Syndicalisme de lutte

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L’honneur des mutins de 1917

Posted by lucien sur 1 juillet 2007

Les mutins du Chemin des Dames toujours pas pardonnés

Des descendants des Poilus fusillés de 1917 rendent hommage à leurs aïeux.

Par Édouard Launet, article paru dans Libération du samedi 30 juin 2007

C’est un bus blanc qui sillonne la campagne autour de Soissons. Qui traverse de jolis villages au centre desquels les monuments aux morts clament : «Merci à nos enfants morts pour la France.» Qui, de champs de bataille en cimetières, ratisse une mémoire douloureuse avec à son bord une vingtaine de personnes. Tous des descendants des «fusillés de 1917».

En avril et mai 1917, après l’offensive du général Nivelle sur le Chemin des Dames, qui se solda par un massacre (110 000 morts et blessés), des Poilus ont posé les armes. Assez de boucherie. Certains d’entre eux furent alors fusillés pour l’exemple. Denis Rolland, président de la société historique de Soissons, en a recensé vingt-sept. Il a retrouvé les familles de neuf d’entre eux. Les a invitées à venir deux jours (ces vendredi et samedi) sur les lieux des mutineries et des exécutions. «Pas pour réhabiliter ces hommes, ça n’aurait pas de sens, mais pour les réintégrer dans la mémoire collective.»

Denis Rolland reprend là l’expression de Lionel Jospin qui fit scandale en 1998. Le Premier ministre était venu à Craonne honorer la mémoire des combattants du Chemin des Dames. «Certains de ces soldats, épuisés par des attaques condamnées à l’avance, plongés dans un désespoir sans fond, refusèrent d’être sacrifiés», avait dit Jospin, avant de souhaiter que les fusillés «réintègrent pleinement notre mémoire collective nationale». Tollé à droite. Le député RPR René Galy-Dejean donna le ton, déclarant que les propos de Lionel Jospin étaient «de nature à justifier dans l’avenir des actes de mutineries». On en était resté là.

Victimes. Neuf ans plus tard, pour célébrer les quatre-vingt-dix ans du Chemin des Dames, le conseil général de l’Aisne a lancé un appel à projets pour étoffer les cérémonies. Denis Rolland y a répondu avec ce projet de retour des familles. Adopté. «Nous sommes à la recherche d’un regard serein, apaisé, sur les mutineries, explique Yves Daudigny, président (PS) du conseil général. Il ne s’agit pas de repentance ni de réhabilitation. Nous serions plutôt en faveur d’une forme de pardon de la Nation à ces hommes qui furent des victimes de la guerre.» Vendredi, devant les familles, Yves Daudigny a souligné que, il y a quelques mois, les Britanniques, «qui ont eu aussi leurs fusillés de 14-18, leur ont accordé officiellement, par un vote du Parlement, le pardon ».

Marcel Lebouc, qui a participé à la mutinerie de Berzy-le-Sec, a été fusillé le 28 juin, à 24 ans. Son petit-fils Michel, 61 ans, est du voyage. «Mon père n’a jamais su où avait été enterré son père.» Lui-même l’ignorait jusqu’à ce que Denis Rolland prenne contact avec lui. Michel Lebouc est venu du Vaucluse découvrir les lieux où son grand-père s’est révolté. Il ressent «comme un honneur» d’être là.

Le caporal Pierre Lefevre, qui fut de la mutinerie de Mercin, a été fusillé le 16 juin, à 20 ans. Il repose dans le grand cimetière militaire d’Ambleny, sous une croix où est écrit : «Mort pour la France» (c’est une erreur lors du transfert de la dépouille à Ambleny : les fusillés n’avaient le droit qu’à la mention «Décédé» ). Quatre membres de sa famille sont présents. Son petit-neveu Noël Ley dit avoir «un nœud dans l’estomac» et déclare devant la tombe : «Je considère qu’il est innocent.»

Beaucoup des passagers du bus ont appris les circonstances de la mort de leurs aïeux par Denis Rolland, qui a consacré un livre au sujet (1). «La plupart n’étaient jamais venus ici», précise l’auteur. Joseph Bonniot, mutiné à Viel-Arcy, a été fusillé le 20 juin à 33 ans. Sa tombe a disparu. «C’était le cousin de mon grand-père», confie une dame venue d’Allemagne. «Dans notre famille, Joseph Bonniot était considéré comme une tache sur notre honneur». Personne ne s’était préoccupé de savoir ce qui s’était vraiment passé .

La terre du Chemin des Dames est gorgée d’histoire : elle rend cinq à dix dépouilles de Poilus par an, indique Jean-Luc Pamart. Le président de l’association Soissonnais 14-18 pense qu’il reste «250 000 soldats dans la terre du coin». Agriculteur, il sait qu’en creusant ne serait-ce que de 20 cm on tombe sur les tranchées, presque intactes. Le passé est là, tout près. «Je cultive sur des charniers.» dit-il.

