Syndicalisme de lutte

“La classe ouvrière sait qu’elle n’a à compter que sur elle-même“ (Monatte)

Le logement social: le plus bas niveau depuis 30 ans

Posted by lucien sur 22 février 2007

Coups fourrés sur le logement social

HABITAT . Le nombre de HLM financées est en hausse depuis 2002, mais la production sociale et très sociale baisse. En revanche, l’État se gave de retombées fiscales.

Derrière les chiffres…

les chiffres. À écouter le ministre de la Cohésion sociale, Jean-Louis Borloo, l’augmentation du nombre de logements sociaux financés ainsi que la reprise de l’activité de la construction devrait à moyen terme – le plan de cohésion sociale court jusqu’en 2009 – produire 591 000 logements sociaux nouveaux. Le ministre se félicitait encore jeudi dernier, lors de la discussion à l’Assemblée nationale sur le droit au logement opposable, que, « depuis quatre ans, le redressement s’est opéré, avec plus de 430 000 mises en chantier l’année dernière, soit le meilleur chiffre depuis trente ans ».

Selon lui, « tous les segments du logement ont progressé : le très social (PLA-I), le social (PLUS), le PLS… ».

Il est vrai que Jean-Louis Borloo a considérablement augmenté le nombre de logements sociaux finançables chaque année. Il se plaît à le répéter : « En 2006, 97 230 logements locatifs sociaux (PLA-I, PLUS, et PLS) ont été financés dans le cadre du Plan de cohésion sociale, contre 42 262 en 2000, soit une augmentation de 130 %, plus qu’un doublement. » Pour 2007, les chiffres sont encore meilleurs puisque 117 000 HLM pourront être financées cette année et même 142 000 pour les deux années suivantes.

Jean-Louis Borloo est en revanche beaucoup plus discret sur les chiffres des mises en chantier… et pour cause : en 2006, soit trois ans après sa prise de fonction en tant que ministre chargé du Logement, seuls 31 400 logements sociaux et très sociaux (PLA-I et PLUS) sont sortis de terre (compte non tenu des logements du plan de rénovation urbaine, qui ne sont que des reconstructions de logements démolis). Le chiffre mériterait pourtant que l’on s’y arrête puisqu’il est inférieur à celui de 2000 et figure parmi les plus mauvais des vingt dernières années avec ceux de 2001 (30 600), de 2004 (30 500) et de 2005 (31 100) ! Pour mémoire, en 1994 ce sont près de 70 000 de ces logements qui étaient construits, soit plus du double qu’en 2006.

Il faut par ailleurs noter que, chaque année depuis 2002, près de 15 000 logements

sociaux financés sont des logements privés achetés et réhabilités pour être transformés en logements sociaux. Il ne s’agit donc pas d’offre nouvelle stricto sensu. En 2000, ces acquisitions-améliorations ne concernaient que 8 800 logements.

L’efficacité de l’action de Jean-Louis Borloo est donc toute relative. Sauf, bien sûr, sur certains segments du marché. Les logements sociaux à bas loyer (PLA-I et PLUS), qui sont pourtant ceux qui correspondent le mieux aux ménages en attente d’une HLM, ne sont pas, on le sait – et le rapport 2007 de la Fondation Abbé-Pierre l’a récemment réaffirmé – la priorité du ministre de la Cohésion sociale. Ce sont les PLS, plus chers en termes de loyer, qui ont été privilégiés par le ministère. En 2006, ces logements représentaient plus du tiers des HLM financées et près de 42 % des mises en chantier (toujours compte non tenu des logements du plan de rénovation urbaine).

Pourquoi un tel choix ? Par mesure d’économie. Un PLS coûte moins cher à l’État qu’un logement de type PLUS ou PLA-I. De plus, il a l’immense avantage d’être financé non par des crédits budgétaires – crédits qui entrent dans le calcul du déficit de l’État – mais en tant que non-recette fiscale.

LE PLUS BAS NIVEAU DEPUIS TRENTE ANS

Mais ce n’est pas la seule raison. Le secteur du logement social est désormais le parent pauvre de la politique du logement qui privilégie depuis l’année 2000 le secteur du locatif privé. « En 1995, hors les aides à la personne et les actions en faveur des plus démunis, le secteur locatif social bénéficiait de 32,4 % des dépenses de la collectivité en faveur du logement, soit près de deux fois plus que le secteur locatif avec 18,3 %. Dix ans plus tard, le secteur locatif social ne compte que pour 23,5 % des dépenses de la collectivité, contre 25,6 % pour le privé », rappelle Michel Mouillart, professeur d’économie à Paris-X Nanterre et spécialiste du logement. Ce choix du privé s’inscrit de plus dans une réduction des efforts de la collectivité en faveur du logement. « 2006 devrait être une année tout à fait remarquable, note avec malice l’économiste, puisque l’effort de l’État en faveur du logement sera pratiquement redescendu à son point le plus bas des trente dernières années. » Et le même de noter, conséquemment, la « détérioration de l’équilibre des opérations locatives sociales nouvelles » consécutive à la baisse de l’ordre de 30 %, entre 2001 et 2006, des aides à la pierre consenties par l’État.

l’état a empoché 16 milliards d’euros

Guy Vidal, président du directoire de la société anonyme lyonnaise d’HLM Sollar, explique qu’aujourd’hui il est impossible de boucler le financement d’une opération « sans solliciter une participation des collectivités locales » et sans que l’organisme HLM « apporte une partie de ses fonds propres ». Selon les secteurs, « on arrive à des montants significatifs qui vont jusqu’à 25 000 euros par logement », indique-t-il. Mais il pointe un autre problème : la concurrence avec les promoteurs privés, qui induit une augmentation des coûts de la construction. « Les entreprises ne répondent plus à nos appels d’offre. Elles sont mieux payées pour construire des produits d’investisseur. Quand un promoteur lance un appel d’offre, si le prix des travaux est plus élevé que son estimation, il augmente son prix de vente. Tant que cela marche, cela marche. Mais nous, nous ne pouvons pas augmenter les prix… »

Pendant ce temps-là, l’État perçoit à plein les bénéfices de la reprise du secteur de l’immobilier. Depuis 2002, l’État prélève ainsi plus sur le logement qu’il ne redistribue. Selon les estimations de Michel Mouillart, 1,24 milliard d’euros ont été récupérés en 2002, 1,54 en 2003, 2,76 en 2004 et 4,40 en 2005. Pour 2006, le bénéfice attendu serait de 5,84 milliards d’euros. En cinq ans, le logement aura donc rapporté au budget près de 16 milliards d’euros.

Cyrille Poy

L’Humanité, 21-02-2007

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :