Syndicalisme de lutte

“La classe ouvrière sait qu’elle n’a à compter que sur elle-même“ (Monatte)

Archive for juin 2007

Rapport Lunel (délégué interministériel à l’orientation) [Mise à jour]

Posted by lucien sur 30 juin 2007

 

Mise à jour de la suite du billet Menaces sur l’orientation scolaire (6 mars 2007)

Rapport Lunel : Une conception très libérale du rôle de l’école

Extrait du site de Sud éducation, 30 juin 2007

Le 27 mars 2007, Pierre Lunel, délégué interministériel à l’orientation remettait au 1er ministre d’alors, Dominique de Villepin, son schéma national de l’orientation et de l’insertion professionnelle : Pour un nouveau pacte avec la jeunesse. L’origine de ce texte remonte au rapport Hetzel de l’université à l’emploi issu du débat national université-emploi qui s’était engagé suite au mouvement social anti-CPE. La préoccupation majeure est le chômage des jeunes et le malaise d’une jeunesse sans perspectives d’avenir. L’insertion professionnelle des jeunes est un réel problème mais ce « pacte social avec la jeunesse » qui n’a pour but que de « réconcilier la jeunesse avec l’école et l’entreprise » dénature complètement le rôle de l’école. Il n’est jamais question d’épanouissement personnel, de réconciliation de la jeunesse avec le plaisir d’apprendre et du développement de l’esprit critique. Le seul but de l’école selon ce rapport est qu’elle fournisse des travailleurs « clés en main ». Sud éducation dénonce cette instrumentalisation qui est faite de l’école au service du marché du travail.

Sud éducation dénonce cette analyse biaisée du problème des jeunes. En centrant la problématique sur l’orientation et l’insertion, on évite la remise en cause du fonctionnement actuel du système éducatif, sélectif à tous les niveaux, véritable agent de reproduction sociale. On évacue aussi l’analyse des vrais problèmes d’emploi. En effet, ce rapport repose sur une idée simple : la formation n’est pas assez adaptée aux besoins du marché de l’emploi. Pourtant, que sont ces 500000 emplois « non occupés » (chiffres avancés par le MEDEF) face aux 2 millions de chômeurs officiels (4 millions en fait) sans compter les « 10 millions de salariés en situation de sous-emploi ou d’emploi inadéquat » [1] ? Et si ces emplois sont « non occupés » ce n’est pas un problème de formation mais de conditions de travail, de salaires, de prestige. Enfin, est évacuée aussi la question des prospectives d’emploi : la dualité du marché du travail s’accentuera encore entre des besoins de haut et de bas niveaux de qualifications. On comprend mieux les vraies motivations de ce gouvernement : Conforter une école à deux vitesses qui forme des cadres sortants de grandes écoles réservées à l’élite d’un côté et de l’autre, une masse de travailleurs précaires et dociles formés à l’apprentissage précoce.

Des mesures inadaptées

Parmi les mesures qui concernent le secondaire, un des objectifs affiché est d’apporter aux jeunes une meilleure connaissance des métiers. Ainsi, la découverte professionnelle, 3h optionnelles actuellement, deviendrait obligatoire, à raison de 2h par semaine pour tous les élèves de 3ème. Cet enseignement systématisé interroge : Quel en sera le contenu ?, Comment permettre à un collégien d’appréhender effectivement la diversité et la complexité des réalités professionnelles ? Et surtout, la sélection reste basée sur le niveau scolaire et non sur la « bonne connaissance des métiers ». Par exemple, le métier de pilote de ligne passionnera bon nombre d’élèves mais très peu le deviendront. Il y a donc même un risque. Celui de faire croire aux élèves qu’une meilleure connaissance des métiers leur permettrait d’accéder au métier de leur rêve. De plus, cet enseignement se fera au détriment d’un savoir général qui permet de former des citoyens actifs et responsables. Ce rapport prône également le développement de l’apprentissage à tous les niveaux. Au-delà des intentions affichées, l’objectif réel est donc bien de familiariser plus vite les jeunes au monde de l’entreprise et de fabriquer de futurs salariés dociles aux premiers niveaux de qualification.

Autre mesure : des entretiens d’orientation en 3ème et 1ère générale, technologique et professionnelle, systématiques et conduits par les professeurs principaux. Ce transfert des missions des Conseillers d’Orientation Psychologues sur les enseignants dénature ce qu’est réellement un entretien d’orientation, augmente la charge de travail des enseignants et préfigure la disparition progressive des COP. Les grands perdants sont les élèves : ils ne pourront plus bénéficier de cette aide dans l’élaboration de leur parcours de formation et de leur projet professionnel, assurée par des professionnels qualifiés. Les COP sont formés à la psychologie et leur travail au sein des équipes pédagogiques leurs permettent d’appréhender l’élève dans sa globalité. Ils sont également formés à l’économie, aux sciences de l’éducation et leur indépendance leur permet d’apporter une information neutre et objective, réellement au service des parents et des élèves.

Les mesures proposées pour l’enseignement supérieur ont pour objectif de mieux préparer l’orientation des élèves de terminales à l’université (orientation active), de mieux les accueillir grâce à un système de tutorat, de mieux les informer sur l’insertion (maison des anciens étudiants pour construire des réseaux). Si l’ensemble de ces mesures sont séduisantes, elles ne répondent pas aux problèmes de fonds auxquels sont confrontés les étudiants : conditions d’études désastreuses dans certaines filières comme médecine, STAPS ou psychologie, sélection déguisée, problèmes de financement des études, concurrence inégale avec les sortants de grandes écoles, autant de réalités qui font de l’université le parent pauvre de l’enseignement supérieur…

Par ailleurs, dans la droite lignée du rapport Hetzel, plusieurs mesures consacrent la politique de professionnalisation de l’Université : Création de comités université/entreprises, stages courts de « découverte des métiers » en 1ère et 2ème année de licence, modules professionnalisants de base dans toutes les licences (informatique, langues, connaissance du monde économique, techniques de recherche d’emploi, portefeuille de compétences). Derrière le discours démagogique de se soucier des études supérieures et de l’emploi des jeunes, il s’agit bien en fait de renforcer la relation entreprise/université avec le risque de ne garder que les filières économiquement rentables et de mettre l’université au seul service des besoins du marché du travail.

Disparition programmée du service public d’orientation

Ce rapport est un schéma national de l’orientation et de l’insertion professionnelle. Pourtant, il faut attendre la mesure n° 20 pour que les Centres d’Information et d’Orientation (CIO) soient enfin cités (ce sera la seule et unique fois !). Ils se voient assigner un rôle extrêmement réduit, puisque circonscrit à la coordination locale du recensement des jeunes sortis du système scolaire sans qualification et à la centralisation des informations relatives aux entretiens de situation. C’est dire le peu de cas qui est fait du service public d’orientation existant et son recentrage exclusif sur les questions d’insertion. Cette mesure est d’ailleurs complémentaire à celle relative à la mise en place d’un service public local de l’emploi. Plus clair encore, ce rapport ne parle pas de Conseillers d’Orientation Psychologues mais de Conseillers d’Orientation vers les métiers. Les missions de ces « conseillers d’un nouveau type » seront ou seraient : Information et coordination pour l’orientation scolaire et professionnelle, en liaison avec les entreprises et le service public de l’emploi.

Pour parachever ce démantèlement savamment programmé et orchestré, ce rapport préconise (fort opportunément dans cette logique !) une formation des enseignants à l’orientation tout au long de leur carrière.

