Syndicalisme de lutte

“La classe ouvrière sait qu’elle n’a à compter que sur elle-même“ (Monatte)

Un taux de chômage mystérieux?

Posted by lucien sur 8 mars 2007

L’Insee diffère la publication des chiffres

[RTL, 8-03-07]

Les chiffres du chômage ont-ils été glissés sous le tapis, en attendant la fin de la période électorale ? La décision de l’INSEE (Institut de la statistique), de reporter exceptionnellement la publication de ses données pour 2006, nourrit bien des soupçons. Même si l’INSEE justifie ce report par des raisons techniques, ses responsables ont dû s’expliquer jeudi devant le Conseil national de l’information statistique.

Des chiffres dérengeants ?

L’Insee devait s’expliquer jeudi (8 mars) sur les raisons du report à l’automne prochain de son enquête emploi, une enquête qui donne chaque année en mars, les statistiques du chômage dans leur version révisée. Sauf que cette année, les résultats de cette étude ont été reportés à l’automne, c’est à dire après les élections.

Explication fournie cet après-midi par l’ INSEE : il y a eu un taux anormalement élevé de non-réponses au questionnaire envoyé aux 75 000 personnes du panel. Il faut donc relancer l’enquête, ce qui prendra du temps. Cette explication ne convainc pas tout le monde, d’autant plus que depuis quelques jours un document anonyme qui émanerait d’administrateurs de l’ INSEE a circulé, affirmant que le taux de chômage réél n’est pas de 8,7 % mais de 9,5 %. Ce qui revient à dire que le nombre des chômeurs n’a pratiquement pas baissé sur la durée du quinquennat. Alors, y-a-t-il eu pression du gouvernement sur l’INSEE pour reporter la publication de ces chiffres dérangeants à l’automne ?

***

Deux administrateurs de l’Insee estiment à 9,5% et non à 8,7% le « véritable » taux de chômage

LE MONDE | 06.03.07

Quel a été le véritable taux de chômage français en 2006? Jeudi 8 mars, l’Insee ne dévoilera sans doute pas ce chiffre – celui qui est calculé selon la norme du Bureau international du travail (BIT) – mais tentera d’expliquer pourquoi ses experts n’ont pas été en mesure de le publier, comme chaque année, en mars. Cela se passera devant le Conseil national de l’information statistique (CNIS), qui réunit syndicalistes, patronat, économistes, fonctionnaires du ministère de l’emploi… L’Insee – qui est largement suspecté d’avoir reporté la publication du chiffre du chômage à l’après présidentielle pour la raison qu’il serait nettement moins bon que prévu et ne servirait pas le bilan de Dominique de Villepin – n’a, jusqu’ici, pas convaincu de sa bonne foi en invoquant des raisons d’ordre technique.

Trois fonctionnaires – deux administrateurs de l’Insee, dont l’un a travaillé au ministère de l’emploi, et un salarié syndicaliste de l’ANPE – ont calculé que le taux de chômage ne serait en fait pas de 8,7% à la fin 2006 – un chiffre calculé à partir des données de l’ANPE – mais de près de 9,5%. Ce dernier chiffre représenterait les demandeurs d’emploi au sens du BIT, c’est-à-dire ceux qui, quand on les interroge, se déclarent à la recherche d’un emploi, qu’ils soient inscrits ou non à l’ANPE.

La correction serait donc de 0,8 point, ce qui représenterait quelques 200 000 demandeurs d’emplois en plus. Et atténuerait considérablement le recul du chômage dont peut se vanter le gouvernement : fin 2005, son taux, au sens BIT, était de 9,8%. Traditionnellement, le passage des estimations calculées à partir des données de l’ANPE au chiffre BIT, indépendant du mode de gestion administrative de l’emploi, donne lieu à une correction bien moins importante : elle est généralement comprise entre 0,1 et 0,3 point.

Les trois experts ont rédigé une note de 15 pages, envoyée anonymement par Internet à plusieurs économistes et que Le Monde s’est procuré. Signée Schi – pour schizophrène, « parce que nous sommes à la fois dedans et dehors », dans le système de la statistique française de l’emploi et critique à son égard, explique l’un des auteurs –, celle-ci retrace les modifications qui ont affecté le calcul du nombre de chômeurs inscrits à l’ANPE depuis juin 2005, c’est-à-dire depuis que Dominique de Villepin est à Matignon.

En l’occurrence, elles sont nombreuses. Certaines relèvent des partenaires sociaux et des réformes du système d’indemnisation des chômeurs qu’ils ont adoptées, avec notamment la mise en place de contrôles supplémentaires. Même si des décrets gouvernementaux en ont renforcé les effets, celles-ci expliquent une grande partie – sans doute près de la moitié – de la correction.

