Syndicalisme de lutte

“La classe ouvrière sait qu’elle n’a à compter que sur elle-même“ (Monatte)

Le congrès FSU vu par la presse

Posted by lucien sur 3 février 2007

La FSU confrontée à la désaffection des jeunes enseignants

De notre envoyée spéciale à Marseille MARIE-ESTELLE PECH.

Publié dans Le Figaro du 02 février 2007

La principale organisation syndicale de l’Éducation peine à attirer les jeunes profs, devenus plus méfiants. L’échec des grandes manifestations de 2003 a laissé des traces.

 

« LORSQUE j’entre dans la salle des profs, j’ai souvent l’impression d’être perçue comme une bête curieuse. » Octavie Lasne, 29 ans, est professeur des écoles à Villeurbanne (Rhône) et déléguée du Snuipp-FSU, le syndicat majoritaire du primaire. Ce qu’elle décrit aujourd’hui était impensable il y a dix ans. Aujourd’hui, « beaucoup de jeunes enseignants ont une conscience politique et syndicale faible ou n’ont pas envie de passer autant de temps que leurs aînés dans de multiples réunions », observe-t-elle. D’ailleurs, ajoute la jeune femme, « Je ne tiens pas, moi non plus, à vouer ma vie au syndicalisme ! ».

 

Le renouvellement et le rajeunissement des troupes sont l’un des principaux défis auxquels est confrontée la FSU, l’organisation qui fédère les grands syndicats de l’Éducation nationale (Snes, Snuipp…). À Marseille, où elle tenait congrès depuis le début de la semaine, les têtes grisonnantes étaient nettement majoritaires.

 

L’hémorragie est réelle, même si les enseignants restent toujours les plus fortement syndiqués au sein de la fonction publique. En dix ans, de 1996 à 2006, le nombre d’adhérents au Snes-FSU a baissé de près de 20 %, passant de 85 000 à 69 000. Le syndicat représente aujourd’hui environ 25 % des professeurs de l’enseignement secondaire. « Les recrutements ne compensent pas les départs à la retraite. La relève des jeunes n’est pas évidente », reconnaît Édouard Martin, délégué du Snes dans un lycée de Millau (Aveyron).

 

Souvent accusés d’être « trop corporatistes » et de ne pas assez s’occuper « de l’intérêt des élèves », les syndicats d’enseignants sont aussi victimes, paradoxalement, des rapports plus consuméristes qu’entretiennent les jeunes avec les organisations syndicales.

 

Parmi les nouvelles recrues, ils sont nombreux à adhérer lorsqu’ils sont encore stagiaires à l’IUFM dans un but purement utilitariste. L’idée qu’une meilleure mutation peut être obtenue grâce à un syndicat reste vivace. « Ils pensent qu’on peut leur être utile pour obtenir un passe-droit, mais ils se trompent : nous leur donnons des informations précises, mais ça s’arrête là », assure Florian Lascroux, 32 ans, professeur de mathématiques à Rouen. Ces adhérents disparaissent souvent des listings syndicaux après deux ou trois ans.

 

Nouveaux modes d’action

 

La tendance au zapping est confirmée par Gilles Moindrot, secrétaire général du Snuipp, qui observe que les enseignants s’engagent plus facilement dans des opérations « ponctuelles » que sur la durée.

 

Pour fidéliser ses jeunes, la FSU mise sur de nouveaux modes d’action. Plusieurs réunions contre l’apprentissage de la « lecture syllabique », rendue obligatoire par le ministre de l’Éducation, Gilles de Robien, ont mobilisé jusqu’à 900 jeunes enseignants dans des endroits reculés de France. À Millau, pour attirer l’attention des parents sur ce qu’ils considèrent comme les « méfaits » de la bivalence (le fait pour un enseignant d’enseigner deux matières), les profs ont échangé leurs heures de cours à tout-va : « On a mis une sacrée pagaille ! »

 

Cette semaine, dans de nombreux établissements, d’autres ont décidé de ne pas corriger le « bac blanc » pour protester contre la réforme programmée de leur temps de travail.

 

Nathalie Vive, jeune prof de lettres dans un collège rural du Var, estime qu’il « faut rendre moins ennuyeuses les manifs, aller vers des actions plus variées, quelque chose de plus festif, peut-être des happenings » et prône les « occupations filées » d’établissements « de nuit ».

 

« L’idée est de créer une tension dans les établissements », résume-t-elle. En réduisant au minimum les conséquences salariales. Car, reconnaît cette militante, « les manifestations, avec les retenues salariales qui en découlent, font fuir pas mal de monde depuis 2003 ».

