Syndicalisme de lutte

“La classe ouvrière sait qu’elle n’a à compter que sur elle-même“ (Monatte)

Archive for septembre 2007

Appel unitaire 2° degré à la grève dans l’Académie de Créteil

Posted by lucien sur 28 septembre 2007

Académie de Créteil – 27 septembre 2007

SNES-FSU, SNFOLC, CGT-Educ’Action, SNETAA-EIL, SUD-Education, SNUEP-FSU, SNPEFP-CGT

Unité face aux attaques contre la Fonction Publique et les Services Publics (retraites, statuts, postes, salaires…) :

APPEL A LA GREVE JEUDI 18 OCTOBRE 2007

Les déclarations du président Sarkozy marquent une offensive supplémentaire et généralisée contre les salariés et ouvrent une période cruciale pour la défense des acquis de tous les salariés, ceux du public et ceux du privé.
Les discours du Président sur la sécurité sociale et les retraites, et sur la « refondation » de la fonction publique signifient :
– la remise en cause des régimes spéciaux : le gouvernement entend opposer les salariés entre eux et cherche ainsi à faire passer pour l’ensemble des salariés la remise en cause de la retraite à 60 ans et l’allongement de la durée de cotisation à 42 ans dès 2008.
– la suppression de 22 000 emplois de fonctionnaires pour 2008, dont 11 200 dans l’Éducation, qui s’ajoutent aux 25 000 postes supprimés ces 5 dernières années, aux conditions de travail de plus en plus difficiles avec des classes surchargées, des postes non pourvus, des affectations sur deux ou trois établissements et un développement insupportable de la précarité.
– la remise en cause du statut de la fonction publique : recrutement de fonctionnaires en contrats de droit privé, « pécules » pour partir, non remplacement d’un fonctionnaire sur deux, salaires individualisés et au « mérite ».
– l’amorce de la privatisation de la Sécurité sociale : instauration, entre autre, d’une assurance individuelle pour les personnes âgées et de franchises médicales supplémentaires.
– le maintien du blocage des salaires, une nouvelle loi sur l’immigration aggravant encore le regroupement familial, l’instauration d’un test ADN, la poursuite des expulsions des sans papiers…

Les organisations syndicales signataires s’opposent totalement à ces mesures destructrices et dénoncent le discours sur l’équité qui n’est que la couverture d’un alignement systématique par le bas et le refus de nouvelles garanties et avancées sociales. Elles refusent toute tentative d’opposer les salariés du régime général à leurs collègues des régimes spéciaux ou les travailleurs du public à ceux du privé.
Les organisations syndicales de l’académie de Créteil demandent une nouvelle fois au recteur de Créteil et au gouvernement satisfaction des revendications des personnels dans les établissements qu’elles lui ont à plusieurs reprises transmises concernant la rentrée 2007 : rétablissement des 723 postes supprimés en cette rentrée dans l’académie de Créteil, création des classes et postes nécessaires ; elles apportent leur soutien aux établissements dont plusieurs ont dû avoir recours à la grève pour obtenir des moyens et la nomination de personnels manquants.

Le retrait du CPE et l’abrogation du décret de Robien
montrent que la mobilisation dans l’unité peut faire reculer le gouvernement.
La défense des régimes spéciaux, la défense de nos retraites, de nos statuts,
c’est une bataille cruciale pour tous les salariés.

Les fédérations de cheminots (FO, CGT, CFTC, Sud Rail, CGC) appellent à la grève le 18 octobre pour la défense des régimes spéciaux de retraites et de pensions, et le retour aux 37,5 annuités pour tous. Les fédérations de l’énergie FO et CGT également qui s’opposent en plus à la privatisation Fusion GDF-SUEZ.
Les organisations syndicales de l’académie de Créteil soussignées, se prononcent pour que le 18 octobre soit une journée de grève et de manifestation de l’ensemble de la fonction publique et des secteurs privés.

Les organisations syndicales de l’académie de Créteil soussignées, appellent les personnels de l’Éducation Nationale à la grève JEUDI 18 OCTOBRE 2007 :

– pour le retour aux 37,5 années pour tous à taux plein, public-privé, pour la retraite à 60 ans maximum, contre tout nouvel allongement de la durée de cotisation, pour la défense des régimes spéciaux et du code des pensions civiles et militaires pour les fonctionnaires.
– pour le maintien du statut de la fonction publique et des services publics, pour l’arrêt des suppressions de postes de fonctionnaires et dans l’éducation, pour le réemploi et la titularisation de tous les précaires, pour les créations de postes nécessaires au service public.

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Elections internes du SNUipp: motion Ensemble/Emancipation

Posted by lucien sur 21 septembre 2007

Du 4 au 24 octobre prochain, les syndiqué(e)s du SNUipp-FSU voteront. Ces élections internes leur permettent, tous les trois ans, de faire des choix d’orientation syndicale. Nous soutenons la motion commune présentée par Ensemble et Emancipation, qui s’associent pour proposer une orientation syndicale de lutte, motion (limitée à 4000 signes) dont nous donnons dès maintenant le texte complet:

