Syndicalisme de lutte

“La classe ouvrière sait qu’elle n’a à compter que sur elle-même“ (Monatte)

Archive for juillet 2007

Manifs du 31 juillet

Posted by lucien sur 29 juillet 2007

Rassemblements à l’appel de la CGT et de sept fédérations de cheminots contre le « service minimum »:

MARDI 31 JUILLET
à Paris, le rendez-vous est fixé à
14 h 30 devant l’Assemblée nationale (M° Solférino)

pour les rendez-vous dans les départements,
cf. http://www.cgt.fr/internet/html/lire/?id_doc=5284

La Cgt appelle les salariés à des rassemblements à Paris, devant l’Assemblée nationale, et devant les préfectures des principales villes de province, le mardi 31 juillet à 14h30.
Le projet de loi sur le service minimum dans les transports sera alors examiné par les députés. Comme en témoignent les derniers amendements déposés par la commission du Sénat en charge du dossier, les transports terrestres sont les cobayes d’une offensive visant à une restrictions généralisée du droit de grève dans notre pays.

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Réédition du ‘Juin 36’ de Danos & Gibelin

Posted by lucien sur 27 juillet 2007

 

 

Juin 36
Jacques Danos & Marcel Gibelin

Les 2 et 3 juin, ce sont des entreprises appartenant a l’industrie chimique, a l’alimentation, au textile, aux industries graphiques, a l’ameublement qui sont paralysées par la grève et occupées. Le 4 juin, les grèves s’étendent encore : les camionneurs, la distribution des journaux, les restaurants et hotels, le livre, la serrurerie, l’orfèvrerie, la distribution d’essence, les laboratoires pharmaceutiques, l’habillement, le batiment, le gaz, l’agriculture… Partout ou elles éclatent, les grèves s’accompagnent d’occupation, partout elles rassemblent la quasi-totalité du personnel ; partout elles sont immédiatement appuyées par la sympathie active de la population. Le désordre apparent des mouvements dispersés peut se transformer en une manifestation puissante, en un mouvement général dont les conséquences seront peut-être redoutables.”

La réalité de juin 1936 que nous fait découvrir cet ouvrage est bien différente de la version forgée par les dirigeants des partis du Front populaire, et reprise par leurs héritiers politiques. Jacques Danos et Marcel Gibelin montrent que ce ne fut pas le gouvernement du Front populaire de Léon Blum qui accorda à la classe ouvrière les 40 heures, les congés payés, le droit d’élire des délégués, ou les importantes augmentations de salaires. Tout cela fut arraché par la grève.

Les accords Matignon ne furent pas un cadeau offert à la classe ouvrière pour la récompenser d’avoir bien voté, mais un contre-feu mis en place à la hâte par le patronat et le gouvernement Blum soutenu par la CGT et les partis de gauche, animés par une même préoccupation : tenter de ramener dans son lit le torrent de la greve. Ils y réussirent, mais difficilement.

Ce livre a été édité pour la première fois en 1952. Les auteurs ont su nous faire revivre cette période et le mouvement gréviste de manière enthousiasmante et détaillée. Tous ceux qui sont partie prenante des combats des travailleurs y retrouveront l’atmosphère, l’élan de ce grand moment du mouvement ouvrier. Ils y trouveront aussi des lecons qui éclairent la période actuelle.

320 pages _ 14.00 Euros (franco de port via le site éditeur) ISBN : 2-915727-08-2

En librairie depuis juin 2007
http://www.atheles.org/lesbonscaracteres/histoire/juin36/index.html

Diffusé par Editions Agone. BP 70072 F-13192 Marseille cedex 20

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Encore et jours Base élèves…

Posted by lucien sur 27 juillet 2007

Enquête

Levée de boucliers contre le fichier « base élèves 1er degré »

LEMONDE.FR | 26.07.07

Après de premiers incidents, fin juin, la FCPE, la plus importante association de parents d’élèves, tout comme le Syndicat national des professeurs d’école (Snuipp), et, enfin, début juillet, le bureau national de la Ligue des droits de l’homme (LDH), ont réclamé l’« arrêt total » du fichier « base élèves 1er degré » (BE1D), qui doit être installé dans toutes les écoles, publiques comme privées, d’ici à septembre 2009. En cause : la pertinence de certaines données sensibles – comme la nationalité de l’élève, le pays d’origine et la date d’entrée en France – ou le risque de voir des éléments de la scolarité (absentéisme, suivi des élèves en difficultés) être utilisés à d’autres fins que la gestion des effectifs et le « pilotage pédagogique ».

