Syndicalisme de lutte

“La classe ouvrière sait qu’elle n’a à compter que sur elle-même“ (Monatte)

Base élèves: revue de presse

Posted by lucien sur 28 juin 2007

Zéro pointé pour le fichier des écoles

(Le Canard enchaîné, 27 juin 2007)

La Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) vient d’adresser au ministère de l’Éducation nationale une lettre peu aimable exigeant des explications, avant quinze jours, sur la sécurité des fichiers baptisés << base élèves >>, qui recensent les écoliers. La Cnil demande à être immédiatement informée des mesures qui doivent être prises pour assurer la confidentialité des données. En réponse, le ministère a pris, pour commencer, une mesure radicale : tout accès à ces fichiers a été provisoirement fermé.
Il faut dire que l’administration s’est mise dans de bien mauvais draps.
<< Base élèves >> est un système informatique dont le principe même avait été contesté par des syndicats d’enseignants et les associations de parents. La fiche de chaque enfant contient son état civil, mais aussi des informations sensibles sur son orientation, ses éventuelles difficultés, sa vie sociale et familiale, l’autorité parentale, la << culture d’origine Ces données devaient bien sûr être protégées, et n’être accessiblesqu’aux directeurs d’école, aux maires (s’ils en faisaient la demande) et à l’administration centrale. La réalité a dépassé toutes les craintes des opposants.
Les fichiers de centaines d’écoles étaient consultables sur Internet : il suffisait de donner comme nom d’utilisateur le numéro de l’établissement (renseignement public) et comme mot de passe… le même numéro ! << Le Canard >> a pu vérifier cet état de fait dans plusieurs académies, avant la décision de fermeture prise la semaine dernière.
Explication : consigne avait été donnée aux chefs d’établissement de se simplifier la vie, en évitant de mémoriser un mot de passe compliqué.
Une faute que ne commettrait pas un informaticien débutant.
Impossible de savoir s’il y a eu des consultations frauduleuses, voire des modifications de données. Mais, à la Cnil, on fait observer que les engagements pris par le ministère en matière de sécurité n’ont pas été respectés. Ce qui ne constituepas seulement une faute, mais aussi une infraction pénale. Avec la nouvelle doctrine Sarko, selon laquelle aucun délit ne doit rester impuni, cela va saigner !

*

Une directrice d’école maternelle : « Ma mission n’est pas de devenir un auxiliaire de police ou d’état civil »

(LEMONDE.FR 27.06.07 )

Témoignage d’une directrice d’école maternelle en Ille-et-Vilaine. Avec une centaine de ses collègues du premier degré de la région de Rennes, elle risque la « destitution » à la rentrée.

Quelle est votre position face au fichier « base élèves » ?

Je suis en résistance totale. J’ai toujours refusé de le renseigner, je ne m’y suis même jamais connecté. Je ne le fais pas de gaieté de cœur, c’est toujours délicat de s’opposer à la hiérarchie. Mais je suis soutenue par mon équipe enseignante et par les parents d’élèves (120 familles), qui se sont aussitôt inquiétés après leur avoir exposé toutes les facettes du fichier.

Comment avez-vous découvert ce qu’il contenait ? Quels sont les éléments qui vous ont choquée ?
Au printemps 2006, nous avons eu une journée de formation sur cet outil. Très vite, beaucoup de choses m’ont choquée. D’abord, la nationalité de l’enfant : on n’en a absolument pas besoin pour faire notre travail. Le nom, le prénom et la date de naissance suffisent amplement. Pareil pour la date d’arrivée en France des parents, la culture d’origine, la langue parlée à la maison.

Ensuite, d’autres volets m’inquiètent, même s’il restent facultatifs aujourd’hui : le volet « besoins éducatifs », qui indique si l’enfant est suivi par un réseau d’aide aux élèves en difficulté ou s’il voit un psychologue, par exemple ; le volet « cursus scolaire », qui regroupe des éléments de la scolarité actuelle et antérieure de l’élève mais aussi ses absences. Autant de données personnalisées qui jusqu’ici restaient confidentielles. Avec « base élèves », elles sont transmises à l’inspection académique.
Je suis avant tout directrice et enseignante ; ma mission n’est pas, par le biais de ce fichier, de devenir un auxiliaire de police ou d’état civil. L’école n’a pas à servir de relais ou de prétexte pour récolter des renseignements sur la famille en général.

Avez-vous subi des pressions et serez-vous sanctionnés ?

On nous a demandé par courrier pourquoi ce fichier n’était pas renseigné. Les sanctions, oui, on nous a parlé d’une quotité du salaire qui sera retirée pour « mission non assurée ». Cela concerne les directeurs syndicalement engagés, c’est mon cas. L’inspection serait plus dure avec les directeurs qui pensent que cette « base élèves » porte atteinte aux libertés individuelles. C’est mon cas aussi. Je risque de me voir retirer mon titre de directrice à la rentrée. J’accepterai de remplir ce fichier lorsque j’aurai la certitude qu’il sera parfaitement sécurisé et qu’il ne sera pas croisé avec d’autres.

Propos recueillis par Jérôme Thorel

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