Ensemble et Émancipation syndicale et pédagogique

Changer d’orientationLutter pour une école réellement laïque et démocratique !Les premiers actes du Gouvernement (dont des suppressions de postes en masse !) et le rapport du HCÉ annoncent cyniquement une nouvelle offensive contre l’École Publique et ses personnels.Face à cela, un mois après la rentrée, la direction UA/ÉÉ, qui a soutenu l’affiliation de la FSU à la CSI d’inspiration libérale, se contente de réactions ponctuelles, et se prête au jeu piégé du “dialogue social” qui prépare de nouvelles régressions.L’urgence est à la construction d’actions, l’élaboration de manière unitaire d’un calendrier de mobilisations !Dénoncer la logique des attaques en coursLe gouvernement veut transformer les écoles publiques en EPEP, la loi est votée, les décrets sont prêts : l’enseignement primaire sera sous tutelle municipale. Avec les projets d’établissement, les choix pédagogiques seront sous le contrôle des élus locaux et des représentants des parents d’élèves. Avec l’évaluation des “performances”, la concurrence entre établissements, facilitée par la désectorisation scolaire, se développera. Le système des promotions au “mérite” sera instauré. Le recours à la précarité sera généralisé. Le “statut” des EVS en est un avant goût (personnels dont la défense au quotidien doit être liée à la lutte pour leur titularisation sans conditions). Enfin, l’autoritarisme et le dogmatisme pédagogique sont renforcés.Le caractère national de nos statuts et missions est menacé. La logique libérale de casse de l’École Publique est bien à l’œuvre. La riposte syndicale doit être à la hauteur de l’attaque en soutenant les personnels sanctionnés par l’administration pour action syndicale (grève administrative, RESF…), et en imposant l’abrogation des EPEP !Partir de la base, pour un SNUipp de lutte et rassembleurIl nous faut plus de démocratie interne :· consultation directe plus fréquente des syndiqué-e-s, en particulier lors des luttes (AG intercatégorielles de secteurs, départementales… définissant les revendications et coordonnant les actions). La base doit donner à sa direction des mandats clairs, la direction doit les respecter et rendre compte !· un Fenêtre sur cours enfin en prise avec les revendications et les luttes.· circulation des informations entre syndiqué-e-sFaire de la Laïcité un axe fondamentalLe dualisme scolaire se renforce. L’enseignement privé, loin d’assurer une mission de service public, aggrave la logique libérale dans l’école, la concurrence entre les établissements et menace d’éclatement le service public d’Éducation. Face à cela, soyons à l’initiative d’une campagne unitaire pour l’abrogation de l’article 89 de la loi de décentralisation de 2004 qui accentue le financement de l’enseignement confessionnel, d’une campagne pour la nationalisation laïque de l’enseignement privé.La marchandisation poursuit son entrée massive à l’École, de plus en plus vouée à une mission utilitariste et de tri social (sélection précoce et liquidation de toute idée d’école unique)… voire de fichage des familles facilitant la traque des immigré-e-s ! Le SNUIPP doit renforcer son engagement contre les lois liberticides et appeler au boycott de Base-Élèves.Passer à l’actionLa direction du SNUipp ne répond aux attaques du gouvernement qu’au coup par coup, sans les analyser comme un plan d’ensemble visant à casser l’Ecole Publique. Ce n’est pas ainsi qu’on prépare la mobilisation et la riposte. Les projets du gouvernement forment un tout cohérent et antisocial. Il faut arrêter de négocier des aménagements à la marge, en s’opposant clairement et fermement, dans les mots et dans les actes.Les revendications concrètes des collègues (retraites, salaires, baisse des effectifs…) ne doivent plus être oubliées.Nous proposons une autre stratégie liant les revendications et le projet d’une École démocratique, pour construire avec les personnels une lutte déterminée et enfin efficace contre la politique gouvernementale !

Ensemble

Émancipation

Pour Ensemble et Émancipation : S Julien (14), J-D Peypelut (47), P S… (06), E Lefèvre (44), F Vanhée (76).

Les syndiqué(e)s sympathisant(e)s qui souhaitent participer aux commissions départementales de dépouillement se signalent auprès de stephane.julien@snuipp.fr

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Les projets de contre-réformes sociales

Posted by lucien sur 18 septembre 2007

Revue de presse

(image Reuters)

Nicolas Sarkozy a dévoilé mardi le coeur de sa « stratégie » sociale en lançant au pas de charge les réformes promises pendant sa campagne, dont la fin des régimes spéciaux de retraite, et en promettant aux syndicats un dialogue, à condition qu’il soit « rapide« .

Assouplissement des 35 heures, fusion ANPE-Unédic, fin des mises à la retraite d’office, réforme du contrat de travail, financement de la santé et de la dépendance: le chef de l’Etat a tracé pendant une heure les contours d’un « nouveau contrat social, profondément renouvelé et différent », destiné à remplacer un système qui « produit plus d’injustice que de justice« .

A tous les syndicats qui s’étaient inquiétés de sa volonté de réformer « à la hussarde », le président a rappelé au Sénat, à l’occasion du 40e anniversaire de l’Association des journalistes de l’information sociale (Ajis), qu’il voulait « conjuguer les nécessités de l’action et la pratique du dialogue social« .

Citant le chantier le plus épineux, l’alignement des régimes spéciaux de retraite, Nicolas Sarkozy, approuvé selon les sondages par une majorité de Français, a souligné que « dès demain« , le ministre du Travail Xavier Bertrand allait « entamer des discussions avec tous les acteurs concernés (…) qui ne devront pas excéder deux semaines« , a-t-il précisé. Le ministre définira « les principes communs de l’harmonisation« , qui seront ensuite « déclinés par la négociation, entreprise par entreprise« , selon son calendrier.

Ayant, dès sa prise de fonction, affiché sa volonté de mener « toutes les réformes, et en même temps« , le président a prôné la même rapidité pour ses autres chantiers.

Ainsi, il travaillera « très rapidement avec les partenaires sociaux » sur l’assouplissement des 35 heures.

Pour la réforme du contrat de travail, sur laquelle planchent déjà les partenaires sociaux, il a annoncé une décision du gouvernement « à la fin de l’année« .

sur laquelle planchent déjà les partenaires sociaux

Sur la fusion de l’ANPE et de l’Unédic, autre promesse de campagne du candidat Sarkozy, il a demandé à sa ministre de l’Economie Christine Lagarde de lui faire des propositions « dans les quinze jours« .

Le président a également annoncé que la réforme du système de formation professionnelle, « à bout de souffle« , serait engagée « au cours des toutes prochaines semaines ». Idem pour le financement de la santé, sur lequel le gouvernement doit se positionner « au premier trimestre de l’année prochaine« .

Evoquant plus généralement la « méthode » des réformes, M. Sarkozy a souligné qu’il n’était « pas question de laisser les discussions s’enliser« . « Je serai ouvert sur les moyens et la méthode, mais je ne transigerai ni sur les objectifs, ni sur les principes« .

Cette « méthode » avait donné lieu il y a quelques jours au premier accrochage public entre Nicolas Sarkozy et son Premier ministre. A François Fillon qui avait annoncé ne plus attendre que le feu vert de l’Elysée pour lancer la réforme des régimes spéciaux, le président avait sèchement répliqué: « un peu de méthode ne nuit pas à la solution d’un problème« .

Mardi, le chef de l’Etat a une nouvelle fois voulu démontrer qu’il était seul maître du calendrier des réformes en martelant le « je ».

Il a rendu un hommage appuyé à Xavier Bertrand, présent dans la salle, mais n’a cité François Fillon –absent– qu’une fois, en tant que père de la réforme de 2003 sur les retraites.