Poteau. Vendredi, le clou fut la visite à Vingré, le «village des fusillés». Autre histoire : c’était le 4 décembre 1914. Six soldats tirés au sort étaient collés contre le poteau pour abandon de poste devant l’ennemi. Un gradé avait donné un ordre de repli, on ne l’a su qu’après. Les «six» ont été réhabilités en 1921, un monument a été érigé quatre ans plus tard. A Vingré, un certain Guy, habillé en Poilu, a lancé aux familles : «Soyez fiers de vos aïeux. Grâce à leur action contre la barbarie des généraux, ils ont sauvé les vies d’autres soldats.»

(1) La Grève des tranchées, Ed. Imago (2005).

***

Voir aussi:

Réécouter :

« A six heures la bataille était engagée. A sept heures elle était perdue. » Lieutenant Ybarnegaray Avril 1917.

Il y a 90 ans, le 16 avril 1917, à 6 heures du matin, quelque part entre Reims et Soissons, commençait …

avec : Stéphane Audoin-Rouzeau

  • la chronique sur RFI 90 ans après la polémique persiste :écouter 2 min

La chanson de Craonne:

Quand au bout d’huit jours, le r’pos terminé,
On va r’prendre les tranchées,
Notre place est si utile
Que sans nous on prend la pile.
Mais c’est bien fini, on en a assez,
Personn’ ne veut plus marcher,
Et le coeur bien gros, comm’ dans un sanglot
On dit adieu aux civ’lots.
Même sans tambour, même sans trompette,

On s’en va là haut en baissant la tête.

 

Refrain:
Adieu la vie, adieu l’amour,
Adieu toutes les femmes.
C’est bien fini, c’est pour toujours,
De cette guerre infâme.
C’est à Craonne, sur le plateau,
Qu’on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés
C’est nous les sacrifiés !

 

Huit jours de tranchées, huit jours de souffrance,
Pourtant on a l’espérance
Que ce soir viendra la r’lève
Que nous attendons sans trêve.
Soudain, dans la nuit et dans le silence,
On voit quelqu’un qui s’avance,
C’est un officier de chasseurs à pied,
Qui vient pour nous remplacer.
Doucement dans l’ombre, sous la pluie qui tombe
Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes.

 

Refrain

C’est malheureux d’voir sur les grands boul’vards
Tous ces gros qui font leur foire ;
Si pour eux la vie est rose,
Pour nous c’est pas la mêm’ chose.
Au lieu de s’cacher, tous ces embusqués,
F’raient mieux d’monter aux tranchées
Pour défendr’ leurs biens, car nous n’avons rien,
Nous autr’s, les pauvr’s purotins.
Tous les camarades sont enterrés là,
Pour défendr’ les biens de ces messieurs-là.

Refrain

Ceux qu’ont l’pognon, ceux-là r’viendront,
Car c’est pour eux qu’on crève.
Mais c’est fini, car les trouffions
Vont tous se mettre en grève.
Ce s’ra votre tour, messieurs les gros,
De monter sur l’plateau,
Car si vous voulez la guerre,
Payez-la de votre peau !

[L’écouter]

Monument aux morts d’Equeurdreville (Manche)

mazaugues.jpg

Monument aux morts de Mazauges (Var)

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2 Réponses to “L’honneur des mutins de 1917”

  1. Madeleine AUBIN-POTTIER said

    Excusez-moi de vous déranger.

    Avec deux autres personnes, nous recherchons l’endroit où a été entérré François BASCOU tué le 6 mai 1917 à Vauxaillon. A cette époque, il faisait partie du 62ème bataillon de tirailleurs sénégalais. Il était né et habitait toujours à cette époque à Ornaisons dans l’Aude. Le 4 août 1914, il a été incorporé dans le 22ème régiment d’infanterie coloniale, le 1er octobre 1915 dans le 52ème régiment d’infanterie coloniale et enfin le 29 octobre 1916 dans le 62ème BTS.

    L’un de mes aieux Jean-Baptiste GUITON tué à l’ennemi le 5 mai 1917 à Vauxaillon a lui été entérré à Vauxaillon mais pas François !

    Nous cherchons partout mais toujours des réponses négatives (Mairie de Vauxaillon, Direction des Anciens Combattants de l’Aisne, etc…).

    Cette demande de renseignements a été mise sur le site :

    notrefamille.com puis « généalogie » puis « forum » puis « mains tendues » puis le titre de l’article :

    comment retrouver la sépulture d’un poilus ?

    Marion, la personne qui a mis cet article, souhaiterait faire une surprise à une amie de 70 printemps environ. François BASCOU était le grand-père de cette amie Jeannine.

    Je vous remercie pour votre aide.

    Madeleine

  2. yanovitch said

    Bonjour,

    Le mieux est d’adresser votre demande auprès du secrétariat d’état (ou ministère ?) aux anciens combattant. Ils seront plus à même de vous renseigner, ou bien encore une auprès d’une association d’anciens combattants qui pourra vous aider dans vos recherches.

    Quant à nous, nous ne sommes que syndicalistes et ne pouvons, malheureusement répondre à votre question.

    Cordialement.

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