La création de ce fichier a souffert d’une transparence à géométrie variable. Il a fallu d’âpres tractations entre le ministère de l’éducation nationale (MEN) et la Commission de l’informatique et des libertés (CNIL), pour que Lemonde.fr obtienne une partie seulement des documents officiels encadrant la création de BE1D. Il s’avère d’abord que le déploiement national s’est décidé sans qu’un bilan précis de « l’expérimentation » ne soit rendu public. Procédé contestable lorsque les « cobayes » sont des enfants d’au moins 3 ans.

« Il est logique que l’opacité engendre la méfiance, indique François Nadiras, un membre de la section de Toulon de la LDH, à qui nous avons confié ces documents pour expertise. La disproportion est devenue trop grande entre un méga-ministère et une autorité administrative [la CNIL], dont les pouvoirs de contrôle ont diminué en 2004, juste avant d’avoir à se pencher sur la ‘base élèves’« . La mention « nationalité » fait en ce moment l’objet de nouveaux arbitrages pour en limiter l’exploitation, nous a fait savoir le MEN. Il n’est pas encore question de la supprimer. Pourtant, il est possible, depuis peu, d’entrer la valeur « non connue ». « Ça n’a pas de sens : pourquoi alors ne pas accepter la disparition effective de ce champ ? » s’indigne François Nadiras.

« UNE PRESSION ÉNORME » Les mêmes incohérences pèsent sur des données aujourd’hui présentées comme « facultatives » – ce qui n’était pas prévu dans les engagements ministériels, comme la prise en charge de l’enfant dans un « réseau d’aide spécialisé aux élèves en difficulté » (Rased), données qui doivent rester dans le fichier pendant quinze ans. Le ministère, sous la pression de la CNIL, a déjà dû renoncer à autoriser les maires à accéder à ces informations. En matière de sécurisation du fichier, une obligation légale, il est clair que les garanties promises sur le papier – seules bases sur lesquelles la CNIL a pu juger du sérieux du dispositif – n’ont jamais pu être mises en œuvre sur le terrain.

« La pression est devenue énorme pour accélérer le déploiement du fichier », indique une source proche du dossier. Si bien que « la sécurité est passée au second plan ». C’est ce que confirme la correspondance échangée entre la CNIL et le ministère (voir document « Correspondance MEN-CNIL »). La CNIL y déplore à plusieurs reprises n’avoir obtenu « aucune précision (…) sur les règles de sécurité et d’identification des utilisateurs garantissant la confidentialité des informations ». Le président de la CNIL, Alex Türk, qui a rencontré le ministre Xavier Darcos le 17 juillet, attend encore des explications écrites sur ces dysfonctionnements.

Reste enfin à clarifier l’usage de « l’Identifiant national de l’élève » (INE), qui doit servir, comme c’est déjà le cas dans le second degré, de marqueur unique pour chaque enfant jusqu’à sa sortie de terminale. C’est à partir de cet INE que l’administration envisage d’en tirer des statistiques nationales. Maurice Fischer, sous-directeur chargé des plans d’informatisation au ministère de l’éducation, assure qu’un procédé d’« anonymisation totale » est prévu à cet effet. Procédé qu’il est prévu de rendre « irréversible », afin que l’on ne puisse plus remonter à l’identité de l’élève.

Jérôme Thorel

Voir aussi sur ce sujet:

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La marchandisation de l’Education s’affiche sans vergogne avec le député UMP de Millau

Posted by lucien sur 22 juillet 2007

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Le gouvernement de Sarkozy a annoncé à plusieurs reprises sa volonté de mettre en place des études en fin d’après-midi dans les établissements pour les élèves en échec scolaire, payées en heures supplémentaires aux professeurs volontaires pour arrondir leurs fins de mois.
Dans le même temps il annonce la suppression d’encore 17000 postes d’enseignants pour la rentrée 2008 selon les dernières déclarations du ministre de l’Education Nationale.

Le SNES (FSU ) ne peut accepter ce double discours. D’un côté on supprime des milliers de postes et de l’autre on installerait en heures supplémentaires des dispositifs censés lutter contre la difficulté scolaire.

La mise en place d’études après les cours ne saurait faire oublier que c’est d’abord et avant tout dans la classe qu’il convient d’améliorer les conditions d’apprentissage des élèves : travail en petits groupes, temps pour mener à bien des projets collectifs, soutien… activités qui doivent toutes être encadrées par les enseignants et intégrées dans leur service hebdomadaire.

Le chômage et la précarité sont le résultat des politiques libérales menées par les gouvernements successifs. Mais les libéraux ont trouvé le filon en spéculant sur l’angoisse des parents parmi ceux qui sont les plus démunis en capital culturel pour pouvoir accompagner leurs enfants tout au long de leur scolarité.