 

© 2007 AFP (caractères gras et illustration par nos soins)

Voir aussi:

Réactions:

CGT : « Il va falloir penser à la mobilisation des salariés« 

« Je ne suis pas satisfait« , a déclaré le secrétaire général de la Cgt après avoir entendu le discours de Nicolas Sarkozy mardi 18 septembre. « C’est un discours totalement déséquilibré entre ce qui relève de la responsabilité des employeurs, totalement exonérés aujourd’hui, et les efforts que l’on demande aux salariés de notre pays, a commenté Bernard Thibault au cours d’une première déclaration à la presse. Je crois qu’il va falloir penser à la mobilisation des salariés si on veut changer cette politique sociale« .

Réaction de FO

(…) Fusion UNEDIC/ANPE : Force Ouvrière réaffirme son opposition à la fusion qui se fera au détriment des chômeurs et du paritarisme alors qu’un mouvement de rapprochement est actuellement en cours. L’insistance sur la fraude des chômeurs est stigmatisante.

Assurance maladie : la mise en place d’une franchise n’a rien à voir avec la lutte contre le cancer ou la maladie d’Alzheimer mais vise plus concrètement à réduire le niveau de couverture sociale.

Retraites : concernant les régimes spéciaux, Force Ouvrière note que le Président de la République n’a pas évoqué de décret ou de calendrier fermé. Pour autant, si on mesure nettement les remises en cause, on ne mesure pas les progrès éventuels et les jours à venir montreront si le dialogue est possible ou pas.

En liant par ailleurs les régimes spéciaux au rendez-vous de 2008, cela préfigure de nouveaux tours de vis pour tous les salariés. Force Ouvrière rappelle qu’en 2008 elle demandera en particulier le blocage des compteurs à 40 ans de cotisation.

Hôpitaux : Le financement intégral à l’activité des hôpitaux dénote une méconnaissance de la situation réellement dégradée de l’hospitalisation publique, y compris en raison de la tarification à l’activité.

Durée du travail : la remise en cause de la durée légale du travail, revendication patronale, est inacceptable.

Négociations : Rappelant son attachement à la liberté de négociation, Force Ouvrière n’accepte et n’acceptera aucune consigne, d’où qu’elle vienne sur le contenu de la négociation.

Pouvoir d’achat : Attente forte des salariés, le pouvoir d’achat des salaires ne fait l’objet d’aucune annonce concrète immédiate.

Voir aussi:

« la remise en cause des régimes spéciaux aujourd’hui, c’est une sorte d’entrée en matière, de hors-d’œuvre pour une dégradation généralisée des retraites ensuite« 

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Flexicurité: la commission européenne persiste

Posted by lucien sur 13 septembre 2007

Extrait du site europa.eu [pdf complet] :

Bruxelles, le 13 septembre 2007

Le débat sur la flexicurité passe à la vitesse supérieure
Pour la première fois, les ministres européens vont discuter aujourd’hui des propositions de la Commission européenne pour convenir d’une approche commune de la flexicurité (des stratégies combinant la flexibilité et la sécurité pour les travailleurs et les entreprises) dans le cadre d’une conférence majeure organisée à Lisbonne par la Présidence portugaise de l’Union européenne. Représentants des travailleurs et des employeurs, ONG et experts participeront aussi à cet événement. Les conclusions de la conférence seront une source d’inspiration pour les principes communs que les dirigeants européens devront adopter en décembre sur la flexicurité.

***

Communiqué FO

EUROPE : FLEXICURITÉ – LA COMMISSION PERSISTE!

Une conférence ministérielle sur la flexicurité au niveau de l’UE a lieu les 13 et 14 septembre à Lisbonne et portera sur un projet de communication de la Commission européenne à ce sujet.

La cgt FO, qui a fait connaître ses analyses au gouvernement français, constate que cette communication, rendue publique le 27 juin dernier, reprend la philosophie générale du Livre vert sur la Modernisation du droit du travail, mettant en cause les « législations – qu’elle qualifie de « strictes » – de protection de l’emploi contre les licenciements économiques » accusée de dissuader les entreprises de recruter et de favoriser le développement de la précarité, notamment pour les jeunes et les femmes !

De la même façon, la Commission reprend l’antienne des « bons systèmes d’allocation chômage » accusés d’avoir « un effet négatif sur l’intensité des recherches d’emplois » et « d’atténuer l’effet des incitations financières qui poussent à accepter un travail ».

La cgt FO dénonce cette double logique qui conduit immanquablement à un alignement vers le bas, et révèle le vrai visage de la flexicurité : flexibilité maximale et droits minimaux. Ainsi la Commission ne manque pas de rappeler que le financement des « politiques de flexicurité doit rester « pleinement compatibles avec des politiques budgétaires saines et financières viables » : autrement dit, hors de question de sortir des contraintes du Pacte de stabilité.

FO constate également que la Commission reprend implicitement le concept de « séparabilité » ou d’égalité entre employeurs et travailleurs appelant à un « équilibre entre droits et responsabilités » et à « la sécurisation des dispositions contractuelles du point de vue tant des employeurs que des travailleurs » pour opposer aux allocations qualifiées de « généreuses » le « principe de l’équilibre entre droits et obligations qui doit contribuer à rentabiliser le système » !

Comme FO l’avait déjà souligné à propos du Livre vert, la démarche de la Commission tend à éviter de poser la question des politiques macro économiques, en matière industrielle, d’investissements notamment dans la recherche et l’innovation, comme de la demande intérieure qui pose la question de la consommation des ménages et donc des salaires. Confrontée à l’échec notoire de la stratégie de Lisbonne, du point de vue de la création d’emploi de qualité, la Commission persiste ainsi dans une démarche libérale faisant porter sur les travailleurs et leurs droits (droit du travail et protection sociale) la responsabilité du chômage et de la précarité.

Voir aussi:

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Rapport de la Cour des comptes

Posted by lucien sur 13 septembre 2007

RAPPORT

Les stock-options plombent les comptes de la Sécu

NOUVELOBS.COM | 13.09.2007

Le rapport annuel de la Cour des comptes dénonce les exonérations de cotisations sociales qui ont fait perdre 3 milliards d’euros de recettes à la Sécurité sociale.

La Sécurité sociale a perdu 3 milliards d’euros de recettes en raison des exonérations de cotisations sociales dont bénéficient les stock-options, dénonce la Cour des comptes dans son rapport annuel publié mercredi 12 septembre.
L’ensemble des mécanismes d’intéressement (stock-options, indemnités de départ, chèques vacances, indemnités de transport), souvent exonérés de cotisations sociales, ont représenté une perte de recettes pour le régime général de la « Sécu » (salariés) comprise entre 6 et 8,3 milliards d’euros en 2005, pour un déficit qui s’élevait cette année-là à 11,6 milliards d’euros.