Bingo ! La boucle est bouclée ! Profitant de la pénurie actuelle des COP, il s’agit bien de laisser le champ libre au juteux marché concurrentiel de l’aide à l’orientation et de transformer les COP en agents recruteurs : Une orientation à deux vitesses dans une école à deux vitesses.

 

(…)

[1] Chiffres avancés par « les autres chiffres du chômage », extraits d’un article de Louis Marie Barnier, sociologue, membre de la fondation Copernic : « le libéralisme contre les droits des salariés en activité et au chômage. Trois enjeux autour de la sécurité sociale professionnelle »
Télécharger le tract de Sud

***

Autres documents en ligne:

Communiqué de presse Rapport LUNEL

Les organisations sous-signées, qui représentent la quasi-totalité des personnels des Services d’orientation, ont pris connaissance du schéma national présenté par le délégué interministériel à l’orientati

Elles regrettent le découpage artificiel des missions des Conseillers d’Orientation Psychologues en plusieurs dimensions (psychologie de l’éducation et de l’orientation, conseil d’orientation vers les métiers et conseil scolaire personnalisé vers les formations), et craignent l’éclatement du corps des Conseillers d’Orientation Psychologues en deux ou trois professionnels différents, alors que l’efficacité de leur action est liée à leur formation spécifique qui les rend polyvalents et capables de répondre à des demandes très diversifiées de la part de leurs publics et des équipes éducatives.

Pour conseiller, pour accompagner les parcours dans la durée, pour favoriser l’adaptation, la réussite de tous les élèves et faciliter leur insertion, il faut des Conseillers d’Orientation Psychologues, en nombre suffisant, travaillant dans des Centres d’Information et d’Orientation rénovés, avec un véritable statut au sein de l’Education Nationale, des missions clarifiées et une reconnaissance institutionnelle des compétences des personnels.

La mise en œuvre de cette proposition du schéma national prépare une orientation à deux vitesses : un service public d’urgence précarisé pour les plus démunis, et le recours inévitable au secteur privé et au « coaching » individuel par des psychologues spécialisés, pour les mieux informés et les plus favorisés

Signé :

ACOP-France : Association des conseillers d’orientation psychologues- France
AND-CIO : Association nationale des directeurs de C.I.O
SGEN-CFDT
SNES – FSU
SNPsyEN-UNSA : Syndicat des Psychologues de l’Education Nationale
Sud Education

Président de l’université de Paris 8, P. Lunel a été nommé à ce poste par G. de Robien en septembre 2006

Les adresses sur wordpress intégrant la date d’initialisation des billets, nous sommes régulièrement amenés à arbitrer entre l’accumulation de mises à jour successives ou le renouvellement des billets (avec un risque de liens cassés).

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Tract de Paris III

Posted by lucien sur 29 juin 2007

Un projet de loi inacceptable


Après avoir pris connaissance du projet de loi sur l’autonomie des universités présenté par le gouvernement, les organisations étudiantes, d’enseignants et de personnels BIATOS de l’université Paris 3 souhaitent attirer l’attention des usagers et acteurs de l’université sur les points suivants :


Démocratie universitaire : Le projet de loi prévoit une professionnalisation de la fonction présidentielle, assortie de pouvoirs exorbitants, et instaure une gestion technocratique des universités au mépris de l’ensemble de leurs acteurs. Le conseil d’administration notamment, dans lequel siègeront davantage de représentants d’entreprises que d’élus des étudiants et du personnel, verra ses pouvoirs considérablement renforcés au détriment des autres conseils.

Nous pensons au contraire que la gestion des universités doit être confiée de manière réellement démocratique à l’ensemble de leurs acteurs.


Droits des salariés : Le projet de loi permet de casser les statuts de la fonction publique et d’accroître la précarité de l’emploi. La rationalisation des dépenses à laquelle seront poussées les universités risque de conduire à des destructions importantes d’emplois. La possibilité d’embaucher des contractuels en lieu et place de fonctionnaires risque d’accroître la précarité. Le développement de la méritocratie et du clientélisme risque d’entraîner la concurrence entre les salariés.

Nous pensons au contraire que les moyens humains dont ont besoin les universités nécessitent des créations d’emplois stables et sécurisés au moyen d’un réengagement de l’Etat.


Droits des étudiants : Le texte ouvre la voie à la sélection des étudiants dès leur entrée en Licence par le biais d’un processus de préinscription jouant un rôle de « tri sélectif ». En outre, la sélection est dorénavant institutionnalisée à l’entrée en Master, chaque université pouvant fixer librement des modalités de sélection. Enfin, le texte ne prévoit en aucune manière d’encadrer nationalement les frais d’inscription, ce qui laisse augurer des augmentations importantes selon les universités.

à Nous pensons au contraire que tout titulaire du baccalauréat doit pouvoir obtenir une place de droit dans l’université de son choix, que tout licencié doit pouvoir accéder librement en Master et que les droits d’inscriptions doivent être fixés nationalement pour permettre à tous l’accès au service public d’enseignement supérieur.


Désengagement de l’Etat : Le projet de loi amorce une accélération du désengagement de l’Etat en permettant par exemple de transférer aux universités la gestion de leur patrimoine immobilier ou de leur masse salariale. Cela risque d’accroître les inégalités entre universités, de développer la recherche de compétitivité des établissements et d’instaurer un enseignement à deux vitesses (facs d’élite et facs poubelles). En outre, l’asphyxie budgétaire risque de pousser les universités à trouver les moyens d’accéder aux financements privés, ce qui est facilité par le texte.

Nous pensons au contraire que le développement du service public d’enseignement supérieur passe par un engagement financier important de l’Etat offrant à chaque université les moyens de fonctionnement nécessaires.


Généralisation de la concurrence : Le transfert des compétences de l’Etat vers les établissements (non assorti des moyens de gestion en conséquence) accroît le risque de transfert des compétences des universités vers les Pôles de Recherche et d’Enseignement Supérieur (PRES), notamment par le biais d’une gouvernance autoritaire. Autrement dit, le texte crée les conditions de l’accélération de la fusion de groupes d’universités dans des PRES, lesquels sont constitués d’organes de gouvernance encore moins démocratiques et accordent une place prépondérante aux entreprises tant en termes de financements que de prises de décisions. Ce projet de loi permet donc une transition entre le service public d’Enseignement Supérieur et un système de concurrence généralisée, c’est-à-dire sa privatisation.

Nous pensons au contraire que développer la coopération entre universités, garantir l’accès à tous au droit fondamental à l’éducation et permettre le développement d’une recherche libre et indépendante implique de préserver ces missions de service public de toute forme de concurrence et des intérêts particuliers liés aux puissances économiques.

Nous affirmons avec force notre hostilité envers ce projet de loi qui constitue un grave danger pour l’avenir du service public d’Enseignement Supérieur et de la Recherche. Si le gouvernement maintenait sa volonté de faire passer en force ce projet de loi, nous serions prêts à en tirer toutes les conséquences et à n’exclure aucun moyen d’action pour manifester notre refus de cette réforme inacceptable. Nous appelons tous les étudiants, personnels et instances des autres universités à prendre publiquement position contre cette loi et à rester vigilants durant la suite des évènements.

 

 

ASSEMBLÉE GÉNÉRALE

 

JEUDI 5 JUILLET – 12H EN AMPHI A

 

 

Signataires : CGT, CNT, SNASUB-FSU, SNESUP-FSU, UNEF

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Darcos annonce « aux alentours de 10.000 » postes supprimés dans l’Education au budget 2008

Posted by lucien sur 28 juin 2007

Education: »aux alentours de 10.000″ postes supprimés au budget 2008 (Darcos)

[Dépêche AFP, 28-06-07]

Le ministre de l’Education Xavier Darcos a estimé, jeudi sur BFM TV, « aux alentours de 10.000 » le nombre de postes supprimés dans l’Education nationale au budget 2008, dans le cadre de l’objectif gouvernemental de non-remplacement de 30 à 40.000 fonctionnaires.

