurants Quick et Macdonald’s à Paris. Dans ce film les salariés mettent en scène une expertise de leurs conditions de travail sur les chaines de la restauration rapide. Selon le même procédé ils analysent les cadres généraux de leur existence, leur relations avec les établissements bancaires et les bailleurs. De la sorte ils cartographient peu à peu le territoire de vies assujetties dont l’emploi précaire forme
l’épicentre.

“Pour 300 appels par jour” de Christophe D’Hallivillée (50 mn-2000) Documentaire tourné à Amiens, capitale française des centres d’appels, en 2000. Ce documentaire est consacré à l’analyse des conditions de travail et d’existence des salariés de ce secteur.
Flexibilité, précarité, bas salaires, surveillance informatique,
cadences élevées caractérisent la forme de l’emploi. Ici on vend ses capacités langagières, affectives, cognitives au prix du SMIC. Ici le CDI est vécu comme un piège destiné à fixer la main-d’oeuvre. Ici comme ailleurs il semble délicat d’analyser la précarisation du travail sans adosser cette tache à une réflexion sur un système de protection sociale qui garantirait à chacun une continuité de revenu.

Mardi 10 avril à 20h30 (en présence du réalisateur) :
“Au pays joyeux des enfants heureux” de Christophe D’Hallivillée (52 mn)
Documentaire décrivant la création et l’histoire du site internet Ubi Free. Ce site, créé par des employés de la société de jeux-vidéo Ubi Soft, présente les conditions de travail qui règlent la vie de l’entreprise. Infantilisation du personnel, arbitraire de la rémunération, emploi massif de CDD se conjuguent avec une valorisation de la société fondée sur la créativité des équipes et l’escamotage de la reconnaissance du droit d’auteur des salariés – dans un secteur au chiffre d’affaire supérieur au C.A. généré par les productions d’Hollywood.

“Deux ou trois choses sur nos vingt ans” de Christophe D’Hallivillée (50 mn-2003) Documentaire réalisé dans un foyer de jeunes travailleurs en Seine-St-
Denis. Tout en déambulant dans leurs chambres, les résidents évoquent le paysage de leur existence, la forme et le contenu des emplois qui leur sont proposés. Ils marchent en décrivant leur survie au jour le jour… Ils marchent en disant des poèmes au long d’infinis corridors… Tandis que dehors, dans le ciel, crépitent les JT et les publicités, la cacophonie des promesses électorales et des bombardements en Irak.

Confluences, 190 boulevard de Charonne
75020 Paris
M°Alexandre Dumas

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Un an après le CPE à Paris III Censier

Posted by lucien sur 3 avril 2007

Un an après le CPE…

À Censier :

Meeting : Où en est la précarité ? Mercredi 4 avril ­ de 18 h à 21 h ­ salle 437 avec : ­ un des auteurs du « Livre noir sur les universités françaises » ­ un étudiant grec ­ un des auteurs de « La France invisible² ­ Gérard Filoche, inspecteur du travail et un gréviste de PSA Aulnay

Ciné-débat contre le racisme Jeudi 5 avril ­ de 18 h à 21 h ­ salle 531 Projection du film « Témoignage d’une escalade² de Kiddam suivi d’un débat en présence du réalisateur

Concerts Vendredi 6 avril ­ de 18 h à 21 h – amphi B Surprise

Et durant les 3 jours sur le parvis et dans le hall : tables, expos, projections de courts-métrages…

À l’appel de : CNT, Collectif P3, Collectif pour une alternative au libéralisme, JCR, Observatoire des libertés manifestives, SNASUB-FSU, UEC, UNEF.

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Une histoire de l’éducation populaire

Posted by lucien sur 28 février 2007

«Une histoire de l’éducation populaire»
de Jean-Marie Mignon,
Editions « La Découverte »
235 pages. février 2007. 24€

Transformation sociale ou institution?

L’Education populaire représente aujourd’hui un ensemble multiple complexe…
Qu’y a t-il de comparable entre la Ligue de l’Enseignement, institution parmi les institutions et l’association de quartier, si ce n’est une histoire que la premiere semble avoir oubliée et que la seconde ignore?
L’auteur nous entraîne dans la grande epopée de l’Education populaire qui s’est developpée à la fin du 19ème siècle pour prendre son envol durant le front populaire et surtout à la libération.
C’est cette période d’ailleurs, de 1944 à aujourd’hui qui retient l’attention de Jean Marie Mignon.
Dès la fin de la guerre, alors que le nationalime fait des ravages, les mouvements d’éducation populaire vont rouvrir et faire fonctionner en Allemagne même les auberges de jeunesse et les universités populaires.
L’internationalisme n’est pas pour ces pionniers un slogan pour congrès mais une raison d’être, une valeur à faire vivre.
Il s’agit pour tous les mouvements qui se construisent et se dévéloppent de promouvoir la diffusion de la connaissance devenant accessible à toutes et à tous.

Les divergences sont importantes entre les associations « contenues » plus ou moins bien par les églises et les laïques qui enrichissent leur reflexion et n’hesitent pas à s’affirmer comme mouvements de transformation sociale.
C’est ainsi que « Depuis 1956, la Ligue de l’enseignement a suscité des débats sur la regulation des naissances ».
Beaucoup de digues vont sauter et des mouvements d’inspiration confessionnelle vont être traversés par des courants progressistes.
« Le Mouvement francais pour le planning familial (MFPF), fondé par des militantes est créé en 1960 »
L’épopée des militants se termine-t-elle à la fin des années 70 avec la double impasse que representent l’institutionnalisation et la marchandisation?
La question est posée en filigrane par l’auteur et par de nombreux acteurs associatifs.
Beaucoup ont cru à une refondation pouvant s’appuyer sur les rencontres de l’Education Populaire initiées par la Ministre Marie George Buffet. L’attente très forte de la part de militants et de militantes sera vite déçue.
Luc Carton à qui est confié le rapport est remercié « il s’efface des couloirs du ministère ».
Le document final sera « sans saveur ni couleur ».
Jean Marie Mignon n’élude aucun débat ni aucun élément clé de l’histoire riche de mouvement.
L’auteur , conseiller technique et pédagogique de la Jeunesse et Sports nous livre aussi ses reflexions sur l’avenir de l’Education populaire.
Je ne partage pas toute son analyse et notamment quand il propose que l’éducation populaire se réoriente pour « mener un travail d’intégration, éduquer dans une norme sociale commune »
Cette voie si elle est suivie risque de dématurer l’objet même de ce grand mouvement émancipateur devenant un régulateur social.

Ce livre a le mérite d’apporter un éclairage complet sur l’histoire du mouvement d’éducation populaire et d’amorcer le débat indispensable que les militantes et militants doivent mener afin que ce mouvement n’abandonne pas l’orientation qui est la sienne pour ne devenir qu’une institution plus ou moins intégrée à l’appareil d’Etat.

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