La plus-value d’acquisition


Le premier président de la Cour des comptes, Philippe Séguin, a donné l’exemple de l’exonération de la plus-value d’acquisition des stock-options, ces actions achetées par les cadres d’une entreprise à un prix fixé d’avance, souvent très inférieur au cours de Bourse réel.
Les 8,5 milliards d’euros de stock-options distribués en 2005, qui, selon Philippe Séguin, constituent « bien un revenu lié au travail, donc normalement taxable« , ont ainsi entraîné une « perte de recette aux alentours de 3 milliards d’euros« .
« Les 100 premiers bénéficiaires devraient toucher chacun une plus-value de plus de 500.000 euros et les 50 premiers de plus de 10 millions d’euros », a-t-il expliqué. « Rien que pour chacun de ces cinquante-là, les cotisations manquantes s’élèvent à plus de 3 millions d’euros » par bénéficiaire, a ajouté M. Séguin.
« On a parlé de moralisation de ces formules, voilà une piste toute trouvée« , a-t-il jugé.
Les indemnités de départ à la retraite ou de licenciement sont elles aussi exonérées de cotisations, « ce qui correspond à une perte de plus de 4 milliards d’euros« , a souligné Philippe Séguin. Quant aux « salaires affectés » (repas, chèques vacances, frais de transport) et avantages octroyés par les comités d’entreprises, ils auraient représenté en 2005 un manque à gagner de 2,5 milliards d’euros.

« Neutralité » financière »


La Cour estime que le principe de ces dispositifs devrait être la « neutralité » financière pour la Sécurité sociale, dont l’amélioration de la situation reste « fragile et partielle » et nécessite « des réformes structurelles« , relève la Cour.
Les magistrats appellent à une « vigilance inquiète » devant l’ampleur du déficit qui s’élevait encore à 8 milliards d’euros l’an dernier, en dépit d’une conjoncture économique plus favorable, et qui selon eux, ne devrait pas être comblé en 2009, comme l’espère le gouvernement.
La Cour relève notamment les dépenses de médicaments, qui ne sont « pas gérées avec le professionnalisme nécessaire » et font peser une charge croissante sur l’hôpital public.
Les médecins libéraux, dont le taux de progression des revenus est « bien plus favorable » depuis 2000 que pour l’ensemble des salariés du public et du privé, sont eux aussi montrés du doigt.
Les chirurgiens pratiquent ainsi des dépassements d’honoraires dans 80% des cas pour des montants parfois « trois à quatre fois supérieurs » au tarif remboursable, ce qui « met en cause le principe de l’égalité d’accès aux soins« .
De même, la Cour recommande l’instauration « d’incitations négatives à l’installation » des praticiens dans les zones géographiques déjà bien dotées, comme les grandes villes ou le Sud de la France.
L’Etat est lui aussi mis en cause pour les dettes, supérieures à 10 milliards d’euros, qu’il a cumulées à l’égard de la « Sécu » en ne compensant pas systématiquement les exonérations de charges.

Voir aussi:

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Gdf-Suez : un projet de fusion inacceptable

Posted by syndicaliste sur 4 septembre 2007

Communiqué de la CGT:
La fusion Suez-GDF vient d’être relancée par le Président de la République. La nouvelle version du projet n’est pas plus acceptable que la précédente. La Cgt prépare le lancement d’une pétition nationale pour exiger l’arrêt du processus de privatisation de Gaz de France et l’examen de nouvelles solutions.

La fusion Suez-GDF vient d’être relancée par le Président de la République. La nouvelle version du projet n’est pas plus acceptable que la précédente. 1. Le nouveau schéma soumis aux conseils d’administration de Suez et Gaz de France confirme la privatisation de gaz de France prévue dans le projet initial. Cette privatisation conduirait à une réduction de la maîtrise publique sur l’ensemble des outils énergétiques de la France d’autant que la concurrence qui en résulterait entre EDF et Suez –GDF affaiblirait l’opérateur public restant. C’est une grave erreur à un moment où la sécurisation des approvisionnements énergétiques de la France et de l’Europe est stratégique.

2. La conséquence principale de cette opération serait une hausse rapide des prix pour les usagers et les services associés. L’attaque en règle contre le principe même de tarifs réglementés menée par la Commission européenne, rejoindrait les exigences de rentabilité financière des actionnaires. Même à supposer que le principe de tarifs publics soit conservé pour un temps, le niveau de ces tarifs ferait l’objet de hausses dictées par les actionnaires.

3. Enfin, cette opération constitue une véritable capitulation de l’Etat devant les actionnaires de Suez qui vont bénéficier de 8 à 10 milliards de distribution d’actions de Suez-environnement. Cette mise en Bourse de Suez-environnement met directement en cause les emplois dans le secteur de l’environnement qui seraient désormais directement exposés aux exigences des marchés financiers.

Si le projet est certes relancé, il est loin d’avoir abouti. Les questions à traiter sont complexes tant du point de vue social que financier. L’introduction en Bourse de Suez-environnement n’avait même pas été évoquée devant les autorités de Bruxelles. La scission du pôle environnement de Suez et son introduction en Bourse s’ajoutent donc aux nombreux problèmes posés dès le départ.

Dans cette nouvelle phase du projet de fusion, la Cgt s’engage dans un processus d’information et de mobilisation, avec la volonté d’élargir le débat avec les citoyens en convergence avec l’ensemble des organisations syndicales, les associations de consommateurs et les forces opposées au processus de marchandisation des services publics. Elle prépare le lancement d’une pétition nationale pour exiger l’arrêt du processus de privatisation de Gaz de France et l’examen de nouvelles solutions.

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Affamer les pauvres. L’éthanol et le prix de la tortilla mexicaine, par Noam Chomsky.

Posted by Vendemiaire sur 2 septembre 2007

CommonDreams.org et The International News, 16 mai 2007.

Le chaos provoqué par ce qu’on appelle l’ordre international est bien néfaste pour ceux qui se trouvent dans les niveaux inférieurs de la structure. Les tortillas [crêpes de maïs mexicaines] sont maintenant l’enjeu d’un conflit. Dans plusieurs régions du Mexique le prix des tortillas a augmenté de plus de 50%. En janvier, dans la ville de Mexico, des dizaines de milliers de travailleurs et de paysans ont manifesté sur le Zócalo, place centrale de la ville, pour protester contre le prix trop élevé des tortillas.

En réponse le gouvernement du président Calderón est parvenu à un accord avec les producteurs et les détaillants pour fixer une limite aux prix de la tortilla et de la farine de maïs, très probablement une solution temporaire.