« Si nous obtenons que des professeurs, dans le cadre de la réflexion sur leur métier, acceptent d’être moins nombreux mais d’avoir un temps de travail différent, volontaire, évidemment, grâce à des volants d’heures supplémentaires importants, nous pouvons sans doute trouver des ajustements », a-t-il précisé.

« Nous serons dans des chiffres qui seront aux alentours de 10.000 », en termes de réduction des effectifs, a annoncé le ministre, en précisant que les arbitrages sur la répartition des non-remplacements de 30 à 40.000 fonctionnaires partant en retraite, annoncés par Eric Woerth, seraient pris « au mois d’août ».

Evoquant « une question difficile », M. Darcos a assuré que « le ministère de l’Education nationale ne s’abstiendra pas, évidemment » de participer au projet gouvernemental d’économie d’emplois publics, mais « l’Education nationale a une difficulté: c’est une entreprise de main d’oeuvre, c’est-à-dire quand on vous supprime un professeur dans le premier degré, vous fermez une classe », a-t-il nuancé.

« Je ne dis pas qu’il ne faut pas le faire, bien sûr il faut le faire, mais cela exige des aménagements de ce qu’on appelle l’offre scolaire », a-t-il argumenté, demandant: « comment organise-t-on le travail ? Comment organise-t-on les partenariats ? Qui peut concourir à l’action éducative si les professeurs sont moins nombreux ? Comment peut-on regrouper les options ? Comment peut-on changer les programmes ? »

« Il y a un dispositif assez compliqué parce qu’il concerne quand même 13 millions d’élèves », a-t-il rappelé.

M. Darcos a en outre rappelé qu’il était « favorable à la bivalence initiale » des enseignants, c’est-à-dire pour ceux qui ont obtenu une « mention complémentaire » à leur Capes ou agrégation dans une deuxième matière.

« C’est bien pour le professeur, c’est bien pour les élèves, qui verront le professeur plus longtemps (dans les deux matières enseignées, ndlr), qui les connaîtra d’ailleurs mieux et puis c’est plus pratique pour ajuster notre organisation scolaire », a-t-il ajouté.

Voir aussi:

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Base élèves: revue de presse

Posted by lucien sur 28 juin 2007

Zéro pointé pour le fichier des écoles

(Le Canard enchaîné, 27 juin 2007)

La Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) vient d’adresser au ministère de l’Éducation nationale une lettre peu aimable exigeant des explications, avant quinze jours, sur la sécurité des fichiers baptisés << base élèves >>, qui recensent les écoliers. La Cnil demande à être immédiatement informée des mesures qui doivent être prises pour assurer la confidentialité des données. En réponse, le ministère a pris, pour commencer, une mesure radicale : tout accès à ces fichiers a été provisoirement fermé.
Il faut dire que l’administration s’est mise dans de bien mauvais draps.
<< Base élèves >> est un système informatique dont le principe même avait été contesté par des syndicats d’enseignants et les associations de parents. La fiche de chaque enfant contient son état civil, mais aussi des informations sensibles sur son orientation, ses éventuelles difficultés, sa vie sociale et familiale, l’autorité parentale, la << culture d’origine Ces données devaient bien sûr être protégées, et n’être accessiblesqu’aux directeurs d’école, aux maires (s’ils en faisaient la demande) et à l’administration centrale. La réalité a dépassé toutes les craintes des opposants.
Les fichiers de centaines d’écoles étaient consultables sur Internet : il suffisait de donner comme nom d’utilisateur le numéro de l’établissement (renseignement public) et comme mot de passe… le même numéro ! << Le Canard >> a pu vérifier cet état de fait dans plusieurs académies, avant la décision de fermeture prise la semaine dernière.
Explication : consigne avait été donnée aux chefs d’établissement de se simplifier la vie, en évitant de mémoriser un mot de passe compliqué.
Une faute que ne commettrait pas un informaticien débutant.
Impossible de savoir s’il y a eu des consultations frauduleuses, voire des modifications de données. Mais, à la Cnil, on fait observer que les engagements pris par le ministère en matière de sécurité n’ont pas été respectés. Ce qui ne constituepas seulement une faute, mais aussi une infraction pénale. Avec la nouvelle doctrine Sarko, selon laquelle aucun délit ne doit rester impuni, cela va saigner !

*

Une directrice d’école maternelle : « Ma mission n’est pas de devenir un auxiliaire de police ou d’état civil »

(LEMONDE.FR 27.06.07 )

Témoignage d’une directrice d’école maternelle en Ille-et-Vilaine. Avec une centaine de ses collègues du premier degré de la région de Rennes, elle risque la « destitution » à la rentrée.

Quelle est votre position face au fichier « base élèves » ?

Je suis en résistance totale. J’ai toujours refusé de le renseigner, je ne m’y suis même jamais connecté. Je ne le fais pas de gaieté de cœur, c’est toujours délicat de s’opposer à la hiérarchie. Mais je suis soutenue par mon équipe enseignante et par les parents d’élèves (120 familles), qui se sont aussitôt inquiétés après leur avoir exposé toutes les facettes du fichier.

Comment avez-vous découvert ce qu’il contenait ? Quels sont les éléments qui vous ont choquée ?
Au printemps 2006, nous avons eu une journée de formation sur cet outil. Très vite, beaucoup de choses m’ont choquée. D’abord, la nationalité de l’enfant : on n’en a absolument pas besoin pour faire notre travail. Le nom, le prénom et la date de naissance suffisent amplement. Pareil pour la date d’arrivée en France des parents, la culture d’origine, la langue parlée à la maison.

Ensuite, d’autres volets m’inquiètent, même s’il restent facultatifs aujourd’hui : le volet « besoins éducatifs », qui indique si l’enfant est suivi par un réseau d’aide aux élèves en difficulté ou s’il voit un psychologue, par exemple ; le volet « cursus scolaire », qui regroupe des éléments de la scolarité actuelle et antérieure de l’élève mais aussi ses absences. Autant de données personnalisées qui jusqu’ici restaient confidentielles. Avec « base élèves », elles sont transmises à l’inspection académique.
Je suis avant tout directrice et enseignante ; ma mission n’est pas, par le biais de ce fichier, de devenir un auxiliaire de police ou d’état civil. L’école n’a pas à servir de relais ou de prétexte pour récolter des renseignements sur la famille en général.

Avez-vous subi des pressions et serez-vous sanctionnés ?

On nous a demandé par courrier pourquoi ce fichier n’était pas renseigné. Les sanctions, oui, on nous a parlé d’une quotité du salaire qui sera retirée pour « mission non assurée ». Cela concerne les directeurs syndicalement engagés, c’est mon cas. L’inspection serait plus dure avec les directeurs qui pensent que cette « base élèves » porte atteinte aux libertés individuelles. C’est mon cas aussi. Je risque de me voir retirer mon titre de directrice à la rentrée. J’accepterai de remplir ce fichier lorsque j’aurai la certitude qu’il sera parfaitement sécurisé et qu’il ne sera pas croisé avec d’autres.