*

En Congrès, la FSU s’interroge sur la défense des services publics en Europe

20 minutes, 1-02-07

La défense des services publics en Europe alimente les débats du congrès des enseignants de la FSU, réuni jusqu’à vendredi à Marseille, certains prônant plus d’implication dans les structures européennes tandis que d’autres craignent de jouer le jeu de la privatisation.

« Si on ne se bat pas à ce niveau, on affaiblit notre capacité de défendre les services publics en France« , a déclaré à l’AFP le secrétaire général de la FSU, Gérard Aschieri.

La fédération, qui s’est fortement mobilisée contre le référendum sur la Constitution européenne en 2005 sans donner de consigne de vote officielle, a décidé de soutenir une pétition de la Confédération européenne des syndicats (CES) « pour des services publics de qualité et accessibles à tous les citoyens« .

A travers elle, l’organisation réclame la mise en place d’une directive-cadre européenne permettant de définir et de « faire progresser » la notion de service public, selon les textes préparatoires du congrès de Marseille.

« Après la mobilisation en faveur du non au référendum, nous avons eu du mal à poursuivre la bataille et cette pétition est un véritable outil pour défendre une Europe des services publics tels que nous la concevons« , a martelé Jean-Michel Drevon, du syndicat national de la FSU.

Une idée contestée par une partie des militants: « le rôle des organisations syndicales, c’est d’être auprès des salariés, pas de rédiger des directives qui suppriment tout« , juge Edith Danry qui enseigne l’histoire près de Dijon (Côte d’Or).

« Ce n’est pas un outil, mais une arme qui risque de se retourner contre nous« , ajoute-t-elle, craignant que la FSU ne « se tire une balle dans le pied« .

Certains militants dénoncent en effet la notion de « service d’intérêt économique général« , voulue par la Commission européenne et reprise dans la pétition. Pour eux, cette notion « aboutit » de fait « à la privatisation des services publics« .

« On nous dit que les mots n’ont pas d’importance alors que ces mots représentent une menace pour nos services publics, ça va laisser des traces« , juge Karine Van Wynendaele, professeur d’histoire-géo à Lens, estimant qu’il y a là un « profond désaccord avec la direction de la FSU« .

« La question est de savoir comment peser pour que l’Europe se construise en intégrant nos revendications« , estime pour sa part Yves Baunay, professeur d’économie à la retraite à Cachan (Val-de-Marne) et secrétaire général de l’institut de recherche de la FSU.

« La seule façon de peser, c’est de contredire le principe de libre concurrence pour certains secteurs d’activité comme les services publics« , ajoute-t-il, insistant sur la nécessité de « trouver des plateformes communes » avec les autres syndicats européens.

Près de 27% des congressistes se sont prononcés mercredi contre la pétition de la CES, 63% votant pour. La FSU a donc confirmé son soutien au texte.

L’adhésion de la fédération à la CES doit aussi faire l’objet d’un vote jeudi, mais a « peu de chance d’être approuvée« , selon Odile Cordelier, responsable des questions européennes à la FSU.

« Certains considèrent que la CES est vendue à la commission européenne et n’a qu’un rôle d’accompagnement de ses directives« , déplore-t-elle.

*

La FSU entend donner des suites à la mobilisation du 8 février

MARSEILLE (AP, 2-02-07) – La FSU a lancé vendredi, lors de la clôture de son 5e congrès à Marseille, un appel à un « grand mouvement pour l’Education », dans le prolongement de la journée de grève et de manifestations prévue le 8 février prochain dans l’ensemble de la Fonction publique.

« La journée de grève unitaire et de manifestations du 8 février dans l’ensemble de la Fonction publique s’annonce comme une étape importante du mouvement« , « après le succès des mobilisations du 18 décembre dans le 2nd degré, et de la manifestation du 20 janvier« , écrit la FSU dans deux textes -« action » et « appel »- votés à l’issue des cinq jours de débats du congrès, qui se tenait depuis lundi dernier et s’est achevé ce vendredi à la mi-journée.

La Fédération syndicale unitaire veut « donner des suites« , à la mobilisation du 8 février, et « inscrire l’action dans la durée« . Elle « soutient et appelle à amplifier les actions notamment de grève qui se développent dans les départements« , poursuit le texte.