La hausse des prix menace le principal produit alimentaire des Mexicains pauvres. C’est l’un des résultats de ce qu’on pourrait appeler l’effet éthanol, conséquence de l’acharnement des Etats-Unis à vouloir produire de l’éthanol à partir du maïs – substitut énergétique du pétrole, dont les principales réserves se trouvent bien sûr dans les régions du monde où l’ordre international est le plus menacé.

Ainsi l’effet éthanol aux Etats-Unis a fait monter les prix d’une bonne quantité de produits alimentaires, comme les céréales et la volaille. Il n’existe pas de relation directe entre l’instabilité au Moyen-orient et le coût de l’alimentation aux Etats-Unis, bien entendu. Mais comme toujours dans le commerce international les puissants font incliner la balance. Depuis bien longtemps l’un des objectifs de la politique extérieure des Etats-Unis a toujours été de créer un ordre global dans lequel les entreprises états-uniennes disposent d’un libre accès aux marchés, aux ressources et aux opportunités d’investissement. C’est ce qui est communément appelé le « libre échange », dénomination qui ne résiste pas au premier examen sommaire.

Cela n’est en rien différent de ce que la Grande-Bretagne, antécesseur dans la domination mondiale, avait imaginé durant la deuxième moitié du XIXème siècle quand elle adopta le libre échange, non sans avoir auparavant atteint une puissance industrielle bien supérieure à tous ses rivaux potentiels grâce à 150 ans d’interventionnisme étatique.

Les Etats-Unis ont dans une grande mesure suivi le même modèle. Généralement les grandes puissances désirent un certain niveau de libre échange lorsqu’elles considèrent que cela favorise les intérêts économiques qu’elles protègent. Cela a toujours été, et cela reste, l’un des caractères principaux de l’ordre international.

Le boom de l’éthanol relève de la même logique. Comme le signalent C. Ford Runge et Benjamin Senauer, spécialistes de l’économie agricole, dans le dernier numéro de Foreign Affairs, « l’industrie du biocombustible n’est pas activée par les forces du marché mais elle est depuis longtemps dominée par les intérêts de quelques entreprises », notamment par Archer Daniels Midland, le plus grand producteur d’éthanol.

La production d’éthanol se maintient grâce aux subventions de l’Etat et grâce aux tarifs douaniers forts élevés qui empêchent l’entrée de l’éthanol brésilien issu de la canne à sucre, nettement meilleur marché et de meilleure qualité. En mars lors d’un voyage du Président Bush en Amérique latine, la seule chose à laquelle il soit parvenu c’est à un accord avec le Brésil pour une production conjointe d’éthanol.

Mais Bush, tout en répétant la rhétorique du libre échange pour autrui soulignait que les hauts tarifs douaniers qui protègent les producteurs états-uniens seraient maintenus, ainsi que bien entendu tous les dispositifs d’aides gouvernementales pour cette branche.

Malgré les énormes subventions apportées à l’agriculture [états-unienne], financées par les contribuables, les prix du maïs et des tortillas ont augmenté très vite. L’un des facteurs c’est que les industriels commencent à utiliser les variétés de maïs mexicain qui sont meilleur marché. Cela fait monter les prix. Le Traité de libre commerce (TLC) de 1994 peut jouer un rôle de plus en plus important. Les déséquilibres initiaux du TLC ont eu pour conséquence d’inonder le Mexique de produits de l’agro-industrie subventionnée – contraignant bien des producteurs mexicains à abandonner leur terre.

L’économiste mexicain Carlos Salas après une analyse détaillée des données a signalé que, après une augmentation constante jusqu’en 1993, l’emploi dans l’agriculture a commencé à baisser avec l’entrée en vigueur du TLC, notamment parmi les producteurs de maïs – conséquence du TLC selon les conclusions de Carlos Salas et d’autres. Un sixième de la force de travail mexicaine dans l’agriculture a disparu depuis le début du TLC, et ce n’est pas fini. Cela fait baisser les salaires dans d’autres secteurs de l’économie et cela fait augmenter l’immigration vers les Etats-Unis. Ce n’est certainement pas tout à fait par hasard si le Président William Clinton a militarisé la frontière mexicaine -auparavant assez ouverte-, en 1994, juste au moment de l’entrée en vigueur du TLC.

Le Mexique auparavant autosuffisant sur le plan alimentaire est devenu dépendant des Etats-Unis du fait de la politique de « libre échange ». Le prix du maïs augmentant aux Etats-Unis, sous la pression des grandes entreprises et de par l’interventionnisme de l’Etat, on peut anticiper que les prix continueront d’augmenter de façon drastique au Mexique. De plus en plus les biocombustibles sont susceptibles d’« affamer les pauvres » dans le monde, disent Runge et Senauer, dans la mesure où les produits sont transformés en éthanol pour les privilégiés – le manioc en Afrique sub-saharienne pour prendre un autre exemple préoccupant.

De la même façon, dans le sud-est asiatique, les forêts tropicales sont taillées et brûlées pour produire de l’huile de palme destinée aux biocombustibles. Et aux Etats-Unis l’environnement est menacé par l’utilisation de grandes quantités d’intrants dans la production de maïs pour d’éthanol.

Le prix élevé de la tortilla, comme les autres soubresauts de « l’ordre international », montre le lien qui existe entre les événements du Moyen-orient au Midwest [« Moyen Occident », région centrale des Etats-Unis] et la nécessité d’établir des relations commerciales basées sur des accords vraiment démocratiques entre les personnes, et non sur des intérêts dont l’objectif principal ce sont les bénéfices des grandes entreprises subventionnées et protégées par l’Etat qu’elles dominent complètement, sans la moindre considération pour le coût humain.

Noam Chomsky

 

- Titre original : « Starving The Poor »

- Source originale (anglais) : www.commondreams.org

- Version espagnole : www.aporrea.org

- Traduction : Numancia Martínez Poggi

 

[Avram Noam Chomsky (7 décembre 1928), linguiste américain, est professeur au Massachussets Institute of Technology (MIT), l’un des principaux centres de recherches aux Etats-Unis. Ils est l’un des principaux critiques de la politique et des médias de son pays et a écrit plus de 60 livres, parmis lesquels 23 sur la politique des Etats-Unis.]

