Syndicalisme de lutte

“La classe ouvrière sait qu’elle n’a à compter que sur elle-même“ (Monatte)

Un témoignage sur la précarité

Posted by lucien sur 19 janvier 2007

« J’ai travaillé gratuitement pendant deux mois »

Précarité . Embauchée en CNE puis en formation payée par les ASSEDIC, cette salariée a été remerciée brutalement après avoir refusé des heures supplémentaires.

 

Cette fois-ci, elle se retrouve de l’autre côté de la barrière. Conseillère prud’homale CGT à Paris depuis 2002, et plus jeune conseillère de France avec ses vingt-neuf ans, Myriam Attieh-Calderon vient de saisir les prud’hommes de Créteil pour rupture abusive de CNE (contrat nouvelle embauche), dans une affaire l’opposant à la société World GSM.

 

Cette petite entreprise de vente de téléphones portables par Internet, basée dans le 15e arrondissement de Paris, embauche la jeune femme le 4 septembre dernier, en CNE. « Je connaissais la précarité liée à ce contrat, mais après un an et demi de chômage, ma priorité était de travailler », raconte Myriam Attieh-Calderon. Première entorse, elle passe ses journées à répondre aux appels téléphoniques des clients, alors qu’elle a signé un contrat pour un poste d’administratrice des ventes. Après dix jours de travail, la directrice de la société, Mme Ainouz, lui propose de l’intégrer à un dispositif de formation financé par les ASSEDIC. Cette « action de formation préalable à l’embauche » (AFPE) prévoit que le chômeur suit une formation de trois mois maximum dans l’entreprise, laquelle, « si le niveau requis est atteint », doit ensuite l’embaucher en CDI ou en CDD d’au moins six mois. Un système plus qu’intéressant pour la société : elle perçoit jusqu’à 1 500 euros des ASSEDIC en compensation des frais de formation, et ne verse rien au chômeur qui continue de toucher son allocation chômage. « Je ne voulais pas entrer dans ce dispositif puisque j’avais déjà un contrat de travail, affirme la jeune femme. Mais je n’ai pas eu le choix. Le 18 septembre, nous avons signé une convention AFPE pour deux mois de formation. Comme une AFPE est normalement préalable à l’embauche, la directrice a déchiré le CNE et nous avons signé un nouveau CNE qui devait commencer le 6 novembre, à l’issue de ma formation. »

FORMATION SUR LE TAS

En fait de formation, la salariée affirme qu’elle a simplement « travaillé deux mois gratuitement », en se formant « sur le tas ». Mais fin octobre, un litige l’oppose à la direction. « Mme Ainouz et son frère, PDG de la société, ont convoqué la dizaine de salariés pour nous informer que nous n’aurions plus qu’une heure de pause à midi, ce qui signifiait 42 heures de travail par semaine au lieu des 39 prévues dans le contrat, raconte Myriam. J’ai accepté à condition de récupérer ces heures, ce qui m’a été refusé. Le 30 octobre, j’envoie à Mme Ainouz un e-mail de protestation. Le lendemain, elle m’adresse une lettre mettant fin à la formation, me reprochant mon comportement et mon incapacité à apprendre. Si j’étais si nulle, pourquoi m’avoir gardé deux mois, pourquoi mversé 500 euros de prime en tout ? » Contactée par l’Humanité, la directrice n’a pas souhaité s’exprimer sur cette affaire.

la société a occulté deux CNE signés

En mettant fin à l’AFPE, la société a occulté l’existence des deux CNE signés, qui n’ont pas été rompus selon la procédure légale de licenciement. Par ailleurs, le statut de conseiller prud’homal impliquait une demande d’autorisation de licenciement auprès de l’inspection du travail. Autant d’éléments portés devant les prud’hommes par Myriam, qui demande des indemnités pour rupture abusive de contrat et pour travail dissimulé pour la période de deux semaines entre la signature du premier CNE et celle de l’AFPE. La jeune femme a également alerté les ASSEDIC sur l’utilisation abusive du dispositif AFPE par World GSM. Les ASSEDIC ont saisi leur service de prévention des fraudes et alerté l’agence ANPE à l’origine de la convention. La semaine dernière, lors de l’audience de conciliation aux prud’hommes, Mme Ainouz n’a pas voulu transiger. L’affaire passera en septembre en bureau de jugement.

Fanny Doumayrou

L’Humanité du 16 janvier 2007

 

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