La FSU appelle à développer des mobilisations régionales durant les vacances d’hiver -du 9 février au 7 mars-, « invite les personnels à débattre dans les assemblées générales d’une nouvelle initiative d’ampleur unitaire (grève, manifestations)« , et « propose aux intersyndicales de l’Education et de la Fonction publique de se réunir à l’issue du 8 février« .

La Fédération « considère que la situation nécessite le développement d’un ‘grand mouvement pour l’éducation‘ », et « appelle à une rupture radicale avec la politique éducative actuelle et à relever le défi de la démocratisation du service public d’éducation afin d’augmenter le niveau général de formation et de qualification de tous les jeunes ».

Par ailleurs, la première fédération des personnels de l’Education et de la Fonction publique d’Etat annonce qu’elle « combattra et demandera l’abrogation du projet de loi prévention de la délinquance, s’il était adopté« . La FSU « soutiendra les personnels dans toutes les actions de désobéissance civiques et professionnelles qui seront individuellement ou collectivement engagées« .

Deux journées d’actions sont d’ores et déjà prévues par le SNPES-PJJ, syndicat des éducateurs de la Protection judiciaire de la jeunesse et membre de la FSU, les 22 et 24 mars.

La FSU rappelle également son soutien aux actions contre les expulsions de familles sans-papiers ayant des enfants scolarisés en France.

Enfin, la FSU se déclare « solidaire des mobilisations » des inspecteurs du travail prévues à l’occasion du procès de l’assassin présumé de Sylvie Trémouille et Daniel Buffière, du 5 au 9 mars, les deux inspecteurs assassinés le 2 septembre 2004 lors d’un contrôle en Dordogne. AP

Thibault: le droit de grève « n’est pas négociable »

[AFP, 1-02-07]
Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, a déclaré mercredi à Marseille lors du congrès de la FSU, première fédération de l’Education, que le droit de grève n’était « pas négociable« .

« Il est clair pour la CGT que le droit de grève prévu dans la Constitution n’est pas négociable« , a lancé M. Thibault.

Le leader cégétiste, sans jamais citer Nicolas Sarkozy, a dénoncé, sous les huées des congressistes, la volonté du « candidat de la majorité sortante » de faire adopter une loi « qui visera les conditions d’exercice du droit de grève dans les entreprises, les universités, les administrations« .

« Au-delà des tours de passe-passe [de Nicolas Sarkozy] sur le travail, la brutalité libérale revient au galop« , a-t-il ajouté.

M. Thibault a dénoncé « le bilan social catastrophique du gouvernement sortant: dégradation de l’emploi, explosion de la précarité, baisse du pouvoir d’achat, amputation des retraites, de la protection sociale« .

« Reconnaissons qu’il y a un certain cynisme, de la part de ceux-là mêmes qui nous ont imposé le CNE (contrat nouvelles embauches), de lui découvrir quelque défaut parce qu’ils sont en campagne électorale« , a-t-il poursuivi.

« Faut-il voir dans l’empressement du Medef à reprendre la formule +travailler plus pour gagner plus+, qui est une mystification, un alignement du Medef sur le candidat [de l’UMP] à moins que ce ne soit l’inverse« , s’est interrogé M. Thibault.

Dans son discours programme prononcé au congrès de l’UMP le 14 janvier, le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy avait déclaré souhaiter « qu’une loi impose le vote à bulletins secrets dans les 8 jours du déclenchement d’une grève dans une entreprise, une université, une administration« .

Son porte-parole Xavier Bertrand a répété le 29 janvier que le candidat de l’UMP à l’élection présidentielle voulait « poser de nouvelles règles » pour le droit de grève et soumettre le droit de poursuivre une grève à l’accord d’une « majorité » de salariés.

Contre Sarkozy, oui, pour Royal, bof

Au congrès de la FSU, à Marseille, les enseignants se résignent, «faute de choix».

Par Michel HENRY

Libération du mardi 30 janvier 2007

Marseille de notre correspondant

 

De gauche, mais le moral dans les chaussettes. Et pas franchement Ségo-enthousiastes. «On votera à gauche, hélas, et avec une pince à linge», dit ainsi, en marge du congrès de la FSU qui s’est ouvert à Marseille, un enseignant qui se propose d’ «agir, via le syndicalisme, plutôt que d’élire». Même s’il tente de suivre la campagne de Ségolène Royal, Dominique, 51 ans, professeur d’histoire-géo dans la Drôme, reste perplexe : «Y a rien dans son programme, et les difficultés dans lesquelles elle s’empêtre ne m’étonnent pas.» Lui qui penchait pour une candidature unique antilibérale, dans la foulée du non à la Constitution européenne, s’agace : «Je ne connais pas ses idées. Ce côté « mon opinion est celle des Français » ne me plaît pas. Je ne lui demande pas d’avoir mes opinions, mais d’avoir les siennes, et de me les présenter. Sarko, au moins, ne nous prend pas en traître. Il dit ce qu’il va faire.»