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‘Twighlight Zone’ / ‘The terrorist was neutralized’. Haaretz. 10/08/2007

Posted by Vendemiaire sur 2 septembre 2007

A coups de gourdin, de crosse de fusil, de coups de pieds portés à la tête, des soldats ont tué Jihad Shaer, un jeune homme de 19 ans qui se rendait à l’université pour s’y inscrire. L’armée affirme que Jihad Shaer a tenté d’attaquer les soldats avec un couteau. Un témoin dit qu’ils ont continué à le frapper alors qu’il était étendu par terre, menotté et inconscient.

Le taxi qui dessert Bethléem tardait et Jihad Shaer attendait, debout, dans la poussière de la station de taxis, près de son village, Tekoa. A quoi pensait-il au juste sous l’auvent au métal brûlant ? Il se rendait à l’université ouverte de Bethléem, afin de s’inscrire pour la prochaine année académique. Son père dit qu’il n’avait pas encore décidé quelles études il souhaitait entreprendre. C’est peut-être à cela qu’il pensait, debout à la station de taxis, cherchant à s’abriter du soleil torride du désert.

Qu’est-il passé par l’esprit des soldats qui l’ont battu, à coups de gourdin, de crosse de fusil, de coups de pieds portés à la tête, aux dires des témoins, et cela jusqu’à ce qu’il meure ? Se peut-il qu’il ait tenté de les attaquer avec un couteau, ce couteau que n’ont pas vu les deux témoins ? Et si c’est le cas, pourquoi les soldats ont-ils continué à le frapper furieusement, alors même qu’il était étendu par terre, inconscient et peut-être menotté comme nous l’a rapporté un témoin oculaire ? Et pourquoi, par-dessus le marché, l’armée israélienne s’est-elle empressée, « après une première enquête » au cours de laquelle aucun des témoins visuels n’a été interrogé, de classer cet incident grave avec ces mots : « les soldats ont agi de manière adéquate » ? Quel genre d’adéquation y a-t-il à ce que des soldats battent un adolescent à mort et que l’armée israélienne les blanchisse diligemment sans aucune enquête sérieuse ? Et quelle est cette monstruosité qui consiste à menotter le père en face du corps de son fils battu et agonisant, et de le laisser ainsi une heure durant comme un animal attaché ?

Trois trous s’ouvrent dans le crâne de Jihad, 19 ans, qui voulait être étudiant, et de nombreux points d’interrogation enveloppent ce qui s’est passé il y a deux semaines, le jeudi, derrière la jeep blindée Hummer, au carrefour entre Tekoa et Bethléem. L’armée israélienne, on peut en être sûr, n’essaiera pas de dissiper le brouillard accablant : elle sait déjà depuis longtemps que les soldats se sont conduits « de manière adéquate ».

Sur l’écran de l’ordinateur apparaissent des photos du mort. Le jour de l’incident, on a prétendu que Jihad était mort d’un unique coup de gourdin. Il suffit de regarder les photographies provenant de l’hôpital pour comprendre que ce n’est pas vrai : le visage paisible de l’adolescent est marqué de coups et trois trous peu profonds s’ouvrent au niveau du crâne, à l’avant et à l’arrière. Une autre photo montre le père – qui travaille dans une entreprise de Bethléem fabriquant des souvenirs en bois d’olivier – accablé par la mort de son fils, mains liées derrière le dos, agenouillé par terre, le visage exprimant la douleur contenue et l’humiliation, un soldat se tenant debout près de lui, arme brandie. Photo prise par quelqu’un qui passait par là. Tout est enregistré sur l’ordinateur. La maison se situe au seuil du désert, dans le village de Tekoa fait de maisons de pierre à flanc de montagne, face au Hérodion et à la colonie de Tekoa.

Barbe naissante en raison du deuil, Khalil, qui fabrique des croix en bois, est un homme paisible et doux. On dit que son fils était comme ça aussi. Le lendemain de l’incident, on a publié dans la presse israélienne que son fils était un instable, peut-être même mentalement handicapé. Pures fables. L’année passée, Jihad a travaillé assidûment pour obtenir les meilleures notes au bac et maintenant il était censé s’inscrire dans une extension à Bethléem de l’université ouverte Al-Quds.

Ce jeudi-là, 27 juillet, tout s’était déroulé comme d’habitude dans la maison familiale. Hussein, un des fils, était parti régler diverses affaires dans les services du Ministère de l’Intérieur à Bethléem. La mère de la famille était sortie pour une visite de famille et Jihad s’apprêtait à faire le trajet devant le conduire à l’université pour y remplir les formules d’inscription. Rien n’annonçait ce qui allait se produire une heure plus tard à peine. Jihad ni aucun autre membre de la famille n’a jamais été arrêté. Cette région est généralement tranquille, en dehors du harcèlement des patrouilles de l’armée israélienne.

Il était neuf heures et demie du matin lorsque Jihad a quitté la maison et s’est rendu à pied à la station de taxis située sur le côté de la route menant à Bethléem, à quelques centaines de mètres de chez lui. Son père, qui était à la maison, dit que Jihad n’avait rien emmené. La jeep blindée Hummer se trouvait déjà au bord de la route, à quelques dizaines de mètres de la station de taxis. Elle est presque toujours là, sorte de barrage impromptu destiné aux habitants de ce village plutôt paisible – contrôle des identités, brimades et humiliations : on veille au bon ordre de l’occupation.

Jihad était seul à l’arrêt de taxis. Apparemment, les soldats l’ont appelé, lui ont demandé d’approcher. Un policier palestinien, Moussa Suleiman, lui aussi du village, était à ce moment-là dans le taxi faisant le service de Bethléem et qui approchait de la station. Suleiman a vu Jihad marchant « normalement, d’une manière nullement suspecte » en direction des soldats. D’après lui, Jihad n’avait rien dans les mains, aucun objet.

Un soldat se tenait près de la portière du conducteur de la jeep et il y avait encore trois autres soldats assis à l’intérieur, raconte Suleiman. Lorsque Jihad est arrivé à la jeep, Suleiman a vu le soldat le saisir par la chemise et l’entraîner de force derrière le véhicule. Suleiman qui était alors à une vingtaine de mètres du Hummer, dit qu’apparemment une dispute avait éclaté entre Jihad et le soldat qui le tenait fermement par sa chemise, une dispute qui a tourné à la rixe. Quelques secondes plus tard, il les a vus tous les deux, Jihad et le soldat, rouler par terre.

A ce moment-là, les trois soldats de la jeep en sont sortis pour venir en aide à leur camarade. Suleiman a entendu deux coups de feu. Les quatre soldats, selon le témoignage de Suleiman, ont commencé à frapper Jihad étendu par terre. Il a vu les soldats frappant Jihad à l’aide de gourdins en bois, avec la crosse de leurs fusils, et Jihad essayant de se protéger la tête avec ses mains. A partir de ce moment-là, Suleiman n’a plus rien vu, parce que le taxi qui roulait lentement est passé à hauteur de la jeep lui cachant ce qui se déroulait derrière elle.

