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Histoire : comment Israël a protégé l’un des principaux ingénieurs du génocide

Posted by Vendemiaire sur 2 avril 2007

Histoire : comment Israël a protégé l’un des principaux ingénieurs du génocide

 

Des journalistes du quotidien Haaretz révèlent, ce week-end, comment des dirigeants du jeune Etat d’Israël ont sciemment embauché, puis protégé, en 1948-49, un homme directement responsable du massacre de plus de 100.000 Juifs.

La longue enquête publiée par Shraga Elam et Dennis Whitehead sous le titre « Au service de l’Etat juif » est disponible sur le site en langue anglaise de Haaretz http://www.haaretz.com/hasen/spages/843805.html

Elle concerne le colonel SS Walter Rauff, un homme dont la participation au génocide nazi est plus comparable à celle d’un Adolf Eichmann qu’à celles d’auxiliaires ou de subalternes genre Touvier, Barbie, Bousquet ou Maurice Papon.

Né en 1906, Rauff a 35 ans lorsqu’il devient l’adjoint du sinistre Reinhard Heydrich, le numéro 2 du système SS derrière Heinrich Himmler. En 1942, Rauff est ainsi nommé chef du Département Technique de la SS, et c’est lui qui va mettre en oeuvre les premières exterminations de Juifs par les gaz. Rauff crée ainsi les premières chambres à gaz, des camions dont le tube d’échappement des gaz produits par le moteur est branché vers l’intérieur, où ont été enfermés les captifs. Entre 97.000 et 200.000 hommes, femmes et enfants, principalement juifs, ont été tués avec la méthode Rauff, avant que les nazis ne construisent des chambres de mise à mort fixes, dans divers camps dont Auschwitz, et n’utilisent un gaz à action plus rapide que le monoxyde de carbone, le tristement célèbre Zyklon B libérant du cyanure.

A la chute du régime nazi, Rauff est commandant des SS à Milan, et c’est en Italie qu’il sera arrêté par des troupes américaines, en avril 1945. Dans les jours qui suivent, sa carrière de tueur est racontée dans des dizaines de journaux en Europe et en 1946, le rôle de Rauff est cité à 31 reprises dans les procès-verbaux du Tribunal de Nüremberg, qui juge les dignitaires nazis, et auxquels assistent bien naturellement des correspondants envoyés par l’Agence juive (organisme sioniste précurseur de l’Etat d’Israël).

Rauff parvient cependant à quitter sa prison américaine (en Italie) en 1947, et on le retrouve ensuite …. « conseiller » du chef d’etat-major de l’armée syrienne, le général Hosni Zaïm. Comme l’ont montré une série d’historiens, le général Zaïm (devenu président pendant quelques mois en 1949 à la faveur d’un coup d’Etat) fut le premier dirigeant arabe à proposer une paix effective et durable au jeune Etat israélien, avec reconnaissance mutuelle des deux pays, échange d’ambassadeurs, accueil permanent et définitif sur le sol syrien de 250.000 réfugiés palestiniens de la Nakba, et fixation d’une frontière où les 2 pays se seraient partagés le lac de Tibériade. Le chef du gouvernement israélien, David Ben-Gourion, ignora superbement cette offre généreuse.

Shraga Elam et Dennis Whitehead ne fournissent pas d’informations, dans leur enquête, sur l’intérêt, pour le général syrien, de disposer d’un « conseiller » tel que Rauff. Inversement, ils détaillent le comportement de responsables israéliens dès qu’ils eurent connaissance de la localisation de Rauff, apparemment libre de ses mouvements entre Damas et Rome.

Deux hauts fonctionnaires du ministère israélien des Affaires étrangères, Asher Ben-Nathan et Shalhevet Frier, qui poursuivirent ensuite de brillantes carrières (comme ambassadeur en France et en Allemagne, et président du Commissariat israélien à l’énergie atomique, respectivement), se rendent alors à Rome, et passent un marché avec Rauff : des informations sur le dispositif militaire syrien, en échange d’une aide pour fuir l’Europe, et se réfugier en Amérique Latine. Chacune des deux parties tient sa promesse : Rauff fournit tout ce qu’il peut de renseignements en provenance de Damas et, en décembre 1949, il s’embarque pour l’Equateur avec de l’argent et un passeport fournis par des agents soit israéliens soit britanniques, écrivent les deux journalistes du Haaretz.

Fin de cette histoire nauséabonde ? Pas encore.

Car Rauff est l’un des auteurs de crimes contre l’humanité parmi les plus connus au monde, et l’enlèvement, par un commando israélien en Argentine d’Adolf Eichmann, puis le jugement et l’exécution à Tel-Aviv en 1962 de cet autre grand ingénieur de la « Solution Finale », va immanquablement braquer les projecteurs sur les nazis installés en Amérique Latine, dont Rauff.

En décembre 1962, Rauff, qui s’est établi au Chili où il a développé des affaires prospères, est arrêté à la requête du gouvernement ouest-allemand. Mais la justice chilienne interdit son extradition, et l’homme retourne à son business. L’arrivée de la gauche au pouvoir, au Chili, en 1970, ne change rien non plus : le président socialiste Salvador Allende écrira une lettre désolée au chasseur de nazis Simon Wiesenthal, où il lui dit qu’il ne peut rien faire contre Rauff.

Dans les années 1970, le gouvernement allemand revient à la charge, de même que le gouvernement américain, mais le nouveau maître du Chili, le dictateur Pinochet, leur oppose un fin de non recevoir. Au demeurant, Rauff aurait gagné du galon dans l’intervalle, comme chef des services secrets chiliens. Beate Klarsfeld (épouse de l’avocat Serge Klarsfeld, qui se distingua par plusieurs actions solitaires pour débusquer des anciens nazis, dans les années 1970) effectue deux voyages à Santiago du Chili pour attirer l’attention de l’opinion publique mondiale sur le cas Rauff, mais elle est à chaque fois arrêtée, et expulsée.

On ne trouve inversement aucune preuve tangible d’efforts politiques ou diplomatiques israéliens pour récupérer le criminel et le juger, notent les auteurs de l’enquête. Ceux-ci soulignent au contraire qu’Israël n’a pas été gêné de vendre des armes au Chili, notamment sous le règne de Pinochet et de son protégé Rauff.

« De ce point de vue, il apparaît que c’est avec soulagement que les autorités israéliennes accueillirent l’annonce de la mort de Rauff, décédé d’un cancer du poumon en mai 1984 », estiment les auteurs de l’article. Ce que semblent confirmer les termes du communiqué publié par l’ambassade israélienne à Santiago : « Le dossier de M. Rauff est désormais clos. Dieu l’a jugé ».

Interrogée récemment au téléphone par le Haaretz, « Beate Klarsfeld nous a presque raccroché au nez quand nous lui avons dit que Rauff avait été employé par les services secrets israéliens, et qu’il avait été aidé pour fuir l’Europe », écrivent les deux journalistes.

Dans sa réponse, transmise par email, Beate Klarsfeld continue d’ailleurs de manifester de l’incrédutilé : « En 1984, quand j’ai mené ma campagne pour obtenir l’extradition de Rauff, je n’avais aucunement connaissance des pseudo-’contacts’ qu’il aurait pu avoir avec le Mossad (…) Je doute que cela ait été possible, car le rôle de Rauff dans les opérations de gazage dans les camions, ainsi que ses persécutions contre les Juifs, en Tunisie et ensuite encore à Milan, était bien connu dans le monde juif », écrit-elle aux auteurs.

A l’évidence, Beate Klarsfeld est mal informée. Car avant même l’enquête de cette semaine, des informations sur le pacte Rauff-Mossad avaient bien été publiées, de manière partielle, dans les médias israéliens. Comment se fait-il, pour autant, « que ces informations n’aient pas suscité un débat public sur les implications morales d’une telle situation, qui vit Israël apporter son aide à un criminel nazi de première importance, visé par une campagne internationale menée par les chasseurs de nazis Simon Wiesenthal et Beate Klarsfeld », concluent Elam et Whitehead, en espérant, avec leurs propres révélations, faire crever l’abcès.