Ainsi, il est pour le moins étonnant de voir depuis quelques jours, la plaque du tout nouveau député UMP de la circonscription de Millau 24 avenue Jean Jaurès (sic) transformée, comme par hasard, en espace publicitaire pour une société qui vend des cours particuliers et fait de la pub pour une boite de formation privée

Renseignements pris il ne s’agit pas de collègues enseignants qui veulent travailler plus pour gagner plus mais d’intervenants extérieurs à l’Education Nationale, embauchés par une société sous statut associatif qui facture ses prestations du CP à la Terminale ! On serait bien curieux de connaître le niveau de rémunération de ces enseignants et la nature de leurs contrats de travail (CNE ?)…

Nous perdons cette année encore 23 postes dans l’Aveyron uniquement pour le second degré. On ferait mieux d’ouvrir des postes aux concours pour les jeunes diplômés afin de permettre au service public d’éducation de fonctionner correctement plutôt que d’encourager au plus haut niveau de l’Etat UMP ce type de pratiques aussi illusoires et inefficaces que ruineuses pour les familles.

 

Edouard Martin

(professeur au lycée de Millau,membre du bureau départemental du SNES Aveyron)

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Communiqué des fédés de l’éducation

Posted by lucien sur 22 juillet 2007

Communiqué de presse du mercredi 18 juillet 2007 des fédérations UNSA Education, FSU, SGEN-CFDT, FERC-CGT, FAEN

 

Construire la mobilisation

 

L’Education nationale pourrait subir, à la rentrée 2008 un retrait de postes inédit. Les chiffres évoqués porteraient sur 17 000 emplois supprimés, s’ajoutant aux milliers de suppressions de ces dernières années. C’est une nouvelle attaque contre l’Ecole qui marquerait une nouvelle étape dans la dégradation, d’une ampleur jamais atteinte, du service public d’éducation.

Les conditions d’encadrement et d’enseignement atteindront un point critique. Les établissements les plus fragiles verront leurs difficultés accrues, les inégalités s’accentueront. L’offre de formation sera réduite, l’objectif de la réussite de tous les élèves compromis. Les personnels verront leurs conditions de travail se dégrader un peu plus et la précarité s’accentuera encore.

Les fédérations UNSA Education, FSU, SGEN-CFDT, FERC-CGT, FAEN dénoncent ce mauvais coup supplémentaire porté à l’Ecole publique. Elles appellent à réunir les conditions d’une mobilisation de grande ampleur dès que possible dans le courant du premier trimestre. Dans cette optique, elles décident d’organiser, avec les personnels, au plus près du terrain, les réunions nécessaires pour les informer  et construire, avec eux, cette mobilisation. Elles décident de solliciter les organisations du monde éducatif (organisations d’élèves, d’étudiants, de parents d’élèves et associations) pour agir ensemble à la hauteur des menaces qui pèsent sur le service public d’éducation.

Les fédérations UNSA Education, FSU, SGEN-CFDT, FERC-CGT et FAEN réaffirment leur attachement au respect du droit de grève. Elles dénoncent l’utilisation faite par le gouvernement de l’argument du service minimum qui sert à masquer la réalité des problèmes.

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« L »intellectuel de gauche va disparaître, tant mieux »

Posted by Vendemiaire sur 18 juillet 2007

Alain Badiou, philosophe, professeur émérite à l’Ecole normale supérieure

« L »intellectuel de gauche va disparaître, tant mieux »

LE MONDE, 14.07.07

Comment interprétez-vous les changements politiques et électoraux récents ?Comme la véritable fin de la forme française de l’après-guerre : un système droite-gauche qui avait en partage un bilan très particulier de la guerre, du pétainisme et de la Résistance. Le système gaullo-communiste. Chirac était le Brejnev du gaullisme, c’est-à-dire celui qui conserve un système délabré, et dont l’idée prudente est qu’il vaut mieux ne rien faire. L’élection de Nicolas Sarkozy et le fait que des gens présumés de gauche entrent dans son gouvernement sonnent le glas de cet après-guerre. En attendant, quelle est cette nouvelle droite qui, n’étant plus gaulliste, est capable de siphonner les voix de l’extrême droite ? Disons les évidences : capitalisme décomplexé et réhabilitation à la fois factice et agressive du signifiant national.