Après s’être éloigné de quelques dizaines de mètres de la scène du lynchage, le taxi a fait marche arrière afin de voir ce qui se passait derrière le Hummer. Suleiman dit que les soldats continuaient à frapper Jihad d’une manière incroyable. Il a vu le gourdin s’abattre au moins deux fois sur la tête de Jihad. « J’ai senti que ces coups-là étaient fatals », dit le policier. Il a vu Jihad étendu par terre. Selon lui, il ne bougeait déjà plus. Suleiman a couru jusqu’à la maison de Jihad, pour alerter son père : « Viens vite, les soldats sont occupés à tabasser ton fils ». Tout agité, le père a demandé à la grand-mère de Jihad de venir elle aussi jusqu’à la station de taxi, « peut-être les soldats allaient-ils avoir pitié d’elle et allaient-ils l’écouter », dit-il à présent. Mais Khalil n’a pas attendu la grand-mère et a couru vers la station de taxi, accompagné de Suleiman.

Quand ils se sont approchés de la scène, les soldats ont pointé leurs fusils vers eux en leur ordonnant de s’en aller. Un autre habitant du village, parlant l’hébreu, est arrivé sur place. Il a tenté d’expliquer aux soldats que Khalil était le père du jeune homme et qu’il voulait simplement savoir ce qui était arrivé à son fils. Le soldat a alors dit : « Dis-lui que son fils est déjà mort ».

Les soldats se sont saisis du père qui venait de perdre son fils et lui ont attaché les mains derrière le dos, le plantant sur la route, le Hummer le séparant du corps de son fils. Quant aux deux autres hommes, ils les ont chassés de là. Entre-temps d’autres forces étaient arrivées ainsi qu’une ambulance militaire. L’équipe médicale a semble-t-il tenté de ranimer Jihad – on voyait encore, cette semaine, de fins tuyaux à usage médical traînant par terre sur le bord de la route.

Après une quarantaine de minutes pendant lesquelles il est resté assis, menotté, en plein soleil, raconte Khalil, un officier de l’Administration civile est arrivé. Il s’appelle Taysir. Il a donné ordre aux soldats de détacher le père et lui a dit que son fils avait été emmené à l’hôpital de Beit Jala, tout proche. Pendant tout le temps où il s’était trouvé sur la route, mains liées, Khalil n’était pas parvenu à voir son fils, la jeep les séparant l’un de l’autre. Il a seulement entrevu sa chemise au moment où les soldats soulevaient Jihad et l’introduisaient dans l’ambulance militaire. Imaginez ce père menotté et son fils agonisant de l’autre côté de la jeep.

L’officier de l’Administration civile a dit à Khalil : « Pourquoi votre fils a-t-il fait ça ? » Le père : « Mon fils était sur le chemin de l’université ». L’officier : « Votre fils a fait des problèmes aux soldats et a brandi un couteau de cuisine ». Khalil : « Mon fils n’est pas sorti de la maison avec un couteau. Montrez-moi ce couteau, je connais les couteaux de notre cuisine ». « Vous voulez voir le couteau ? », a demandé l’officier pour revenir tout de suite sur sa proposition : « La police militaire a déjà emporté le couteau ». Khalil n’a pas vu le couteau.

Taysir a dit à Khalil que Jihad était gravement blessé. « Que lui avez-vous fait ? Vous lui avez tiré une balle dans la tête ? », a demandé le père et l’officier a proposé de ramener le père chez lui. Khalil a alerté son frère et ensemble, ils se sont empressés de prendre la route de l’hôpital de Beit Jala. Ils ont encore été retenus, à l’endroit même où le fils avait été tué. Ils n’ont été libérés et n’ont pu reprendre la route que dix minutes plus tard, quand est intervenu un soldat qui avait vu Khalil à cet endroit, un peu plus tôt.

C’est vers 11h15 que Jihad a été évacué. Peu après, le père arrivait à l’hôpital mais le corps de son fils n’a été amené à Beit Jala qu’aux alentours de 15h (le porte-parole de l’armée israélienne : « Afin d’examiner immédiatement les circonstances de la mort, le corps a été retenu par les instances habilitées »). L’officier de l’Administration civile avait dit au père que son fils était « grièvement blessé », mais avant cela déjà, le soldat lui avait dit que Jihad était mort, et il ne restait dès lors dans le cœur de Khalil aucun espoir de revoir son fils vivant. Il raconte tout cela sur un ton fataliste et avec une retenue qui surprennent.

Lorsque le corps est arrivé à l’hôpital, les médecins l’ont examiné. Ils ont établi que Jihad n’avait pas été tué par balles mais battu à mort. Ils ont découvert les trois trous superficiels à la tête ainsi que plusieurs blessures sur les autres parties du corps, surtout à la taille. Le corps a été envoyé à Abou Dis pour autopsie puis transporté pour être inhumé dans le village, accompagné d’une assistance très nombreuse. Plusieurs habitants du village racontent que lorsqu’on a commencé à creuser la tombe, une jeep des garde-frontière est arrivée dans le village et que ses occupants ont crié en arabe, dans le haut-parleur : « Jihad est mort, Allah aura pitié de lui et du c** de votre mère à tous ».

Le porte-parole de l’armée israélienne, cette semaine : « A la date du 26 juillet, au cours d’une opération de patrouille de l’armée israélienne à proximité du village de Hirbet a-Dir, à l’est de Bethléem, un Palestinien armé d’un couteau s’est approché de la patrouille et a tenté d’attaquer un des soldats. En réaction, le soldat agressé a ouvert le feu en direction du terroriste, le blessant dans la partie inférieure du corps. Comme le Palestinien continuait à essayer de poignarder le soldat, un autre soldat présent sur les lieux a été contraint d’utiliser un gourdin afin de neutraliser le terroriste. Grièvement blessé, le terroriste palestinien a reçu sur place des soins qui lui ont été prodigués par une équipe de l’armée israélienne. Finalement, il a été déclaré mort. »

Quelques cyprès sont plantés dans la pente, au pied de l’endroit où Jihad a été tué. On peut encore voir sur le sol des traces de sang ternies. La station de taxis est déserte. Une jeep Hummer nous observe depuis la colline qui domine la route. Nous montons la pente de la colline, passons devant la jeep blindée dont les occupants, quatre soldats portant des lunettes de soleil foncées pouffent de rire. Sont-ce les soldats qui ont tué Jihad ? Ou sont-ils de la même unité ?