«Comme les Américains». Sarkozy, donc. Heureusement qu’il est là. Chez les enseignants, le TSS (Tout sauf Sarko), attisé par l’impopularité de Robien, poussera à voter Royal au second tour (si elle y est). «Un peu comme les Américains ont voté démocrate récemment : contre Bush», explique Jacqueline, la cinquantaine, prof de lettres en Martinique. Pour Stéphane, 42 ans, instituteur en Normandie, «on est plutôt dans un sentiment d’accablement. On se dit qu’avec la gauche, la matraque sera plus douce…». Patrick, 53 ans, documentaliste à Poitiers, rapporte : «On a du mal à mobiliser pour les grèves ou les manifs, alors qu’il y a beaucoup de rancoeurs. Beaucoup d’enseignants disent : « On se vengera dans les urnes. »» Contre le gouvernement, et avec le souvenir du mouvement de grève raté de 2003. Surtout, ajoute Patrick, les enseignants «regrettent beaucoup que l’éducation ne soit pas la première des préoccupations des candidats».

«Refroidis». Par défaut, estime Solange, 52 ans, prof de musique dans les Bouches-du-Rhône, «les enseignants voteront à gauche, car ils n’ont pas trop le choix». Iront-ils jusqu’au vote utile pour le PS dès le premier tour ? Plus délicat. D’un côté, «2002 nous a bien refroidis», admet Solange, avec l’élimination de la gauche au premier tour. De l’autre, rapporte Monique, 53 ans, une prof de maths des Hauts-de-Seine, qui se réclame de la gauche antilibérale, «voter pour elle au premier tour, je ne pourrais pas. Le problème n’est pas seulement qu’elle veut nous faire travailler plus longtemps. C’est que nous, on veut un projet de société différent».

Jean-Luc, 49 ans, enseignant dans le supérieur à Angers, évoque un «vote [à gauche] désabusé». «La crainte, dit-il, c’est que, sur l’éducation, il y ait des projets identiques côté Sarko et côté Ségo.» Tous se souviennent de Ségolène Royal, secrétaire d’Etat sous Claude Allègre, ministre honni de l’Education. «Même si elle ne partageait pas toutes ses idées, elle nous rappelle d’assez mauvais souvenirs», indique Maurice, 60 ans. Ce prof de lettres à la retraite d’Arles ne comprend d’ailleurs pas comment les socialistes l’ont désignée : «Le PS s’est résigné en se disant : si les médias nous affirment, à travers les sondages, qu’elle peut gagner, pourquoi pas elle ? Mais ce n’est pas la démocratie, ça ! Ce n’est pas ce qu’on enseigne à nos élèves. Pour les délégués de classe, on ne leur conseille pas de prendre la plus mignonne…»

«Plus d’un million». Avec la vidéo pirate sur le Net, où elle se positionne en faveur des 35 heures pour les enseignants, Ségolène Royal a marqué des points contre son camp. Pour Karine, 28 ans, prof d’histoire-géo en Côte-d’Or, «elle peut encore se rattraper, mais il va falloir qu’elle travaille fortement. On est quand même plus d’un million, avec 80 % qui votent à gauche». Il en restera toujours une certaine méfiance : Jacqueline assure qu’ «il n’y aura pas de chèque en blanc». Comme dit Stéphane, «que ce soit la gauche ou la droite qui passe, on ne pourra pas faire l’économie d’une mobilisation. Si on ne défend pas nos acquis sociaux, ils vont disparaître».

Plus largement, résume Solange, «on a besoin de soutien. Pas qu’on nous casse». Or, «la profession est en interrogation , raconte Patrick. Avec un sentiment diffus d’être mal aimés, les enseignants ont l’impression qu’ils subissent sans arrêt un côté calomnieux. Alors qu’ils travaillent de plus en plus, tout le monde vient s’occuper de leur métier. Mais est-ce que nous, on s’occupe de la proportion de sel dans le pain du boulanger ? On n’a pas l’impression qu’il y ait un seul candidat qui puisse nous donner un peu de sérénité dans notre travail».

 

 

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