Propos recueillis par Jérôme Thorel

Sur ce sujet:

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Situation de la FSU dans l’Aveyron

Posted by lucien sur 27 juin 2007

Situation de la FSU dans l’Aveyron

Comme seule solution aux problèmes

la FSU nationale invente une nouvelle jurisprudence

 

La commission nationale de conciliation de la FSU a été saisie le 23 mars 2007 à propos de la composition du CDFD de l’Aveyron suite au refus d’accepter un représentant de la tendance Emancipation dans cette instance, ceci en contradiction avec le règlement intérieur existant qui dit « tout SN ou courant de pensée s’implantant dans le département a droit aussitôt à un représentant au CDFD » (article 2.6).

Ce n’était d’ailleurs pas la première fois que la FSU 12 violait les statuts, après avoir tenté d’empêcher la désignation d’un « délégué possible » d’Emancipation au congrès national de la FSU à Marseille.S’agissant de la composition du CDFD notre demande était légitime puisqu’elle s’appuyait sur le respect du règlement intérieur de la section départementale de la FSU de l’Aveyron.

Notons aussi que dans des dizaines de départements de telles dispositions existent et sont appliquées sans difficulté, quelles que soient les divergences par ailleurs.

 

La commission de conciliation n’a fait aucune proposition de conciliation

Nous pensions (peut-être naïvement ?) que le rôle de la commission de conciliation était de faire respecter nos règles de fonctionnement et de rechercher dans le respect de ces règles une solution qui puisse être acceptée de tous dans l’intérêt du syndicalisme unitaire.

En réalité la commission de conciliation n’a pas joué son rôle de conciliation. Elle n’a tenu compte d’aucune observation et témoignages qui lui étaient parvenus concernant les dysfonctionnements de la FSU 12 et certaines pratiques de la part de responsables syndicaux. De plus, la commission n’a retenu aucune de nos propositions d’ouverture dans un esprit constructif:

– Première proposition : appliquer le règlement intérieur et si par hasard cette proposition est rejetée,

– Autres propositions :

– siéger comme « observateur » au CDFD.

prendre en compte les résultats intervenus lors des dernières élections du SNES Aveyron (18% pour la liste soutenue par Emancipation).

– organiser un vote départemental le plus rapidement possible dans la FSU 12 pour donner la possibilité aux syndiqués de trancher le débat de façon démocratique.

La commission ayant repoussé ces propositions, le débat a donc été renvoyé, conformément à l’article 12 des statuts nationaux devant le conseil national de la FSU (CDFN) qui décide.

 

Le débat a lieu devant le CDFN

Le président de la commission de conciliation a demandé sur la base de son rapport qui n’a pourtant pas fait consensus « d’approuver la proposition » qui consiste à inviter la FSU 12 à modifier le règlement intérieur de la section départementale, sous prétexte de non conformité avec les statuts nationaux :« tout SN ou courant de pensée s’implantant dans le département a droit aussitôt à un représentant au CDFD » article 2.6.

Là encore, c’est ignorer qu’un grand nombre de sections départementales ont des pratiques semblables pour leur CDFD.

Il y a eu un bon débat qui a duré une heure avec une grande qualité d’écoute.

Les représentants de toutes les tendances oppositionnelles (Pierre Stambul et Olivier Vinay pour Emancipation, Roland Michel pour Front Unique, Jack Lefebvre pour PRSI) se sont exprimés tour à tour avec dignité pour défendre le pluralisme syndical dans les instances départementales et le respect des règles en vigueur, et dénoncer les règlements de compte tandis que l’Ecole Emancipée s’est précipitée au secours d’UA.

En droit, dans aucune juridiction du monde démocratique, un règlement nouveau ne peut avoir de caractère rétroactif …Le règlement existant doit donc s’appliquer jusqu’à toute modification éventuelle.

La FSU invente une vision nouvelle du droit

Pour une fédération qui prétend renouveler le syndicalisme et donner des leçons de démocratie et de pluralisme à l’ensemble du mouvement syndical on pouvait espérer mieux !

La proposition est en contradiction avec la vie réelle de la plupart des sections départementales.

Nous avons fait remarquer que l’on demandait à l’assemblée d’approuver une décision pour modifier le règlement intérieur de la FSU 12 dans le seul but de nous empêcher de nous exprimer dans notre CDFD. On va mettre à la porte un camarade militant qui veut siéger dans une instance qui a toutes les peines à atteindre le quorum.

La méthode employée est grossière et syndicalement désastreuse (le pluralisme, le syndicalisme unitaire etc…), injuste (à géométrie variable).

Il aurait fallu plutôt faire confiance aux collègues et organiser un vote d’orientation fédéral départemental pour permettre aux syndiqués eux-mêmes de s’exprimer.

Peut-on régler les problèmes par des exclusions ou des mises à l’écart ? Les termes de démocratie et de pluralisme ne deviennent-ils qu’un affichage et ne sont pas appliqués dans les faits et les pratiques ?

Il y a donc eu trois votes concernant l’Aveyron au CDFN du 21 juin 2007 (voir l’encadré ci-dessous).

 

Interdit de CDFD

Presque tous les UA et tous les Ecole Emancipée ont approuvé comme un seul homme la « solution » de la commission de conciliation, réitérée avec insistance par la tribune (au cas où certains n’auraient pas compris comment il fallait voter) ce qui constitue évidemment une pression. Etait-ce nécessaire ? Le Secrétaire Général lui même est intervenu dans ce sens pour soutenir la SD dans ce qu’il a qualifié de problèmes de personnes tout en recommandant aux camarades de l’Aveyron de fonctionner ensemble, en nous associant par exemple à une commission de travail du CDFD. Cependant les questions de fond n’ont jamais été traitées malgré les nombreux témoignages de syndiqués qui demandaient pourtant à les aborder. Une fois de plus, on a transposé les questions d’orientation en querelles de personnes pour évacuer les problèmes liés au fonctionnement du syndicat.

Les solidarités d’appareil l’ont donc provisoirement emporté. La direction nationale n’a pas voulu désavouer la direction départementale de l’Aveyron.

On peut toujours espérer un fonctionnement plus démocratique et davantage de transparence au CDFD mais sans se faire trop d’illusions ; leur première tâche sera la répartition des décharges syndicales, puis la modification du règlement intérieur de la section, et la mise en place d’un secrétariat monocolore…

Pour notre part nous allons continuer à militer au plus près des collègues, en dehors du CDFD et avec les camarades du CDFD de l’Aveyron qui veulent agir dans l’unité et dans l’action contre les reculs annoncés dans l’Education Nationale.

Émancipation Midi-Pyrénées

 

Les votes au CDFN

Toute décision à la FSU requiert normalement une majorité de 70%. Emancipation a demandé deux votes.

1er vote à la demande d’Emancipation : Le CDFN demande la simple application de l’article du règlement intérieur de la section départementale de la FSU 12 : « Tout SN ou courant de pensée s’implantant dans le département peut désigner aussitôt un représentant au CDFD »

Rejeté par Pour 18 contre 96 abstentions 1 refus de vote 12.

2ème vote demandé par Emancipation : Le CDFN invite la SD de la FSU 12 à organiser un vote d’orientation fédéral départemental (VOFD) auprès des syndiqués dans les meilleurs délais.

Rejeté par Pour 20 contre 97 abstentions 0 refus de vote 10

Donc Le CDFN par deux votes majoritaires successifs refuse:

1) l’application d’un RI départemental

2) de consulter démocratiquement les syndiqués … DU JAMAIS VU !

Le Président de la commission de conciliation (saisie à notre initiative…) demande au CDFN «d’approuver la proposition» d’inviter la SD 12 à modifier son règlement intérieur – avec application rétroactive ! – pour le mettre cohérence avec les statuts nationaux.