Hormis les antiques maximes de la réaction « C’est très bien d’être riche » et « Que les pauvres travaillent plus et nous obéissent », le contenu positif du sarkozysme est incertain. Son contenu négatif est bien connu : persécution des étrangers, surtout s’ils sont ouvriers et/ou pauvres ; ministère spécial pour « s’occuper » des affaires de ces gens-là ; mise au pas répressive de la jeunesse populaire. La vraie campagne de M. Sarkozy n’a pas été l’élection présidentielle mais son action en tant que ministre de l’intérieur. Sa loi sur les étrangers, aussi scélérate que peu connue du public, et les rodomontades policières ont fait entrer de façon ouverte le lepénisme dans l’Etat et enterré l' »exception française ». D’où la déconfiture totale de la gauche et de l’extrême gauche, cramponnées au consensus d’après-guerre.

Quelles conséquences ces changements politiques peuvent-ils avoir sur la vie intellectuelle ?

Le ralliement à M. Sarkozy symbolise la possibilité pour des intellectuels et des philosophes d’être désormais des réactionnaires classiques « sans hésitation ni murmure », comme dit le règlement militaire. Sont compris dans ce ralliement la fréquentation corrompue des riches et des puissants, la xénophobie antipopulaire et l’adoration de la politique américaine. Autrefois, quand un intellectuel était de droite, il avait des complexes. Même Raymond Aron en avait ! La séquence de l’après-guerre avait constitué le personnage bien typé de l’intellectuel de gauche. Nous allons assister – ce à quoi j’aspire – à la mort de l’intellectuel de gauche, qui va sombrer en même temps que la gauche tout entière, avant de renaître de ses cendres comme le phénix ! Cette renaissance ne peut se faire que selon le partage : ou radicalisme politique de type nouveau, ou ralliement réactionnaire. Pas de milieu.

Vous êtes, depuis la parution de Circonstance, 3. Portées du mot « juif » (Lignes, 2005), au coeur d’une polémique intellectuelle à propos de vos positions sur Israël que certains pensent favorables à sa disparition. Qu’en pensez-vous ?

Je crois que cette polémique, si on la prend à son niveau le plus consistant et le plus élevé, tourne autour de la question de l’universel. Quel est le rapport entre le mot « juif » dans toute son extension, sa résonance historique et intellectuelle, et l’universalité émancipatrice ? L’universalisme subit une attaque de droite qui maintient qu’il faut revenir aux nations, aux traditions, à la religion, à la morale des familles, etc. Mais il doit compter aussi avec une attaque de gauche qui soutient que l’universalisme abstrait a toujours été une forme d’impérialisme intellectuel et qui pense que les identités sexuelles, raciales ou communautaires doivent être défendues. Contre quoi ? Eh bien, finalement, contre l’abstraction du marché. Dans ce débat, j’estime occuper une position médiane, même si j’ai la dent dure. Je m’oppose à la défense traditionaliste des identités morales, nationales ou religieuses, mais aussi à la défense moderniste qui prétend faire des identités le coeur de l’opposition politique au capitalisme mondialisé. Tel est le contexte dans lequel j’aborde la question du mot « juif ».

Pourquoi réduisez-vous la question à un mot ? N’est-ce pas une réalité ?

Bien sûr ! « Français » aussi… Mais « être français » ne m’empêche pas d’être d’origine africaine, ou aristocrate héréditaire, ou à moitié allemand, ayant telle ou telle idée de mon pays, héritier de la Révolution française ou au contraire fétichiste d’un terroir… Sous le mot, de valeur variable, on trouve une multiplicité infinie. Je polémique contre ceux qui disent que « juif » est un nom, et non pas un mot, c’est-à-dire ceux qui soutiennent que le mode de rassemblement que ce nom forme est unifié et absolument irréductible à tout autre. A mon avis, cela n’est soutenable que si intervient la transcendance divine. Dans ce cas, et dans ce cas seulement, on peut soutenir que « juif » est un nom, parce qu’il s’inscrit dans l’espace d’une élection : « juif » est le nom de l’Alliance. Je soutiens, comme le fait de façon cohérente Levinas, qu’il n’est pas possible de maintenir cette exception nominale sans l’appui de la religion.

