Syndicalisme de lutte

“La classe ouvrière sait qu’elle n’a à compter que sur elle-même“ (Monatte)

Motion laïcité d’Emancipation-SNES

Posted by lucien sur 10 janvier 2008

Présentée au Conseil National du SNES des 8 et 9 janvier 2008

La laïcité noyée dans le bénitier
de la basilique Saint-Jean de Latran

Le Président de la République a prononcé au Vatican, le 20 décembre dernier, lors de son intronisation à la fonction honorifique de chanoine de la basilique de Latran (c’est-à-dire la cathédrale archiépiscopale du Pape), un discours hallucinant qui, s’il devait être suivi de dispositions pratiques le concrétisant, viderait la loi de 1905, « Loi de séparation des églises et de l’État », de son contenu.
Au-delà des falsifications de l’histoire faisant du baptême de Clovis la date de naissance de la France « fille aînée de l’Église », ce discours fait de la religion catholique la religion de référence de « l’identité nationale » (« notre religion majoritaire« ) et des croyants les citoyenNEs les plus utiles à la République : « Ceux qui ne croient pas doivent être protégés de toute forme d’intolérance et de prosélytisme. Mais un homme qui croit, c’est un homme qui espère. Et l’intérêt de la République, c’est qu’il y ait beaucoup d’hommes et de femmes qui espèrent. »
Il n’est pas acceptable que le Président de la République et par voie de conséquence tous ceux qui à des degrés divers exercent une fonction dans une Institution de la République, partagent la population entre croyants et non croyants. Que dirait-on si un fonctionnaire de l’Éducation Nationale pratiquait ainsi dans l’exercice de ses fonctions ?
Le Président de la République bafoue sa responsabilité institutionnelle en montrant le chemin de ce comportement discriminant.
Dans un État de droit, le choix des options spirituelles des individuEs ne concerne pas les tenants du pouvoir politique à moins de vouloir revenir au temps où la religion du peuple devait être celle du prince ; ce qui serait renier trois siècles et plus de combat émancipateur.
« Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance. », peut-on lire dans ce discours.
Établir une hiérarchie éthique entre l’instituteur et le curé n’a bien évidemment aucun sens. L’honneur des instituteurEs et des professeurEs de l’enseignement public est d’avoir œuvré et d’œuvrer encore, quelquefois en conflit avec les gouvernements de la République, à établir un enseignement pour que les êtres humains puissent, s’ils/elles le souhaitent, construire leur vie en se passant de maître à penser. L’autonomie de jugement de chaque individu est inaliénable et celles et ceux qui entendent l’exercer sans le soutien de directeurs de conscience n’ont pas à être jugéEs à l’aune de cette volonté.
Abordant les vertus civilisationnelles du christianisme, le Président de la République a dit partager « l’avis du pape quand il considère, dans sa dernière encyclique, que l’espérance est l’une des questions les plus importantes de notre temps. Depuis le siècle des Lumières, l’Europe a expérimenté beaucoup d’idéologies. Elle a mis successivement ses espoirs dans l’émancipation des individus, dans la démocratie, dans le progrès technique, dans l’amélioration des conditions économiques et sociales, dans la morale laïque. Elle s’est fourvoyée gravement dans le communisme et dans le nazisme. Aucune de ces différentes perspectives – que je ne mets évidemment pas sur le même plan – n’a été en mesure de combler le besoin profond des hommes et des femmes de trouver un sens à l’existence. »
C’est bien vite oublier l’époque où l’Église catholique disposait du pouvoir : le développement de la théorie du « peuple déicide » qui fonde pour une part l’antisémitisme, les guerres de religions, les hérésies férocement réprimées, les croisades, les bûchers de l’Inquisition, la condamnation de la recherche scientifique (Galilée, Giordano Bruno…), les œuvres mises à l’Index, l’affaire Callas, celle du Chevalier de la Barre, la reconnaissance bien tardive du principe des droits de l’homme… et ne parlons pas de ceux des femmes, les Magdalena Sisters, le rejet de la liberté de conscience (syllabus de 1864), l’acceptation laborieuse et à contre cœur des principes de la démocratie, le soutien aux régimes de Franco, Salazar, Hitler, Mussolini, Pétain, Ortiz et autre Pinochet… Voilà un aperçu de cet héritage chrétien que semble absoudre le président alors qu’il désigne unilatéralement les idéaux des Lumières comme fauteurs de désespérance parce qu’incapables d’apporter « un sens à l’existence ». Niant les réalités historiques, le procédé relève de la malhonnêteté intellectuelle.
Le Président ne va-t-il pas jusqu’à déclarer que « … la morale laïque risque toujours de s’épuiser ou de se changer en fanatisme quand elle n’est pas adossée à une espérance qui comble l’aspiration à l’infini » ? Les fanatiques religieux qui ne cachent pas leur aspiration à l’infini puiseraient-ils leur inspiration dans la morale laïque ?
Quant à la Loi de séparation des Églises et de l’État de 1905, il ne l’évoque que pour comprendre « les souffrances que sa mise en œuvre a provoquées en France chez les catholiques, chez les prêtres, dans les congrégations, avant comme après 1905« . Alors qu’elle ne fit qu’émanciper l’État des églises et les églises de l’État !
Faire de l’Europe le produit exclusif du catholicisme valorise une religion de préférence et nous fait entrer dans la logique de choc des civilisations. Cette proclamation dangereuse est un contresens de l’histoire qui oublie que les conquêtes de droits individuels ou collectifs se sont le plus souvent faites contre le dogmatisme religieux. Et ce sont ces conquêtes qu’il convient de préserver et pour beaucoup d’entre elles d’amplifier : la liberté de conscience, l’égalité des droits (devant l’école, la justice, la santé, l’emploi…), l’égalité des sexes…
Pour le SNES, le discours du Président de la République, amplifié par les circonstances dans lesquelles il a été prononcé, constitue une agression de la plus grande gravité à l’encontre de la Laïcité qui préfigure les contournements de la Loi de 1905 préconisés par la commission Machelon et que la Ministre de l’Intérieur et des Cultes s’est engagée, auprès des diverses autorités religieuses, à prendre en compte.
Le SNES décide

  • d’adresser au Président de la République une lettre ouverte manifestant sa totale réprobation du contenu de son discours de Saint-Jean de Latran tenu le 20 décembre 2007 et son total désaccord sur la conception de « laïcité positive » qu’il y développe.
  • de prendre, dès maintenant, tous les contacts nécessaires (syndicaux, associatifs, politiques…) pour que se construise un mouvement unitaire de défense de la laïcité, pour prévenir toute modification de la loi de 1905 et toute tentative de mise en place des préconisations de la commission Machelon.

Il proposera au prochain CDFN de la FSU que cette démarche devienne fédérale.

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Une Réponse to “Motion laïcité d’Emancipation-SNES”

  1. Michel THYS said

    Pourquoi Sarkozy est-il, à ce point, inféodé à la religion ?
    Apparemment, sa lettre aux éducateurs était pourtant un plaidoyer en faveur de la laïcité ! Mais il est clair à présent qu’il ne l’a pas rédigée lui-même … Par sa provocation (volontaire ?) au Vatican, le président confirme un fait d’observation sociologique et psycho-neuro-physiologique : une éducation religieuse précoce, fondée sur la confiance et l’exemple des parents, confortée par l’influence des éducateurs et celle d’un milieu croyant, tous forcément unilatéraux, laisse des traces indélébiles dans le « cerveau émotionnel » qui sont susceptibles d’influencer le « cerveau rationnel » et donc l’esprit critique ultérieur, indépendamment de l’intelligence et de l’intellect, du moins dès qu’il est question de religion … A des degrés divers, certes, selon le degré de soumission exigé.

    Une « laïcité positive  » qui, soi-disant, laisserait « la liberté de croire ou de ne pas croire » n’est donc qu’un « voeu pieux » voire hypocrite puisqu’en pratique, cette liberté est inversement proportionnelle à l’importance de l’imprégnation religieuse, presque toujours inconsciente … Ce dont témoigne ab absurdo le président.

    Comment Nicolas Sarkozy ose-t-il dire notamment que  » la morale laïque risque toujours de s’épuiser ou de se changer en fanatisme quand elle n’est pas adossée à une espérance qui comble l’aspiration à l’infini  » ? ! Quelle ignorance de ce que sont les principes, les valeurs, les fondements et les objectifs de l’humanisme laïque ! Comme si la « foi (entendez la confiance) en l’homme » des laïques (du moins s’il est placé dans des conditions favorables) n’existait pas ! Comme si « l’espérance » en un avenir plus humain et la « spiritualité » étaient l’apanage des seules religions !

    Le président semble penser que la laïcité philosophique cherche encore à contester le droit élémentaire de croire en un dieu. En fait, elle souhaite seulement qu’à notre époque de pluralisme des cultures et des convictions, les jeunes, par simple honnêteté intellectuelle, soient mieux informés de l’existence d’alternatives laïques non aliénantes, et qu’ils puissent choisir, aussi librement et aussi tard que possible, de croire ou de ne pas croire.

    Hélas, actuellement, aussi bien en France qu’en Belgique ou au Québec, la laïcité politique, implicitement philosophique, n’assure pas une telle information (excluant bien sûr, elle, tout prosélytisme). Elle pourrait pourtant proposer ainsi une alternative à la « quête de sens » engendrée par la déconfiture des religions, sauf l’islam, et par la déconfessionnalisation croissante (ce dont profitent bien évidemment les sectes !).

    Encore faudrait-il s’opposer activement à la volonté présidentielle de redorer le blason du catholicisme, et de lui faire prendre conscience de son élémentaire devoir de neutralité et de réserve ! La France est le seul pays au monde dont la Constitution sépare l’Eglise et l’Etat. Mais pour combien de temps encore, si l’on ne réagit pas suffisamment fort ?

    Je me demande enfin (c’est un euphémisme !) si Nicolas Sarkozy est conscient qu’il favorise, comme son homologue et ami américain, le « choc des civilisations » … Mais il a été élu démocratiquement … Reste à savoir si la majorité démocratique a nécessairement toujours raison … Mais ceci est un autre débat !

    Théoriquement, il devrait être prématuré de porter un jugement sur la « politique religieuse » de Sarkozy et il devrait donc avoir droit au bénéfice du doute. Mais en pratique, sauf levée massive mais improbable de boucliers, je crains fort que les dés soient jetés pendant encore quatre ans ! Ensuite, comme toujours, il faudra reconstruire ce que détruisent l’usure du temps et la folie des hommes … !
    Michel THYS, Waterloo.
    Via Google : Croire ou Ne pas croire, that ‘s the question ,
    ou via le lien http://atheisme.free.fr/Contributions/Croire_ou_pas_croire.htm
    michelthys@tele2allin.be

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