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Communiqué de la FSE Paris I/IV

Posted by lucien sur 27 juin 2007

Communiqué de la FSE Paris I/IV du mercredi 27 juin 2007

Ni concertation, ni application :
Retrait pur et simple du projet de loi sur le renforcement de l’autonomie des universités !
Le gouvernement a donc présenté une nouvelle version du projet de loi sur les universités. Cette version, présentée comme définitive, reprend la quasi-totalité des attaques contenues dans la première version :

Professionnalisation des cursus en consacrant l’insertion professionnelle comme une nouvelle « mission » de l’université et en soumettant toujours plus le contenu des enseignements au contrôle patronal, au lieu d’une formation donnant aux étudiants des qualifications et des diplômes nationaux reconnus dans les conventions collectives

Attaques contre les statuts des personnels en permettant en particulier le recrutement de contractuels à la place de fonctionnaires, en renforçant les pouvoirs des présidents sur les carrières des personnels, en permettant aux présidents (ou plutôt PDG) de contrôler directement le recrutement des personnels, notamment enseignants

Mise en concurrence de l’emploi précaire étudiant avec l’emploi titulaire qualifié (notamment dans les bibliothèques) marquant le refus d’augmenter le montant des bourses nationales sur critères sociaux

Mise en place d’une « gouvernance » managériale avec des conseils d’administration réduits encore plus ouverts aux représentants du patronat

Renforcement de l’autonomie budgétaire des universités qui pourront vendre leurs « biens » (qui étaient propriété de l’Etat), créer des fondations pour drainer les financements privés, gérer un « budget global » comme elles l’entendent

Mise en place d’une préinscription obligatoire, premier pas vers la sélection à l’entrée de l’université

Même si le gouvernement a formellement retiré la sélection à l’entrée en master, a évité d’annoncer la hausse des frais d’inscription, toutes ces mesures sont impliquées à relativement court terme par le principe de l’autonomie accrue, qui porte une logique de marché.

La méthode mystificatrice du gouvernement est bien connue. Dans un premier temps, il met en avant un projet très brutal. Dans un second temps, il recule sur quelques points mis en avant par les bureaucraties syndicales (qui ont de fait renoncé à combattre le projet dans son ensemble) pour mieux faire passer l’essentiel. Si bien que ce soir, le gouvernement et les directions syndicales collaboratrices (en premier l’UNEF chez les étudiants) affichent leur satisfaction sur le dos des étudiants et des personnels.

De façon scandaleuse, l’UNEF n’a porté ses critiques que sur la sélection à l’entrée du master, la composition des CA, et le caractère optionnel de l’autonomie renforcée. Si bien que ce soir, l’UNEF affiche sa satisfaction à la perspective que ces mesures s’appliquent dans toutes les universités d’ici 5 ans, et non aux seules universités volontaires. Quelle victoire !

Les étudiants et les personnels ne peuvent qu’être écoeurés devant ce balet des concertations qui aboutissent à un tel projet. Les syndicats n’ont pas à discuter le rythme et le contenu des contre-réformes. Ils doivent les combattre clairement.

Maintenant, les choses sont claires. Le projet Sarkozy-Pécresse est connu et chacun pourra vérifier qu’il ne comporte aucune avancée et uniquement des attaques brutales qui visent à transformer l’université en centre de formation professionnelle au service des patrons.

Dès les chaînes d’inscription de juillet, la FSE informera précisément les étudiants sur ce projet, construira dès maintenant la mobilisation, et mettra toutes ses forces pour la construction de la grève nationale des étudiants et des personnels à la rentrée universitaire. La FSE appelle à l’unité la plus large autour de cette orientation dès maintenant. Il n’y a pas de voie médiane entre la collaboration de classe et la lutte de classe.

C’est dans cet esprit qu’elle appelle toutes les organisations politiques et syndicales, tous les collectifs, tous les militants, tous les travailleurs, les étudiants et les jeunes qui veulent réellement combattre la politique de régression sociale de Sarkozy, dont ce projet est une facette, à participer au Forum de la Résistance Sociale le samedi 7 juillet.

http://oxygenefse.free.fr

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Primeur des résultats d’examens à des opérateurs privés

Posted by lucien sur 27 juin 2007

Après un message d’un collègue scandalisé de l’Académie de Nantes sur le même registre, nous recevons ce communiqué de presse du SDEN-CGT de Dijon:

Communiqué de presse

Zéro de conduite pour le Ministre de l’éducation

A l’instar de la Grande Bretagne qui a délocalisé en Inde, depuis 2005, une partie de la correction de l’examen de fin de collège, le Ministère de l’Education Nationale a lui aussi concédé à une société privée extérieure au service public, la publication par Internet des résultats des CAP et BEP. « En conséquence, les centres d’examen ne devront pas afficher et publier les résultats moins de quatre jours après la délibération du jury sous peine de lourdes amendes. » comme le rappelle une note de l’Inspection d’académie de la Côte-d’Or aux chefs d’établissement.

Conséquences pour les candidats : soit la consultation Internet, rapide mais payante (3 euros), soit attendre au moins 4 jours pour l’affichage traditionnel.
La CGT Educ’Action 21 rappelle que l’Education n’est pas une marchandise et que l’attente des familles et des candidats ne doit pas être l’objet d’un racket…
Le Ministère s’engagerait pour l’an prochain à la publication gratuite des résultats sur Internet. La CGT Educ’Action sera particulièrement vigilante sur cette question.

Philippe Péchoux, Secrétaire départemental

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La révolte de juin 1953 en Allemagne de l’Est

Posted by lucien sur 27 juin 2007

Signification de la révolte de Juin 1953 en Allemagne Orientale

article d’Alberto Vega publié dans Socialisme ou Barbarie n°13 (janvier-mars 1954)

Les événements de juin 1953 en Allemagne Orientale sont une manifestation de la crise générale du bloc russe. L’élément essentiel de cette crise est la résistance de la classe ouvrière à l’exploitation de la bureaucratie (1).

Le mouvement d’Allemagne fait écho aux grèves de Tchécoslovaquie, à la sourde opposition des ouvriers russes qui a déterminé les récentes concessions du régime en U.R.S.S.

L’élément fondamental de la production, le prolétariat, refuse de collaborer à des tâches qu’il ne reconnaît plus comme les siennes. La division du régime bureaucratique en classes et l’antagonisme irréductible des intérêts de ces classes, apparaissent au grand jour.

Les journées de juin constituent un éclatant démenti à la propagande stalinienne sur l’édification du socialisme et la participation des ouvriers à la gestion de l’économie et de l’Etat. Démenti qui a été donné non seulement par l’action des travailleurs, mais par l’attitude même du S.E.D. et du gouvernement, dont les jérémiades hypocrites ― « nous n’avons pas su nous faire écouter par la classe ouvrière », « nous avons appliqué une politique erronée » ― et les accusations dépitées ― « les ouvriers n’ont pas fait preuve de conscience de classe » ― prouvent bien que le parti et l’Etat sont deux corps étrangers, extérieurs au prolétariat, auquel ils imposent un régime et une politique. Leur isolement est frappant au cours de ces journées lâchés par la majorité de leurs propres fonctionnaires et par une partie de la police populaire, ils n’ont évité l’effondrement que grâce à l’intervention des troupes russes. Leur rôle : fusilleurs d’ouvriers et serviteur de l’impérialisme russe. Voici ce qui ne fait plus de doute pour les travailleurs allemands. Egalement évidente l’attitude anti-ouvrière de la « grande amie de l’Est », la Russie bureaucratique, dont les troupes sont intervenues pour mater la révolte ouvrière.