Ma cible n’est en réalité ni le sionisme, ni l’existence de l’Etat d’Israël, ni même un certain type de relation entre l’identitaire et l’Etat. Je critique une instrumentation idéologique du mot « juif » dans la polémique intellectuelle, spécialement en France, à des fins que je crois liées à la vague réactionnaire dans laquelle nous sommes plongés depuis près de trente ans. Il serait terrible pour les juifs, cette multiplicité vivante, de laisser le mot dont ils se réclament, et qui est lié de longue date aux aventures de l’universel, devenir l’emblème du capitalisme modernisé, de la xénophobie anti-arabe ou anti-africaine et des guerres américaines. Je constate, avec une vraie douleur, que toutes sortes de gens dont j’ai été proche, parfois de chers amis, qui vers 1970 gravitaient autour du maoïsme révolutionnaire, ont pratiqué peu à peu la référence au mot « juif » et à l’Etat d’Israël comme un support pour quelque chose de politiquement et d’intellectuellement plus vaste, que l’on peut appeler la réinsertion dans l’Occident. Par « Occident », je veux dire l’ensemble des pays développés et « démocratiques », leur puissance et leur mode de vie jugé supérieur. Le traumatisme inouï qu’a été l’extermination des juifs d’Europe dans les chambres à gaz du nazisme rend cette instrumentation redoutable, parce qu’elle sidère la pensée, l’immobilise dans une mémoire conservatrice.

On vous accuse de vous attaquer à la mémoire de la Shoah, ou du moins à ses usages. Est-ce parce qu’elle a servi l’itinéraire que vous dénoncez ?

Je pense que la promotion des massacres et des victimes comme seuls contenus intéressants de l’Histoire est liée à un processus profond de dépolitisation. Examiner toutes les situations exclusivement à travers des catégories morales conduit à l’impuissance politique. D’autre part, je ne pense pas que la mémoire soit une bonne catégorie si l’on désire la non-répétition des désastres, parce que cette non-répétition suppose un jugement rationnellement constitué sur ce qui s’est passé. Une mémoire émotive fondée sur l’horreur et ses images est en réalité ambivalente. Distinguer entre ce qui relève de l’émotion de répulsion et l’émotion de fascination est très difficile. Oui, je me méfie de la mémoire. Tout autant de la mémoire des atrocités coloniales ou du stalinisme que de la mémoire du nazisme. L’intelligence politique et historique doit universellement remplacer la douteuse mémoire, proie désignée des propagandes.

C’est en ce sens que vous suggérez dans Circonstances, 3 d’oublier l’Holocauste ?

Cette phrase, dont je veux rappeler qu’elle figure dans un entretien avec le journal israélien Haaretz, était, vous vous en doutez, d’une imprudence calculée : elle ne pouvait se comprendre que dans le contexte, traitant des conditions de possibilité d’un dialogue entre Palestiniens et Israéliens. La phrase suivante précise aussitôt qu’un tel oubli est évidemment impossible.

N’est-ce pas la mémoire de la Shoah qui conserve, au moins en Occident, sa légitimité à l’Etat d’Israël ?

Que les choses soient claires : je n’ai jamais pensé que le destin des Israéliens était d’être jetés à la mer. Je ne crois pas non plus que la question des frontières d’Israël soit au coeur du problème. De l’intérieur d’une situation assumée, autrement dit en déclarant que l’installation de centaines de milliers de juifs à cet endroit-là est irréversible, j’estime que l’idée régulatrice, pour le devenir de la région, ne peut être que la vie mêlée des Palestiniens et des Israéliens sur une même terre. J’ai toujours pensé que la formule d' »Etat juif » était une formule périlleuse. Aujourd’hui, les politiques émancipatrices veulent que les nationalités et les Etats ne soient pas exclusivement définis en termes identitaires ou raciaux. Au minimum : le droit du sol contre le droit du sang. Israël sera nécessairement pris dans ce devenir, où l’universel s’établit peu à peu là où régnait la particularité.

Cela vous paraît mettre en question la légitimité d’Israël comme Etat juif ?

Vous savez, j’ai certainement écrit des choses beaucoup plus violentes contre la France que contre l’Etat d’Israël ! Le sionisme peut être inscrit dans une dimension coloniale, mais aussi dans une dimension révolutionnaire. Il a combiné les deux aspects, c’est ce qui en fait un phénomène singulier. Que des gens qui se désignaient au sein des nations européennes comme une minorité particulière de caractère national – la minorité juive – aient voulu trouver un lieu où réaliser territorialement cette identité sous la forme d’un Etat est une réalité historique qui, comme toute autre réalité de ce genre, n’est ni légitime ni illégitime. Ce que je ne crois pas raisonnable, c’est que cette aventure soit mise en exception des aventures nationales du même ordre, voilà tout.


Alain Badiou est philosophe, professeur émérite à l’Ecole normale supérieure
Propos recueillis par Nicolas WeillArticle paru dans l’édition du 15.07.07

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Les acquis sociaux ne sont pas « négociables » !

Posted by Vendemiaire sur 18 juillet 2007

13 juillet

CommuniquÉ DES TENDANCES

« Ensemble, Émancipation, Pour un Syndicalisme de Lutte »

Les acquis sociaux ne sont pas « négociables » !