Une enquête du CNIS, en 2005, est à cet égard instructive. Elle établit que le nombre de sorties mensuelles a augmenté de plus de 30000 à partir de juin 2005. Seul un quart de ces sorties résulte d’une reprise d’un contrat à durée indéterminée. Un cinquième d’entre elles correspond à un non renouvellement accidentel suivi d’une réinscription. Un quart est à mettre au compte d’un non-renouvellement de l’inscription, accidentel ou motivé (fin d’indemnisation), sans réinscription.

Pour le reste, la correction s’explique par la modification du mode de comptabilisation des chômeurs inscrits à l’ANPE. Ainsi – notamment dans la foulée du plan de cohésion sociale de Jean-Louis Borloo mais pas seulement – des demandeurs d’emploi se sont vus mettre hors des catégories phares pour les statistiques du chômage : les demandeurs d’emploi créateurs d’entreprise, ceux qui bénéficient de petits boulots aidés par l’Etat, ou encore les licenciés économiques signataires de conventions de reclassement personnalisé ou du contrat de transition professionnelle… Nombre de conjoncturistes s’étonnent depuis plusieurs mois des taux de chômage établis à partir des chiffres de l’ANPE. Certes, il y a des créations d’emplois mais, comme le reconnaissait lui-même le ministère de l’emploi en octobre 2006, dans une note au deuxième trimestre de cette même année, « le dynamisme estimé de l’emploi ne suffit pas à expliquer l’ampleur de la baisse du chômage ».

 

Virginie Malingre

***

[Associated Press le 07/03/2007 ]

L’INSEE confirme le report de son « enquête emploi 2006 »

L’INSEE confirme le report de la publication de son enquête emploi 2006 à l’automne prochain, et ne fournira pas, d’ici là, « de taux de chômage 2006 au sens du BIT », a-t-on appris mercredi auprès de la direction de l’Institut national de la statistique et des études économiques.

« Comme cela a été annoncé, l’INSEE expliquera de manière détaillée lors de la réunion de la formation Emploi-revenus du Conseil national de l’information statistique (CNIS) », prévue jeudi, « les raisons qui conduisent l’Institut à reporter le calage des estimations mensuelles de chômage BIT sur l’enquête emploi », explique l’INSEE dans un communiqué diffusé mercredi.

L’Institut explique ce report par « l’incohérence des résultats de l’enquête emploi 2006 avec les autres sources disponibles sur l’emploi et le chômage », ou encore les « problèmes statistiques relatifs aux biais de rotation et aux fluctuations des taux de réponse ».

Depuis janvier dernier, la polémique enfle sur ce report, suite à un article du « Canard enchaîné » citant un « expert de l’INSEE », et affirmant que, contrairement aux annonces gouvernementales, le taux de chômage n’est pas descendu à 8,7% fin 2006, son niveau record depuis 2002, « mais se stabiliserait à 9,2% ».

Selon « Le Canard », le gouvernement aurait alors demandé le report de cette enquête -habituellement publiée chaque année au printemps- après l’élection présidentielle. L’INSEE met en avant des « problèmes statistiques ».

Mardi, deux administrateurs anonymes de l’INSEE ont diffusé un document de 15 pages co-écrit avec un syndicaliste de l’ANPE, dans lequel ils affirment que le taux de chômage fin 2006 se stabilisait même à 9,5% de la population active et non à 8,7%.

La diffusion de ce document intervient alors que chaque fin de mois, depuis décembre dernier, quelques jours avant la publication mensuel des chiffres du chômage par le gouvernement, un collectif d’associations et de syndicats intitulé ACDC (Autres chiffres du chômages) en conteste le mode de calcul.

Un membres de la DARES (Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques du ministère de l’Emploi), et des syndicalistes de l’INSEE et de l’ANPE, notamment, en sont membres.

« Il n’a échappé à personne que ceux qui lancent cette polémique n’ont jamais rien dit lorsque les chiffres du chômage étaient à la hausse et lorsque eux-mêmes étaient en responsabilité », a déclaré, mercredi, le porte-parole du gouvernement Jean-François Copé en marge du compte-rendu du conseil des ministres. « Il ne m’a pas échappé que cette polémique éclatait comme par hasard alors que nous sommes dans une période électorale », a ajouté M. Copé.

La veille, le Parti socialiste avait jugé qu’il était « désormais manifeste que le report à l’automne de la publication des vrais chiffres du chômage n’est destiné qu’à masquer un taux de chômage qui s’élève à 9,5% de la population active, et non à 8,7% comme le prétend le gouvernement ». Dans un communiqué, le PS dénonçait « une démarche scandaleuse », jugeant de telles pratiques « incompatibles avec notre conception de l’Etat républicain » et témoignant « que l’Etat UMP est aujourd’hui en marche, au service d’intérêts particuliers et de son candidat ». AP

Voir aussi:

 

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