Par CAPJPO-EuroPalestine


publié le samedi 31 mars 2007

Article imprimé à partir du site de
l’Association CAPJPO-EuroPalestine; : http://www.europalestine.com

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2 Réponses to “Histoire : comment Israël a protégé l’un des principaux ingénieurs du génocide”

  1. Décidément la CAJPO aime bien jouer avec les symboles et avec le feu.
    Ainsi un ancien nazi et grand massacreur de Juifs aurait filé des infos à Israël sur la Syrie pour monnayer sa fuite vers l’Amérique du Sud en toute sécurité.
    Le fait en lui-même est intéressant mais nécessiterait d’être replacé dans une explication historique et politique plus large. La CAJPO s’en garde bien tant elle est pressée de sauter à une conclusion implicite qu’elle n’a pas le courage politique de formuler.
    En effet, quelle conclusion doit-on tirer de cette information aujourd’hui dans un contexte où les comparaisons entre sionisme (toutes tendances confondues) et nazisme sont permanentes chez les antisionistes sincères comme chez les négationnistes et les fascistes ?
    On remarquera que la CAJPO fait semblant d’ignorer que de multiples responsables nazis se sont réfugiés dans lee pays arabes après la Seconde Guerre mondiale et ont aidé à former leurs forces de répression ainsi qu’à diffuser l’idéologie antisémite dont on voit aujourd’hui le résultat au Moyen-Orient: feuilletons télés antisémites, congrès négationnistes, diffusion massive du Protocole des sages de Sion, Juifs accusés de propager le Sida, etc. La CAJPO présente hypocritement le cas de Rauff comme inédit et inexplicable…
    La ficelle est grosse: on attire l’attention sur un cas de collusion étatique pour mieux dissimuler tous les autres.
    Et sur le deal entre Rauff et le Mossad, quelles conclusions en tire la CAJPO ? Aucune. Elle laisse le lecteur décider: les Juifs (ou les « sionistes ») complices des nazis dans leur extermination, pensera le fasciste, le négationniste, voire même le frontiste moyen (5 millions d’électeurs en France, un « point de détail » sans doute pour la CAJPO) ?
    Toute logique nationale-étatique amène à pactiser ou à se compromettre avec l’adversaire pour défendre la survie de l’Etat, pensera un lecteur ayant une autre grille d’analyse. Mais la CAJPO n’ose pas s’engager sur ce terrain car dans ce cas cela l’obligerait à se poser des questions sur tous les Etats, leur fonctionnement, leur base de classe, y compris le futur Etat palestinien dont elle soutient pourtant ardemment la création.

    La CAJPO illustre bien les limites de cet antisionisme (1) (ou de cet anti-impérialisme) prétendument radical qui soutient un nationalisme mortifère contre un autre, plutôt que de parier sur la solidarité entre prolétaires israéliens (2 millions) et arabes contre leurs exploiteurs respectifs.

    (1) Pour plus de détails, nous renvoyons à la série d’articles « Limites de l’antisionisme » publiés dans la revue Ni patrie ni frontières et sur le site mondialisme.org.

  2. La CAPJPO, dont nous ne sommes pas membres, n’oblitère en rien, à notre connaissance, la collaboration historique de plusieurs régimes arabes, dont la Syrie, avec des idéologues fascistes ou nazis, il apparaît même que les militants de cette asociation, qui se battent bien souvent aux cotés d’autres militants, membres de l’Union Juive Française Pour la Paix, ont déjà dénoncé cela avec eux. Mais écrire que « Toute logique nationale-étatique amène à pactiser ou à se compromettre avec l’adversaire pour défendre la survie de l’Etat » suffit-il à réduire l’inacceptable à l’état d’un simple accident routinier de l’histoire? Faut-il aussi faire d’une information et d’une analyse produuites par une grand quotidien israélien un instrument de mort dans les mains de l’électorat frontiste en France? Une information déluivrée par Haaretz deviendrait-elle le sel d’un anti-sionisme douteux dès lors qu’elle serait reprise par CAPJPO? La solidarité de classe entre prolétaires arabes et israéliens passe par leur émancipation préalable des « logiques nataionales-etatiques ».

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