Mais l’essentiel de ce mouvement c’est la démonstration qu’il est possible pour la classe ouvrière de résister, de s’organiser et de passer à l’attaque dans un régime du type totalitaire stalinien et de l’obliger à faire des concessions importantes. Démenti irréfutable donné à tous les défaitistes, tous les ex révolutionnaires qui nous rebattaient les oreilles avec la prétendue transformation des prolétaires en « esclaves » sous le régime stalinien, avec l’incapacité du prolétariat à lutter contre le capitalisme bureaucratique.

berlin1953.jpg

Sans doute les événements de juin ont-ils été déterminés par une série de facteurs précis, dont certains découlent de la situation particulière de l’Allemagne Orientale. Par exemple, la proximité de l’Ouest, la possibilité donc de maintenir des contacts avec les ouvriers des pays occidentaux, la possibilité d’exploiter les hésitations de l’occupant, pour lequel la zone orientale a longtemps été un objet de marchandage et dont la propagande pour l’unification de l’Allemagne entravait la liberté de mouvement.

Mais d’autres facteurs ont, eux, une signification et une valeur générales.

Le fait que l’action ait eu lieu dans les régions de forte concentration industrielle est la preuve que seule la classe ouvrière est capable de mener la lutte contre l’exploitation bureaucratique. Les villes de la zone orientale ont une tradition révolutionnaire fort ancienne. Ce prolétariat qui se révolte en 1953 contre le stalinisme est le même que celui du mouvement spartakiste de janvier 1919 à Berlin, de l’insurrection de 1921 en Saxe et en Thuringe, le même qui a combattu les chemises brunes pendant des années et a maintenu une sourde résistance au nazisme. Ce n’est pas la masse brute aux réactions élémentaires qu’aime à décrire le journalisme bourgeois, mais une classe capable de conserver vivante son expérience de lutte et d’organisation.

Cette expérience, les ouvriers ont su s’en servir après la fin de la guerre. Le soutien qu’ils ont accordé aux mesures de nationalisation prises par les staliniens, leur tentative d’intervention dans la gestion des usines à travers des comités d’entreprise, n’ont pas été de longue durée. Dans la mesure où le caractère bureaucratique de l’Etat s’est dévoilé, les ouvriers ont manifesté leur opposition au régime et celle-ci est devenue peu à peu plus consciente et plus ferme, ils ont organisé leur résistance à l’exploitation en profitant de toutes les possibilités qu’offrait l’appareil bureaucratique ; ils ont su modifier les formes de la lutte suivant le lieu, l’époque et l’adversaire immédiat.

Dès 1949, après la période de reconstruction proprement dite, de famine aussi, l’opposition entre la couche des dirigeants, formée par des anciens techniciens et des anciens ouvriers promus bureaucrates, et l’ensemble des travailleurs se précise.

Dans les usines, c’est la lutte contre les « stakhanovistes » et les chronométreurs. Dans les assemblées d’usine, dans les réunions syndicales, les ouvriers s’opposent au relèvement des normes de travail, aux mesures tendant à les pousser au rendement. Ils utilisent même les organes de l’appareil bureaucratique qui sont le plus près d’eux, les organismes syndicaux de base, pour défendre leurs droits et ils parviennent à les faire respecter dans bien des cas.

Cette opposition s’accentue au début de 1953. La politique de réarmement, d’industrialisation à outrance, de collectivisation rapide de l’agriculture, aggrave la pénurie de produits de consommation et provoque l’augmentation des prix des denrées du marché libre. En même temps, la campagne officielle pour le relèvement « volontaire » des normes se développe. Le Gouvernement exige un rendement accru des ouvriers. Mais il diminue les prestations des assurances sociales et annule la réduction de 75 % sur les billets de chemin de fer pour les ouvriers se rendant au travail. Des grèves sporadiques éclatent à Magdeburg et à Chemnitz.

En mai, une augmentation générale de 10 % des normes est décidée. Elle doit être appliquée à partir de juin.

Or, au même moment, le parti décide un tournant destiné à améliorer la situation économique et à faire écho à l’offensive de paix russe. Des mesures de détente sont prises en faveur des paysans, du commerce et de l’industrie privés, de l’Eglise. Mais aucune mesure ne concerne directement les ouvriers.

On sait comment cette situation a provoqué l’explosion des 16 et 17 juin, comment la grève, commencée sur les chantiers de construction de la Stalinallee, à Berlin, s’est transformée en manifestation de rue et s’est étendue en un vaste mouvement de révolte de tous les ouvriers de l’Allemagne Orientale (2).

Mais ce qu’il faut souligner c’est la nette conscience que les travailleurs ont manifesté du caractère anti-ouvrier du régime, leur dynamisme dans la lutte, leur capacité d’organisation, la portée politique de leurs initiatives.

La formation des comités de grève est un fait établi, reconnu même par la presse officielle. A Berlin, on connaît ceux des usines « Kabelwerke », du Block 40 de la Stalinallee, des chantiers de Friedrichshein, des aciéries de Henningsdorf. Ce sont d’ailleurs ces métallos de Henningsdorf qui, le matin du 17, avec les ouvriers d’Oranienburg, parcourent 14 kilomètres pour participer aux manifestations et occupent le Stade WalterUlbricht, où des discussions ont lieu sur la question du remplacement du Gouvernement, pendant lesquelles des ouvriers lancent l’idée d’un « Gouvernement des métallurgistes » (3).

Le caractère de la grève est très net dès le début à Berlin. Le 16, devant le siège du Gouvernement, les ouvriers proclament des revendications précises : abolition de l’augmentation de 10 % des normes, diminution de 40 % des prix du ravitaillement et des marchandises vendues dans les magasins du secteur libre, démission du Gouvernement, élections libres. Au ministre Selbmann qui essaie de les calmer et s’écrie : « Camarades, je suis aussi un ouvrier, un communiste… », ils répondent : « Tu ne l’es plus, les vrais communistes, c’est nous ». Dans les villes industrielles de la zone, l’action ouvrière est encore plus nette et violente.

A Brandenburg, les ouvriers du bâtiment forment un comité de grève avec ceux des chantiers de constructions navales « Thälmann » ; ils envoient aussitôt des cyclistes aux principales usines. 20.000 manifestants parcourent les rues. Ils libèrent les prisonniers politiques, attaquent le local du S.E.D. La plupart des « vopos » (police populaire) sont désarmés ou rejoignent les manifestants ; une minorité se défend.

A Leipzig, plus de 30.000 manifestants attaquent le Bâtiment de la Radio, les locaux du parti. Des policiers populaires sont désarmés.

A Rosslau (Elbe), la grève commence aux Chantiers de constructions navales « Rosslauer ». Les ouvriers se dirigent vers la mairie, où le maire finit par se joindre à eux. Ils utilisent des camions avec haut-parleur pris aux « vopos ». Ils pénètrent dans la prison et libèrent 20 prisonniers politiques. Ayant rencontré un camion plein de « vopos », ils les désarment et les enferment en prison.

A Iéna, les grévistes attaquent les locaux du parti, des jeunesses, détruisent leurs dossiers, s’emparent de quelques armes. Ils attaquent la prison et libèrent les détenus politiques.

A Halle, les prisonniers politiques sont libérés. A 6 heures du soir des milliers de grévistes se réunissent sur le « Hallmarkt » et le « Grossenmarkt » ; des orateurs improvisés prennent la parole ; les tanks russes sont arrêtés au milieu des manifestants. Un comité central de grève est élu.

