Syndicalisme de lutte

“La classe ouvrière sait qu’elle n’a à compter que sur elle-même“ (Monatte)

Aveu de Thibault: « Nous n’avons pas encore trouvé les moyens d’organiser les salariés de plus en plus précaires »

Posted by syndicaliste sur 12 février 2007

Interview de Bernard Thibault pour Le Parisien du lundi 5 février 2007

Comment se positionnera la CGT dans cette campagne présidentielle 2007?

La CGT va contribuer, en tant que syndicat, aux débats politiques et de société de manière indépendante. Nous ne sommes pas dans la compétition électorale mais nous ne sommes pas spectateur. Nous rédigeons actuellement des contributions sur les questions sociales, économiques, fiscales, internationales… que nous diffuserons aux salariés à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires au mois de mars.

Allez-vous soutenir un candidat ou une candidate?

Non, nous ne serons pas supporter de tel ou tel candidat. La CGT ne donnera pas de consigne de vote. Nous formulerons nos appréciations sur la situation du pays et des salariés, sur le sens des réformes attendues. A chacun d’en tirer ses conclusions pour son vote.

Que pensez-vous du niveau actuel de la campagne, ses petites phrases, ses petites affaires…?

Il y a un réel décalage entre ce que les médias traitent et l’attente des citoyens. Ce n’est pas la première fois que l’on constate un tel phénomène qui revient quasi systématiquement à l’occasion des échéances politiques et de conflits sociaux, comme lors du CPE.

En d’autres termes, vous trouvez que les médias sont à côté de la plaque?

En quelque sorte, je constate qu’ils optent souvent pour l’accessoire au détriment des débats de fond. La CGT va s’appliquer à nourrir ces débats.

Donc, comme le Medef, la CGT entend peser sur la campagne…

Effectivement. Nous n’allons pas laisser le champ libre au Medef tout en continuant à faire notre travail de syndicaliste au quotidien. Nous ne voulons pas et nous n’allons pas décréter une pause revendicative au motif qu’il y a une campagne électorale.

Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, de manière différente certes, parlent tous deux de revaloriser le travail. Qu’en pensez-vous ?

Ils ne sont pas les seuls. C’est la prise de conscience que la précarité des salariés aura une influence sur les votes. Le candidat de la majorité sortante a adopté d’entrée de jeu une posture agressive vis à vis des syndicats. Je trouve spectaculaire que la première loi qu’il annonce pour juin 2 007 s’attaque au droit de grève et à la représentation syndicale dans les entreprises. Il aime les ouvriers bâillonnés. Et ce au moment où tout le monde laisse entendre qu’il faut au contraire améliorer le dialogue social et que le gouvernement vient de faire voter une loi dans ce sens!
Souvenons-nous Juppé 1995 conflit social, Raffarin 2003 réforme de retraites, conflit social, Villepin 2005, conflit du CPE… Je pense que Sarkozy veut s’inspirer de Margaret Thatcher qui a pris bille en tête le droit syndical et le droit de grève pour avoir les mains plus libres afin de mener une politique plus libérale, celle préconisée par le Medef. Pour la CGT, le droit constitutionnel de grève n’est pas négociable! La France n’est pas la Grande Bretagne.

Et sur la revalorisation du travail ?

Regardons les actes: ceux-la même qui nous disent il faut travailler plus pour gagner plus ont inventé la journée de travail gratuite à la Pentecôte, diminué le paiement des heures supplémentaires de 25 à 10% dans les PME, favorisé la précarité et les petits boulots. Nous avons de la mémoire.

Que pensez-vous de la proposition réaffirmée par Ségolène Royal de rendre obligatoire la syndicalisation?

Je l’ai déjà dit, nous ne sommes pas d’accord. L’histoire et la culture française reposent sur un syndicalisme volontaire. Il faut rester calé sur cette démarche. Par contre, l’état doit veiller au respect de la loi qui prévoit qu’un salarié ne peut être inquiété s’il adhère à un syndicat.

Et le livre blanc du Medef?

C’est la feuille de route d’une politique ultra libérale. C’est la disparition de toute référence à la durée légale du temps de travail, du Smic, la fin des CE et des représentants du personnel dans les entreprises jusqu’à 250 salariés…

Que pensez-vous de la proposition de ceux qui, à gauche, souhaiteraient voir réduite la part du nucléaire en France?
Nous sommes engagés pour un développement durable. Il faut diversifier les sources d’énergies et investir dans les technologies nouvelles. Il est illusoire de considérer qu’on aurait à brèves échéances des alternatives technologiques au nucléaire permettant en France de tenir les objectifs de Kyoto. Il faut aussi arrêter les privatisations dans l’énergie.

Autre sujet de fond, les salariés ont du mal à se reconnaître dans les syndicats. Et puis on voit des associations – comme les Enfants de Don Quichotte- faire bouger les choses en profondeur… Etes-vous prêt à vous remettre en cause?

Les interventions des syndicats et des associations sont complémentaires. C’est vrai, il y a un réel décalage entre le salariat d’aujourd’hui et l’ancrage syndical. C’est pour cela que nous avons lancé une campagne d’adhésion avec des résultats encourageant : 5 000 adhésions en janvier soit le double à d’habitude. Nous allons continuer mais je le reconnais, cela ne suffit pas car nous n’avons pas encore trouvé les moyens d’organiser les salariés de plus en plus précaires. D’où ce sentiment que les syndicats défendent d’abord les salariés en CDI.

Combien la CGT compte-t-elle d’adhérents? Vous n’aviez pas donné le chiffre en janvier …

Je confirme qu’en 2005 nous restons stable autour de 711 000 syndiqués.

Qu’attendez-vous de la journée d’action dans la fonction publique le 8 février?

Qu’elle soit forte! Je constate qu’elle est unitaire, ce qui est un atout. La manifestation nationale des cheminots sera de haut niveau. S’engager et agir maintenant est compatible avec les rendez-vous politiques, il y a eu bien des déceptions à croire qu’il suffisait seulement d’élire quelqu’un pour résoudre ses problèmes.

Vous n’avez plus de cendrier sur votre bureau. Avez-vous arrêté de fumer?

Je n’ai pas arrêté de fumer, nous avons des zones « fumeurs » à la CGT. J’aimerais que les pouvoirs publics soient aussi directifs vis-à-vis d’autres pollutions au travail et parfois plus dangereuses encore pour les ouvriers dans les poussières et les fumées.

Que pensez de la candidature de José Bové qui se présente comme un syndicaliste?

On n’attend pas des responsables politiques qu’ils soient de super syndicalistes. Les politiques doivent dire comment ils se comporteront avec ceux qui sont désignés par les salariés pour les représenter. Si la droite nous désigne comme une cible, il y aura de nouveaux blocages. A gauche, il faut encore gagner notre légitimité. Nous voulons savoir comment les uns et les autres entendent gouverner.

Propos recueillis par Catherine Gasté-Peclers et Jean-Marc Plantade

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