Organisons la rÉsistance et la riposte !

 

Le gouvernement Sarkozy vient d’annoncer son intention de supprimer 35000 postes de fonctionnaires, dont au moins 17000 à l’éducation nationale. Ces suppressions, venant s’ajouter à la contre-réforme sur l’autonomie des universités, constituent une atteinte sans précédent au système éducatif français.

Face à ces coups très durs portés aux couches sociales les plus défavorisées, à savoir à celles et ceux pour qui l’accès à l’éducation est de plus en plus compromis par le renforcement d’une société inégalitaire et de privilèges, le Bureau Délibératif Fédéral et National de la FSU réuni le 2 juillet écrit vouloir « proposer à l’intersyndicale de l’éducation de s’exprimer unitairement en exigeant d’autres choix pour que les conditions de véritables négociations soient réunies ».

En l’absence de tout rapport de forces favorable aux organisations ouvrières et quand il apparaît clairement, au bout d’un mois de « concertation », que le gouvernement, après avoir sacrifié à un simulacre de « dialogue social », passe en force et fait voter par une assemblée à sa botte la loi sur l’université, il n’est que temps de refuser clairement la voie de la négociation !

Il n’y a rien à négocier dans le programme de destruction sociale du nouveau gouvernement. Nous considérons comme relevant de l’urgence la création d’un vaste front regroupant l’ensemble des organisations syndicales ouvrières et des associations (parents d’élèves, droits et libertés…) afin de combattre un programme dangereux et réactionnaire qui, s’il devait être mis en oeuvre, constituerait une forme de défaite et de régression sociale généralisée pour des millions de travailleurs/ses, de jeunes, de chômeurs/ses.

Nous appelons la FSU à ne pas substituer à l’action et à la mobilisation une fausse et illusoire « concertation » qui ne sert en réalité que les intérêts du gouvernement en lui apportant une caution. Il ne saurait en effet y avoir de négociation sans l’établissement d’un véritable rapport de force.

Nous demandons à la FSU de prendre contact avec les autres fédérations et confédérations de salarié-e-s et d’étudiant-e-s afin d’organiser la lutte pour empêcher la mise en oeuvre des mesures antisociales annoncées.

L’objectif étant d’appeler dès à présent tous ceux et toutes celles qui veulent combattre la politique de ce gouvernement à tenir le plus rapidement possible des assemblées générales unitaires pour décider des revendications et des formes collectives et démocratiques de résistance sociale à mettre en œuvre.

 

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Le CNE jugé contraire aux conventions internationales

Posted by lucien sur 7 juillet 2007

La cour d’appel de Paris juge le CNE
contraire à une convention de l’OIT

NOUVELOBS.COM | 06.07.2007

La période de deux ans, durant laquelle l’employeur peut licencier un salarié sans justification, est estimée contraire à la convention 158 de l’Organisation internationale du travail, qui stipule qu’une période d’essai doit être « raisonnable ».

La cour d’appel de Paris a jugé, vendredi 6 juillet, que le Contrat nouvelles embauches (CNE) était contraire à la convention 158 de l’Organisation internationale du travail, estimant déraisonnable le délai de deux ans durant lequel un salarié embauché en CNE peut être licencié sans motivation.
Créé en août 2005, le CNE est un contrat de travail à durée indéterminée destiné aux entreprises de 20 salariés ou moins, débutant par une période de deux ans pendant laquelle l’employeur peut licencier son salarié sans avoir à fournir de justification.

Une première

La 18e chambre de la cour d’appel, présidée par Jean-Louis Verpeaux, était saisie d’une décision rendue le 28 avril par le conseil des prud’hommes de Longjumeau (Essonne), qui avait requalifié un CNE en CDI (Contrat à durée indéterminée), jugeant que l’ordonnance créant le CNE était contraire au droit international, un jugement de principe qui constituait une première.
Dans sa décision, la cour d’appel a repris, en le complétant, l’argumentaire développé en première instance.
Elle constate d’abord que « durant une période de deux années, le CNE prive le salarié de l’essentiel de ses droits en matière de licenciement« , le ramenant à une situation où la charge de la preuve de l’abus de la rupture du contrat de travail lui incombe.

Le « droit au travail »

« Cette régression, qui va à l’encontre des principes fondamentaux du droit du travail dégagés par la jurisprudence et reconnus par la loi, prive les salariés des garanties d’exercice de leur droit au travail« , estime la cour.
La juridiction s’étonne au passage : « Dans la lutte contre le chômage, la protection des salariés dans leur emploi semble être un moyen au moins aussi pertinent que les facilités données aux employeurs pour les licencier« , et remarque « qu’il est pour le moins paradoxal d’encourager les embauches en facilitant les licenciements« .
En conséquence, « le contrôle de proportionnalité [Ndlr : qui consiste à vérifier l’adéquation entre les moyens et un but recherché] ne permet pas de considérer que le délai de deux années institué par l’ordonnance du 2 août 2005 soit raisonnable » au regard de la convention 158 de l’OIT, conclut la cour. (AFP)

Le Palais de justice de Paris (Sipa)

Le Palais de justice de Paris

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C’est ça la riposte à la hauteur des enjeux ?

Posted by lucien sur 5 juillet 2007

La FSU a donné corps à ses précédentes déclarations en votant un texte à son bureau délibératif fédéral du 2 juillet; ça se réduit donc à: « La FSU proposera à la réunion des fédérations de fonctionnaires d’envisager une riposte unitaire d’envergure sur les salaires et sur l’emploi accompagnée d’une campagne d’opinion. » et « proposera à l’intersyndicale de l’éducation de s’exprimer unitairement « . Vaste programme de lutte concrète…

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L’honneur des mutins de 1917

Posted by lucien sur 1 juillet 2007

Les mutins du Chemin des Dames toujours pas pardonnés

Des descendants des Poilus fusillés de 1917 rendent hommage à leurs aïeux.

Par Édouard Launet, article paru dans Libération du samedi 30 juin 2007

C’est un bus blanc qui sillonne la campagne autour de Soissons. Qui traverse de jolis villages au centre desquels les monuments aux morts clament : «Merci à nos enfants morts pour la France.» Qui, de champs de bataille en cimetières, ratisse une mémoire douloureuse avec à son bord une vingtaine de personnes. Tous des descendants des «fusillés de 1917».

En avril et mai 1917, après l’offensive du général Nivelle sur le Chemin des Dames, qui se solda par un massacre (110 000 morts et blessés), des Poilus ont posé les armes. Assez de boucherie. Certains d’entre eux furent alors fusillés pour l’exemple. Denis Rolland, président de la société historique de Soissons, en a recensé vingt-sept. Il a retrouvé les familles de neuf d’entre eux. Les a invitées à venir deux jours (ces vendredi et samedi) sur les lieux des mutineries et des exécutions. «Pas pour réhabiliter ces hommes, ça n’aurait pas de sens, mais pour les réintégrer dans la mémoire collective.»

Denis Rolland reprend là l’expression de Lionel Jospin qui fit scandale en 1998. Le Premier ministre était venu à Craonne honorer la mémoire des combattants du Chemin des Dames. «Certains de ces soldats, épuisés par des attaques condamnées à l’avance, plongés dans un désespoir sans fond, refusèrent d’être sacrifiés», avait dit Jospin, avant de souhaiter que les fusillés «réintègrent pleinement notre mémoire collective nationale». Tollé à droite. Le député RPR René Galy-Dejean donna le ton, déclarant que les propos de Lionel Jospin étaient «de nature à justifier dans l’avenir des actes de mutineries». On en était resté là.

Victimes. Neuf ans plus tard, pour célébrer les quatre-vingt-dix ans du Chemin des Dames, le conseil général de l’Aisne a lancé un appel à projets pour étoffer les cérémonies. Denis Rolland y a répondu avec ce projet de retour des familles. Adopté. «Nous sommes à la recherche d’un regard serein, apaisé, sur les mutineries, explique Yves Daudigny, président (PS) du conseil général. Il ne s’agit pas de repentance ni de réhabilitation. Nous serions plutôt en faveur d’une forme de pardon de la Nation à ces hommes qui furent des victimes de la guerre.» Vendredi, devant les familles, Yves Daudigny a souligné que, il y a quelques mois, les Britanniques, «qui ont eu aussi leurs fusillés de 14-18, leur ont accordé officiellement, par un vote du Parlement, le pardon ».

Marcel Lebouc, qui a participé à la mutinerie de Berzy-le-Sec, a été fusillé le 28 juin, à 24 ans. Son petit-fils Michel, 61 ans, est du voyage. «Mon père n’a jamais su où avait été enterré son père.» Lui-même l’ignorait jusqu’à ce que Denis Rolland prenne contact avec lui. Michel Lebouc est venu du Vaucluse découvrir les lieux où son grand-père s’est révolté. Il ressent «comme un honneur» d’être là.

Le caporal Pierre Lefevre, qui fut de la mutinerie de Mercin, a été fusillé le 16 juin, à 20 ans. Il repose dans le grand cimetière militaire d’Ambleny, sous une croix où est écrit : «Mort pour la France» (c’est une erreur lors du transfert de la dépouille à Ambleny : les fusillés n’avaient le droit qu’à la mention «Décédé» ). Quatre membres de sa famille sont présents. Son petit-neveu Noël Ley dit avoir «un nœud dans l’estomac» et déclare devant la tombe : «Je considère qu’il est innocent.»

Beaucoup des passagers du bus ont appris les circonstances de la mort de leurs aïeux par Denis Rolland, qui a consacré un livre au sujet (1). «La plupart n’étaient jamais venus ici», précise l’auteur. Joseph Bonniot, mutiné à Viel-Arcy, a été fusillé le 20 juin à 33 ans. Sa tombe a disparu. «C’était le cousin de mon grand-père», confie une dame venue d’Allemagne. «Dans notre famille, Joseph Bonniot était considéré comme une tache sur notre honneur». Personne ne s’était préoccupé de savoir ce qui s’était vraiment passé .

La terre du Chemin des Dames est gorgée d’histoire : elle rend cinq à dix dépouilles de Poilus par an, indique Jean-Luc Pamart. Le président de l’association Soissonnais 14-18 pense qu’il reste «250 000 soldats dans la terre du coin». Agriculteur, il sait qu’en creusant ne serait-ce que de 20 cm on tombe sur les tranchées, presque intactes. Le passé est là, tout près. «Je cultive sur des charniers.» dit-il.

Poteau. Vendredi, le clou fut la visite à Vingré, le «village des fusillés». Autre histoire : c’était le 4 décembre 1914. Six soldats tirés au sort étaient collés contre le poteau pour abandon de poste devant l’ennemi. Un gradé avait donné un ordre de repli, on ne l’a su qu’après. Les «six» ont été réhabilités en 1921, un monument a été érigé quatre ans plus tard. A Vingré, un certain Guy, habillé en Poilu, a lancé aux familles : «Soyez fiers de vos aïeux. Grâce à leur action contre la barbarie des généraux, ils ont sauvé les vies d’autres soldats.»

(1) La Grève des tranchées, Ed. Imago (2005).

***

Voir aussi:

Réécouter :

« A six heures la bataille était engagée. A sept heures elle était perdue. » Lieutenant Ybarnegaray Avril 1917.

Il y a 90 ans, le 16 avril 1917, à 6 heures du matin, quelque part entre Reims et Soissons, commençait …

avec : Stéphane Audoin-Rouzeau

  • la chronique sur RFI 90 ans après la polémique persiste :écouter 2 min

La chanson de Craonne:

Quand au bout d’huit jours, le r’pos terminé,
On va r’prendre les tranchées,
Notre place est si utile
Que sans nous on prend la pile.
Mais c’est bien fini, on en a assez,
Personn’ ne veut plus marcher,
Et le coeur bien gros, comm’ dans un sanglot
On dit adieu aux civ’lots.
Même sans tambour, même sans trompette,

On s’en va là haut en baissant la tête.

 

Refrain:
Adieu la vie, adieu l’amour,
Adieu toutes les femmes.
C’est bien fini, c’est pour toujours,
De cette guerre infâme.
C’est à Craonne, sur le plateau,
Qu’on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés
C’est nous les sacrifiés !

 

Huit jours de tranchées, huit jours de souffrance,
Pourtant on a l’espérance
Que ce soir viendra la r’lève
Que nous attendons sans trêve.
Soudain, dans la nuit et dans le silence,
On voit quelqu’un qui s’avance,
C’est un officier de chasseurs à pied,
Qui vient pour nous remplacer.
Doucement dans l’ombre, sous la pluie qui tombe
Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes.

 

Refrain

C’est malheureux d’voir sur les grands boul’vards
Tous ces gros qui font leur foire ;
Si pour eux la vie est rose,
Pour nous c’est pas la mêm’ chose.
Au lieu de s’cacher, tous ces embusqués,
F’raient mieux d’monter aux tranchées
Pour défendr’ leurs biens, car nous n’avons rien,
Nous autr’s, les pauvr’s purotins.
Tous les camarades sont enterrés là,
Pour défendr’ les biens de ces messieurs-là.

Refrain

Ceux qu’ont l’pognon, ceux-là r’viendront,
Car c’est pour eux qu’on crève.
Mais c’est fini, car les trouffions
Vont tous se mettre en grève.
Ce s’ra votre tour, messieurs les gros,
De monter sur l’plateau,
Car si vous voulez la guerre,
Payez-la de votre peau !

[L’écouter]

Monument aux morts d’Equeurdreville (Manche)

mazaugues.jpg

Monument aux morts de Mazauges (Var)

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