A Magdeburg, le Palais de Justice, la préfecture, sont attaqués, les dossiers brûlent. 1.000 grévistes attaquent la prison de Sudenburg-Magdeburg. Ils ne peuvent libérer qu’une partie des détenus, car la police populaire tire des toits et les tanks russes interviennent : 12 morts.

A Gera, en Thuringe, les grévistes occupent le siège de la police. A Erfurt, la grève est générale et les prisonniers politiques sont libérés.

Aux usines Leuna, près de Merseburg, 20.000 ouvriers débraient. Ils forment un comité de grève ; une délégation est envoyée à Berlin pour prendre contact avec les grévistes de la capitale. Le comité de grève de Leuna utilise les installations de radio de l’usine. Les ouvriers marchent sur Merseburg. Environ 240 « vopos » sont désarmés ou rejoignent les colonnes des manifestants.

A Merseburg, 30.000 manifestants parcourent les rues, libèrent les prisonniers politiques, désarment les « vopos ». 70.000 personnes se réunissent sur la Uhlandplatz. Il y a là les ouvriers des usines Leuna et Buna, des mines de Gross-Kayna, de la papeterie de Königsmühle, du bâtiment, les traminots, des employés, des « vopos », des ménagères. Ils élisent un comité central de grève de 25 membres. Ayant appris que les troupes russes arrêtent des grévistes et les gardent, les ouvriers se dirigent vers la prison et se font remettre les détenus par les russes.

A Bitterfeld, dans la même région, environ 35.000 manifestants se réunissent sur la Platz der Jugend.

Le comité central de grève donne l’ordre aux pompiers de nettoyer la ville des inscriptions et affiches staliniennes.

Ce même comité envoie un télégramme qui commence ainsi :
« Au soi-disant Gouvernement Démocratique Allemand.
Nous, travailleurs de l’arrondissement de Bitterfeld, exigeons :
1° Le retrait du soi-disant Gouvernement Démocratique Allemand qui est arrivé au pouvoir par des élections truquées ;
2° La constitution d’un Gouvernement provisoire de travailleurs progressistes »
Il envoie également un télégramme au Haut Commissaire soviétique demandant la levée de l’état de siège à Berlin et « de toutes les mesures prises contre la classe ouvrière pour qu’ainsi, nous, allemands, puissions conserver la croyance que vous êtes effectivement le représentant d’un régime de travailleurs ».

Dans toutes ces villes, pendant quelques heures, une journée, les ouvriers sont les maîtres de la rue. Des bruits se répandent : le Gouvernement aurait démissionné, les russes n’oseraient pas le soutenir. Les blindés russes sortent enfin, l’état de siège est proclamé, les rassemblements interdits. La police populaire se regroupe. Les ouvriers battent en retraite. Mais la grève dure encore un jour ou deux, davantage dans certaines usines.

La résistance des ouvriers n’est pas brisée. Le Gouvernement envoie des émissaires dans les usines pendant que le comité central du parti publie, le 22 juin, un programme destiné à améliorer le niveau de vie et à aider à effacer « l’acrimonie contre le Gouvernement ». Il comporte les dix points suivants :
1. Retour à des normes de production plus faibles et calcul des salaires suivant le système en vigueur le 1er avril 1953.
2. Réduction des tarifs de transport pour les ouvriers gagnant moins de 500 marks par mois.
3. Réévaluation des pensions de veuves et invalides et des pensions de vieillesse.
4. Les congés de maladie ne seront pas décomptés du congé annuel normal.
5. Pas d’inscription obligatoire à la Sécurité Sociale.
6. Accroissement de 3.600 millions de marks des crédits budgétaires pour les constructions d’appartements et d’immeubles privés.
7. Attribution de 30 millions de marks supplémentaires pour l’amélioration des installations sanitaires et des services sociaux dans les usines de l’Etat.
8. Attribution de 40 millions de marks supplémentaires pour un nouveau programme culturel destiné à la construction d’un plus grand nombre de cinémas, de théâtres, d’écoles, de jardins d’enfants et d’instituts culturels pour les heures de loisir.
9. Amélioration des chaussures et des vêtements de travail distribués par les syndicats.
10. Réduction des coupures de courant aux dépens de l’industrie lourde.

Le mouvement a obligé la bureaucratie à reculer. La résistance paie. Enseignement de ces journées que les travailleurs n’oublieront pas et qui peut avoir des profondes répercussions dans les autres pays du « glacis » russe.

Mais si la résistance ouvrière est parvenue à s’exprimer ouvertement, à arracher des concessions au régime, c’est parce que celui-ci se débat dans de profondes contradictions.

L’industrialisation des pays satellites se fait en fonction des besoins de l’U.R.S.S., sans que celle-ci soit capable de satisfaire aux nécessités en produits de consommation courante et en biens d’équipement. D’où la pénurie de vivres et les difficultés de la planification. Les bureaucraties nationales sont divisées tandis qu’une partie obéit aveuglément à Moscou, l’autre partie souhaite une politique qui tiendrait davantage compte des intérêts « nationaux » et s’effraie du fossé qui se creuse entre elle et la majorité de la population.

Le soi-disant parfait fonctionnement du capitalisme bureaucratique, qui serait arrivé â résoudre toutes les contradictions du capitalisme classique, est donc bien un leurre. Car ni la concurrence, ni l’anarchie du marché, que la planification peut amender, n’en constituent la cause profonde. Celle-ci réside dans l’appropriation du travail par une minorité qui oriente la production en fonction de ses intérêts et écarte la majorité productrice de la gestion de l’économie et de la société. Dans ces conditions, l’industrialisation signifie exploitation accrue du prolétariat. Par l’augmentation de la productivité individuelle, par l’augmentation des heures de travail ou par les deux à la fois, la masse des produits augmente, mais la part que les ouvriers en reçoivent reste la même quand elle ne diminue pas. La partie de la production destinée aux ouvriers, essentiellement des produits de consommation, diminue par rapport à la partie réinvestie et à celle qui est destinée à la consommation de la bureaucratie.

Mais ce mécanisme n’a rien d’automatique. La production moderne et surtout l’économie planifiée, exigent une collaboration effective des ouvriers au processus de production. Nécessité technique par suite de la complexité des rouages industriels et du plan. Nécessité politique pour faire accepter les « sacrifices nécessaires ».

C’est cette contradiction entre la collaboration indispensable du prolétariat et son exploitation, son aliénation, qui est la cause profonde de la crise du capitalisme, aussi bien traditionnel que bureaucratique. C’est elle qui se trouve à la racine des évènements de juin.

Depuis 1949, la classe ouvrière du secteur oriental a fait un énorme pas en avant. Surmontant la mystification du « socialisme » stalinien, elle a posé de nouveau le vrai problème : la lutte entre exploités et exploiteurs.

Au cours de la révolte de juin, indiscutablement spontanée, elle a su se donner, au dehors du cadre syndical et politique traditionnel, des formes d’organisation propres ― comités de grève ― et a fait des tentatives importantes pour coordonner son action : formation de comités centraux de grève, envoi de délégations aux usines de la région, dans le cas de Leuna, envoi d’une délégation à Berlin.

Sans doute le mouvement n’est-il pas parvenu à une grande clarté politique. L’idée d’un Gouvernement des travailleurs a été avancée dans certains cas, adoptée, par exemple, par le comité de Bitterfeld et, à l’échelon de l’usine, les comités de grève se sont pratiquement substitués à la direction officielle. Mais l’intervention de couches non-prolétariennes dans les manifestations, s’est traduite par des revendications démocratiques formelles, souvent par du nationalisme. Dans certaines villes, la tendance social-démocrate des ouvriers s’est exprimée ouvertement (4).

