Syndicalisme de lutte

“La classe ouvrière sait qu’elle n’a à compter que sur elle-même“ (Monatte)

La Recherche publique assujettie

Posted by lucien sur 22 janvier 2007

 

[Mise à jour]

Les scientifiques français s’insurgent contre le dénigrement de la recherche publique

Un tollé. C’est la réaction suscitée, dans la communauté scientifique, par le rapport sur la valorisation de la recherche française (Le Monde du 16 janvier). Ce document, rédigé par l’inspection générale des finances et celle de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche, souligne qu’« en dépit des mesures prises depuis la loi sur l’innovation de 1999, la valorisation de la recherche ne progresse pas en France depuis quinze ans ». Pointant le déficit de contrats de partenariat entre laboratoires publics et entreprises, de participation aux programmes européens, de dépôts de brevets, ainsi que de créations d’entreprises issues de la recherche publique, le rapport prône une réorganisation radicale du système de recherche français. Et peut laisser croire que la recherche manque de performances mais pas d’argent.

Faux, archi-faux », fulmine le mathématicien Bertrand Monthubert, président de l’association Sauvons la recherche (SLR) ! « En ce qui concerne la part de la recherche publique et privée dans le produit intérieur brut, la France occupe une place très médiocre en Europe : 2,13 % en 2004 (contre 2,23 % en 2002), quand l’objectif du président de la République était d’atteindre 3 %, rappelle-t-il. En comparaison, l’Allemagne dépense 2,49 %, le Japon 3,15 %, les USA 2,68 %. On n’ose citer les 3,48 % de la Finlande et les 3,98 % de la Suède ». Sans compter les pays émergents comme la Chine et l’Inde, qui mettent depuis quelques années les bouchées doubles.

« Pour construire l’avenir, il faut financer la recherche publique », protestent en choeur le Syndicat national de l’enseignement supérieur (Snesup-FSU) et le Syndicat national des chercheurs scientifiques (SNCS-FSU), qui « s’indignent d’une nouvelle mise en cause de l’efficacité des acteurs de la recherche publique, visant à assujettir celle-ci aux besoins d’innovation de l’industrie privée ». A leurs yeux, « les difficultés indéniables de la recherche en France tiennent au sous-financement chronique des laboratoires, à l’insuffisance d’investissement des entreprises dans les activités de recherche et à leur faible volonté de réels partenariats avec la recherche publique ». A l’unisson, le Syndicat national des travailleurs de la recherche scientifique (SNTRS-CGT) estime que si la recherche française est « malade », « ce n’est pas de ses chercheurs qui seraient mauvais, mais malade des politiques utilitaristes à courte vue, malades des politiques incendiaires et irresponsables de tout bord ».

Le ministre délégué à l’enseignement supérieur et à la recherche, François Goulard, pourtant peu suspect de collusion avec Sauvons la recherche, a lui-même jugé nécessaire de se démarquer fermement des conclusions du rapport. Les « assertions » selon lesquelles la recherche publique disposerait d’assez de moyens et pêcherait par manque d’efficacité « sont grossièrement fausses et ne peuvent être portées, dans cette forme lapidaire, que par des ignorantins », a-t-il déclaré.

A leur façon, les deux principaux candidats à l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, viennent d’apporter de l’eau au moulin des chercheurs, en leur promettant l’un comme l’autre des crédits supplémentaires (Le Monde du 20 janvier). Le premier n’a fait que reprendre l’effort budgétaire déjà programmé par la loi sur la recherche tandis que la seconde, dans un article à paraître dans le prochain numéro de La Recherche, annonce son intention, en cas de victoire, d’« augmenter de 10 % par an la dépense publique consacrée à cette priorité stratégique qu’est la recherche ».

Courroucés par l’affirmation que la recherche publique vit grassement, les scientifiques s’irritent aussi de la mise en cause de ses performances à la seule aune des retombées économiques. « La valorisation industrielle ne saurait devenir la seule mission des établissements de recherche, même s’il est important qu’ils s’en préoccupent, proteste Bertrand Monthubert. Les chercheurs qui analysent les risques de conflits dans nos sociétés, ceux qui ont établi la toxicité de l’amiante, ou ceux qui étudient l’évolution des espèces ou de l’univers produisent, tous, des connaissances précieuses, sans considération de valorisation commerciale ».

 

Pierre Le Hir

Article Le Monde du 23.01.07.

 

 

Communiqué

 

POUR CONSTRUIRE L’AVENIR, IL FAUT FINANCER LA RECHERCHE PUBLIQUE

 

Le SNESUP et le SNCS (FSU) s’indignent d’une nouvelle mise en cause de l’efficacité des acteurs de la recherche publique qui vise à assujettir la recherche publique aux besoins d’innovation de l’industrie privée. Les coups les plus durs sont portés contre les établissements nationaux de recherche et le tissu des universités pour lesquels aucune solution n’est proposée.

Contrairement aux éléments mis en avant dans la presse, la recherche est loin de pouvoir s’identifier aux seuls aspects d’innovation et de transfert de technologies. La place de notre pays dans tous les domaines de la recherche fondamentale atteste de la qualité de ses équipes de recherche. Les seuls critères de dépôt de brevets et de revenus de la propriété intellectuelle sont loin d’être pertinents. S’ils sont adaptés à l’évaluation des laboratoires industriels, ils occultent la réalité du travail de long terme effectué dans les laboratoires publics. Ils sont inaptes à rendre compte de l’apport de nombreuses disciplines, comme celles des lettres, des sciences de l’homme et de la société, de l’écologie.

Les difficultés indéniables de la recherche en France tiennent par contre à des sous-financements chroniques des laboratoires, à l’insuffisance d’investissement des entreprises dans les activités de recherche et à leur faible volonté de réels partenariats avec la recherche publique, à la fermeture ou à la délocalisation de centres de recherche-développement, conséquence du refus, proclamé par le Medef, d’augmenter l’effort privé de financement de la recherche industrielle.

Le SNESUP et le SNCS rappellent que l’objectif de consacrer 3% du PIB à l’effort national de recherche exige une action de grande ampleur. Avec force, ils réclament l’arrêt de la politique dirigiste et autoritaire imposée à la recherche publique, le doublement des crédits des laboratoires, le recrutement de chercheurs et d’enseignants-chercheurs sur des statuts de titulaires garantissant la pérennité de l’effort de recherche. C’est dans cet esprit qu’ils inscrivent leur participation à la manifestation du 20 janvier à l’initiative de la FSU et leur intervention dans le débat pré-électoral actuel.

Paris, le 17 janvier 2007

SNESUP-FSU. 78, rue du Faubourg Saint-Denis 75010 – Paris. Courriel : sg@snesup.fr
SNCS-FSU (Syndicat national des chercheurs scientifiques).1, place Aristide Briand. 92195 – Meudon Cedex. Courriel : sncs@cnrs-bellevue.fr

Voir aussi:

hubaut-tout-ouvert-ou-rien-1996-200pix.jpg

Joël Hubaut, Tout ouvert ou rien (1996)

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