Dans la jolie maison de pierre, avec sa ruche dans la cour et qui domine la station de taxis ainsi que la scène du meurtre, habite un autre témoin visuel, une femme, Nour Harmas, la trentaine. Le jour de l’incident, c’est le grondement du moteur de la jeep qui l’avait réveillée. Nour Harmas raconte qu’elle est allée dans la cuisine afin de préparer le petit-déjeuner de ses filles. Depuis la fenêtre de la cuisine, elle a aperçu le jeune homme attendant à la station de taxis. Puis elle s’est lancée dans les travaux du ménage. Un quart d’heure plus tard, elle a entendu un bruit sourd. Jetant alors un coup d’œil par la fenêtre de la cuisine, elle a vu que la station était déserte. Jihad ne s’y trouvait plus. Un cyprès cachait l’endroit où stationnait la jeep.

Nour Harmas s’est précipitée dans sa chambre à coucher, a ouvert la porte donnant sur la terrasse d’où elle pouvait voir l’endroit où se trouvait la jeep. « Je l’ai vu, couché par terre, les mains liées derrière le dos. Trois soldats se tenaient autour de lui. L’un d’entre eux lui donnait des coups de pied à la tête. Quand j’ai vu ça, j’ai couru chez les voisins pour appeler à l’aide ». Elle a demandé au cousin de son mari qu’il descende rapidement voir ce qu’ils faisaient à Jihad. Un enquêteur de « B’Tselem », Karim Joubran, nous sort de sa serviette une paire de menottes en plastique blanc, déchirées, qu’il a trouvée sur les lieux de l’incident. Jihad était-il menotté, aussi, quand les soldats l’ont tué sous leurs coups ? Ou s’agit-il des menottes dont les soldats avaient entravé le père, face au cadavre de son fils ?

Gideon Lévy

Version anglaise : ’The terrorist was neutralized’ – www.haaretz.com/hasen/spages/891862.html (Traduction de l’hébreu : Michel Ghys)

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Un article écoeurant dans Témoignages

Posted by lucien sur 2 septembre 2007

Article précédemment publié sur le site La Bataille socialiste le 4 août dernier.

A. Nin (1892-1937)

Dans un article du 30 juillet 2007, le journal communiste réunionnais Témoignages remet en avant les techniques de désinformation des années 50. Alors même que les communistes espagnols ont fait leur mea culpa [*] sur le meurtre d’A. Nin en 1937, ce « journal » écrit notamment:

Le P.O.U.M a toujours accusé les Soviétiques de l’assassinat de leur leader, Andrès Nin. Cette accusation aurait trouvé un fondement ténu, après l’ouverture en 1992 des Archives de Moscou. On y aurait trouvé une lettre de juillet 1937 signée d’Alexander Orlov, membre du N.K.V.D (service d’espionnage soviétique) selon laquelle le meurtre aurait été commis par « deux membres du NKVD » (dont lui-même) « aidés de trois communistes espagnols ». C’est du moins ce que dit “Le Monde”, qui ne donne ni citation, ni reproduction de cette lettre.
Une autre lettre de mai 37 (signataire inconnu) expliquerait comment les services de Staline comptaient « fabriquer des preuves » qualifiant Andrès Nin et d’autres membres du POUM « d’agents du fascisme ».
D’une part, il faut observer que l’espion Alexander Orlov, passé aux Etats-Unis dès 1938, a publié des confessions – “L’histoire secrète des crimes de Staline” – parues à New-York en 1952… Quarante ans plus tôt ! Il n’avait pas tout dit ?

Drôle d’anniversaire, 70 ans après l’assassinat de Nin, 70 ans après l’étouffement de la Révolution espagnole [**] par un stalinisme rendu incontournable en Espagne puisque le seul à vendre des armes à la République assiégiée. Cette forme clientéliste du communisme à la Réunion n’aurait donc pas fait, 70 ans après, le moindre effort de remise en cause de la théorie des « hitléro-trotskystes du POUM »? Qu’importe la recherche historique, qu’importe l’ouverture des archives du KGB, qu’importe le journalisme d’investigation de la télévision catalane (surtout le reportage Operación Nikolai en 1992)! L’histoire est avant tout un enjeu: l’oubli, la désinformation flagrante ou rampante [***], OU la vérité, seule source de leçons pour l’avenir des luttes.

S.J.

Notes:

[*] C’est surtout le PC catalan, le PSUC, qui fit son mea culpa dès 1989, la direction madrilène du PC espagnol déclarant que c’était le gouvernement soviétique qui fit assassiner Nin sans que le parti fut directement impliqué.

[**] Sous prétexte de mettre les collectivisations en veilleuse pour prix d’unité dans l’effort de guerre, le stalinisme n’en était pas à son coup d’essai en Espagne. En Chine, en 1925-27, il avait déjà freiné le développement révolutionnaire pour lui préférer (sans succès d’ailleurs) une technique d’inflitration de l’Etat. L’accession au pouvoir de la bureaucratie aurait été ainsi dégagée de la pression des masses. Cf. Souyri/ Révolution et contre-révolution en Chine (1982)

[***] L’article n’hésite pas à conclure que les « historiens, aujourd’hui, loin de faire le procès de la présence soviétique en Espagne, en soulignent le rôle éminemment positif« !

Voir sur ce sujet:

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Rapport du HCE sur l’école élémentaire

Posted by lucien sur 1 septembre 2007

Rapport HCE | Bilan annuel des résultats de l’École
Document PDF – 162.8 ko

Un rapport que présentera le Haut Conseil de l’Education au Président de la République vient d’être communiqué aux syndicats. L’objectif, une fois encore, pour la quatrième ou la cinquième fois depuis Jack Lang (Rapports Camdessus, Thélot, Expérimentation EPEP…) est d’aller vers les EPEP avec un super-directeur doté d’un statut. Nos experts en manque d’imagination savent cependant que cela reste problématique d’un point de vue clientéliste:

L’émiettement en petites structures – liées à l’attachement de la population et des élus au symbole que constitue le maintien de l’école de proximité -”

On notera à la marge que les communiqués de presse de notre direction syndicale sont tellement bien faits que la dépêche AFP ne cite notre syndicat que pour dire:

Pour redresser la situation, le HCE insiste sur “le rôle déterminant de l’école maternelle”, s’est félicité le principal syndicat du primaire, le SNUipp-FSU.

S.J.

Site Ensemble

 

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