Syndicalisme de lutte

“La classe ouvrière sait qu’elle n’a à compter que sur elle-même“ (Monatte)

Tribune au SNESup contre l’adhésion à la CSI

Posted by lucien sur 5 mars 2007

Le SNESup, la FSU et la CSI

Une nouvelle organisation syndicale mondiale est apparue : la Confédération Syndicale Internationale (CSI), fusion de la CISL social-démocrate et de la CMT d’origine chrétienne. Le récent congrès de la FSU de Marseille a vu une tentative de passage en force, pour y adhérer immédiatement. On nous a même proposé que si les syndiqués étaient consultés, ce soit après la décision d’adhésion, en quelque sorte uniquement pour l’entériner ! Il a fallu l’intervention forte d’un certain nombre de militantEs (dont ceux d’Émancipation), pour obtenir finalement une vraie la consultation préalable des syndiqués et de leurs organisations.
Il importe désormais d’imposer un vrai débat dans notre syndicat et dans la FSU, un débat pluraliste portant sur le fond… donc sans se tromper d’enjeux !

Quelles sont les priorités pour l’action syndicale internationale, et par rapport à cela que valent les arguments avancés pour faire adhérer la FSU (et donc le SNESup) à la CSI ?

Le bon outil pour combattre la mondialisation capitaliste ?
Tout le monde conviendra que vouloir mettre fin à l’hégémonie du FMI, de la Banque Mondiale et des multinationales qui imposent les privatisations, favorisent la précarité et la pauvreté, le saccage de l’environnement… implique une action coordonnée des salariéEs de tous les pays. Il faut bien entendu une Internationale syndicale pour cela… défendant réellement les droits des travailleurs et des peuples…
Mais est-ce ce que veut la CSI ? D’abord elle ne remet pas en cause les politiques de la mondialisation capitaliste sur le fond, elle veut plutôt les aménager par un accompagnement critique.
Examinons l’éclairant Programme qu’elle a adopté. Certes il énonce des choses justes, mais en fait tellement consensuelles qu’elles n’engagent à rien : condamner le travail des enfants, limiter la pauvreté, refuser le racisme… qui pourrait être contre ? Mais on ne peut atteindre ces objectifs sans une mobilisation et sans y opposer des perspectives alternatives, et c’est là qu’apparaissent les véritables orientations de la CSI, là aussi énoncées dans son Programme :
– aucune revendication précise susceptible de réduire les dégâts de la mondialisation capitaliste : elle ne réclame pas la rupture avec les désastreux plans d’ajustement structurel du FMI, ne s’oppose pas aux délocalisations, n’entend pas agir contre la libéralisation promue par l’AGCS (qui n’est pas évoqué une seule fois !), etc… on peut multiplier les exemples.
– rien sur le soutien aux luttes existantes, alors que quotidiennement des sections syndicales s’opposent à des multinationales partout dans le monde. A la place, une confiance a priori est donnée à l’ONU, l’OIT, et les autres institutions internationales pour améliorer la vie des travailleurEs… Etre plus proche des institutions de la mondialisation que du syndicalisme de terrain est d’ailleurs un autre trait de la CSI…

Un syndicalisme de sommet, lié aux institutions de la mondialisation
Le Programme de la CSI, mais aussi ses Statuts, montrent qu’il s’agit d’un syndicalisme qui se veut très institutionnalisé, proche des institutions internationales… et peu démocratique :
– ainsi la CSI ne remet pas en cause le système international fondé sur la domination des capitalismes développés (américain notamment), ce qui n’est pas anodin. Comment promouvoir l’égalité et le développement dans ces conditions ?
– au lieu de cela, elle préfère une politique d’aménagement à la marge de cet ordre international, se contentant de vouloir un « dialogue social » avec le FMI, l’ONU… dont on a vu l’absence de résultats ces dernières années. Sa stratégie est toute entière axée vers la recherche d’une « meilleure gouvernance » du système existant, et non sa mise en cause. Au final, la CSI se voit en bonne conseillère des transnationales et des gouvernements, en quasi-osmose avec eux : pour changer les choses, « le dialogue avec ces institutions doit être mené à bien » ! (Programme, p.3). Il y a là un manque évident d’indépendance syndicale.
– en revanche, elle est très centraliste et peu démocratique dans son fonctionnement : ainsi la direction de l’organisation peut décider à loisir si les propositions/amendements des organisations membres peuvent être débattues ou non, si elles peuvent présenter leurs positions dans les instances, etc… et vassaliser les fédérations syndicales internationales (« Global Unions »).

Au total on a affaire à un syndicalisme d’appareil, et d’idéologie de type chrétien-social, où le lobbying compte plus que l’action… in fine une sorte de CFDT internationale. Réfléchissons-y : c’est Chérèque qui représente le syndicalisme français dans l’exécutif de la CSI !

Être concrets, construire au quotidien la solidarité internationale :
On nous opposera que certes la CSI dans les grandes lignes ce n’est pas génial, mais qu’il faut ne pas s’isoler, que l’essentiel c’est d’être pragmatiques, de pouvoir agir avec d’autres organisations même avec des désaccords…
Pourtant il y a une autre réalité : il se trouve que des syndicats pratiquent déjà une solidarité internationale concrète et n’ont pas besoin de la CSI pour cela. Ainsi certaines Fédérations Syndicales Internationales (des transports, par exemple). Et d’autres forces agissent réellement sur le terrain, on peut par exemple les retrouver dans le mouvement altermondialiste malgré ses limites.

Nous avons besoin d’un syndicalisme international qui soit solidaire des luttes des salariéEs les plus oppriméEs, soutenant les organisations en butte aux multinationales comme l’imposerait la situation d’Airbus par exemple, s’opposant ouvertement aux gouvernements qui attaquent les droits sociaux… qui agisse réellement sur le terrain, qui construise au quotidien les solidarités entre les travailleurEs des différents pays. Nous pouvons le pratiquer avec des syndicats existants, c’est une question de volonté politique et pas d’idéologie. Mais ce syndicalisme, la CSI ne veut et ne peut pas le porter : le SNESup et la FSU ne doivent pas être fascinés par son syndicalisme de VIP, et doivent donc repousser l’adhésion à la CSI !

Henri Amadéi, Bernard Deknuydt, Georges Hugot (Émancipation)

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