Il est clair que l’intervention des troupes russes, avec la proclamation de l’état de siège, a empêché le développement, aussi bien politique que d’organisation, du mouvement. Mais cette intervention même, montre un autre aspect des limites qui lui étaient imposées : la puissance de l’U.R.S.S. comme force contre-révolutionnaire et la possibilité pour Moscou d’utiliser ses troupes contre les travailleurs. Il y a aussi l’isolement de la révolte, le manque d’écho chez les ouvriers de l’Ouest. Il est certain qu’un mouvement de solidarité en Allemagne Occidentale, une grève générale par exemple, aurait constitué une puissante démonstration d’unité ouvrière face aux deux blocs impérialistes et leurs serviteurs de Bonn et de Berlin. Mais les travailleurs de l’Ouest, sous l’influence des dirigeants réformistes, n’ont pas bougé. A la place de la grève de solidarité, il y a eu les manifestations d’« union sacrée » de Berlin-Est présidées par Adenauer, l’exploitation des événements dans un sens nationaliste et la répugnante affaire de la distribution des colis de vivres. Dans les autres pays occidentaux, si des militants isolés ont pu être encouragés par l’action de juin, l’ensemble des travailleurs n’a pas non plus bougé.

Mais quelles qu’aient été ses limites, la révolte de juin reste un événement majeur de la lutte révolutionnaire. Aboutissement du lent regroupement des travailleurs de la zone orientale et de leur résistance croissante, elle peut représenter le point de départ d’une nouvelle étape.

 

Notes

(1) Sur le régime social en Allemagne orientale, voir l’étude de Hugo Bell, « Le Stalinisme en Allemagne orientale », publiée dans les n° 7 (p.1 à 45) et 8 (p.31 à 49) de Socialisme ou Barbarie.
(2) Voir l’article de Sarel, « Combats ouvriers sur l’avenue Staline », dans Les Temps Modernes d’octobre 1953.
(3) D’après le correspondant de L’Observateur.

(4) « A Magdeburg, vieux centre social-démocrate, les ouvriers manifestent en exigeant la légalisation, du parti social-démocrate. Les cheminots de Magdeburg font partir des locomotives avec l’inscription : « Nous ne négocierons ni avec Ulbricht, ni avec Adenauer. Nous négocierons seulement avec Ollenhauer » (Ollenhauer, chef du parti socialiste de l’Ouest, est originaire de Magdeburg). » ― « IVe Internationale », juillet 1958.

Berlin, 17 juin 1953

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Elections internes au SNUipp 76

Posted by lucien sur 27 juin 2007

Résultats des élections au Conseil syndical du SNUipp de Seine-Maritime:

Inscrits : 811

Votants : 401 (49,44 %)

Blancs / Nuls : 1

Exprimés : 400

– Liste de la majorité (soutenue par U&A) :

244 voix (61%) [63,53 en 2004], 21 sièges (-1).

– Liste présentée par le Groupe École (soutenue par Emancipation, Ensemble et l’Ecole Emancipée, avec une majorité de militants sans tendance) :

156 voix (39 %) [36,53 en 2004, donc + 2,47 %], 14 sièges (+1).

Sur ce sujet:

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Sarkozy attaque le droit de grève

Posted by lucien sur 23 juin 2007

Libertés syndicales . Un avant-projet de loi, tranmis hier au Conseil d’État, vise à restreindre l’usage du droit de grève et à en limiter les conséquences sur l’activité des entreprises.

 

Le président de la République a lancé son offensive contre le droit de grève. Comme il l’a annoncé lors de l’entretien télévisé qu’il a accordé mercredi soir sur TF1, les « partenaires sociaux » ont été reçus hier par le ministre du Travail, Xavier Bertrand, qui leur a présenté le contenu de l’avant-projet de loi qui devait être transmis au Conseil d’État dès hier au soir. Ce document que l’Humanité s’est procuré, loin de se limiter à la mise en place de mécanismes de prévention des conflits, encadre en fait l’usage du droit de grève de manière à le restreindre et à en limiter l’impact sur l’activité des entreprises.

restreindre les prérogatives des syndicats

Le premier volet de l’avant-projet impose le principe « d’une négociation obligatoire dans les entreprises de transport public qui doit aboutir à la signature d’un accord cadre avant le 1er janvier 2008 », portant sur la prévention des conflits. Ces négociations pourront être également engagées « au niveau de la branche ». Le texte gouvernemental prévoit aussi qu’« un décret du conseil d’État interviendra, après le 1er janvier 2008, pour traiter le cas des entreprises où les négociations collectives auront échoué ». Si le contenu de « l’accord cadre » doit contraindre les entreprises à réunir les organisations syndicales qui ont déposé un préavis de grève « dans un délai qui ne peut excéder trois jours » afin de tenter d’éviter par la négociation le déclenchement du conflit, il déterminera « les conditions dans lesquelles une organisation syndicale représentative procède à la notification, à l’entreprise, des motifs pour lesquels elle envisage de déposer un préavis ». Le texte vise ainsi à restreindre les prérogatives des syndicats. L’article 3 stipule ainsi qu’« un nouveau préavis ne pourra pas être déposé par la ou les mêmes organisations avant l’échéance du préavis en cours ». Autrement dit, il interdit la pratique des « préavis glissants ». L’examen du deuxième volet relatif à l’organisation du service en cas de conflit confirme que, bien qu’il s’en défende, le chef de l’État est bel et bien déterminé à remettre en cause le droit de grève, pourtant constitutionnel. L’article 5 prévoit ainsi l’instauration « d’une déclaration préalable d’intention » qui contraint le salarié à informer, « au plus tard quarante-huit heures avant le début de la grève », l’entreprise de son intention d’y participer. S’il ne se soumet pas à cette règle, il « est passible d’une sanction disciplinaire ». Outre que ce mécanisme, comme le dénonce la CGT, permettra aux employeurs de se livrer « à des intimidations » auprès de leurs salariés pour tenter de les faire renoncer à user de leur droit, il leur offre la possibilité de connaître à l’avance l’impact de la grève et d’en limiter les conséquences en procédant au remplacement des grévistes à leur poste de travail. Ce dispositif a pour objectif de mettre en place un plan de transport minimum, « les autorités organisatrices définissant les dessertes prioritaires ». L’avant-projet offre enfin au patronat l’outil rêvé pour briser un conflit. L’article 6 stipule ainsi qu’« au bout de huit jours de grève, une consultation peut être organisée par l’entreprise » sur la poursuite de celle-ci. Et le texte de préciser que « les conditions du vote sont définies par l’entreprise ».

un secteur stratégique pour l’économie

Pour justifier cette offensive contre le droit de grève, l’avant-projet met en avant « la liberté d’aller et venir » et « la liberté du travail ». Manière d’opposer les usagers et les salariés des transports. Reste que les véritables motivations du gouvernement sont plutôt à chercher, comme le stipule l’article 4, du côté de « la liberté du commerce et de l’industrie ». Les transports étant un secteur ô combien stratégique pour le fonctionnement de l’économie capitaliste. De ce point de vue, les déclarations du président de la CGPME, Jean-François Roubaud, sont éclairantes. Ce dernier a affirmé que le ministre du travail, Xavier Bertrand, s’est montré favorable, après expérimentation dans les transports, à une extension à La Poste du projet de loi.

Pierre-Henri Lab

Article paru dans l’Humanité du 22 juin 2007.

Voir aussi:

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Adler, La grève au Creusot (1899)

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