Syndicalisme de lutte

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4 mois de collèges « Ambition réussite »

Posted by lucien sur 16 janvier 2007

[Dépêche AFP 16-01-2007]

 

Les collèges « Ambition réussite »: « un piètre bilan » selon le Snes-FSU

Le Snes-FSU, principal syndicat des collèges et lycées, a qualifié lundi de « piètre bilan » les quatre mois de relance de l’éducation prioritaire sous la forme du réseau de collèges « Ambition réussite ».

« Ambition réussite = un piètre bilan », déplore le Snes dans un communiqué, alors que le ministre de l’Education Gilles de Robien fera mardi un bilan de ces réseaux, lors d’un grand séminaire à la Sorbonne.

« Plutôt que de répondre aux besoins réels des établissements concernés, le ministère a choisi de recentrer sa politique sur un très petit nombre d’établissements, abandonnant progressivement tous les autres, qui cumulent pourtant des difficultés sociales parfois tout aussi importantes », a rappelé ce syndicat.

En annonçant la réforme des Zep en décembre 2005, Gilles de Robien avait annoncé la création de trois catégories d’établissements prioritaires (EP): les EP1 ou les 249 collèges « réseaux Ambition réussite » les plus en difficulté, et les EP2 et les EP3, amenés à sortir progressivement du système prioritaire.

Mais, rappelle le Snes, « dans les EP1, les postes d’enseignants référents ont été implantés par redéploiement sur le dos de tous les collèges » et « les 3.000 assistants pédagogiques promis sont loin d’avoir été tous recrutés ».

Le Snes regrette aussi que le ministre « ne fait plus aucune référence aux autres établissements de l’éducation prioritaire » et « revendique une véritable relance de l’éducation prioritaire, sans redéploiement, qui garantisse une réelle ambition pour tous les élèves en améliorant leurs conditions d’études et les conditions de travail des personnels ».

Communiqué du SNES [15-01-07]:

« Ambition réussite » : un piètre bilan

Un trimestre après la mise en oeuvre de la réforme des Zep, toutes les craintes qu’avaient exprimées le SNES sont confirmées, voire renforcées.

Plutôt que de répondre aux besoins réels des établissements concernés, des écoles aux lycées, le ministère a choisi de recentrer sa politique sur un très petit nombre d’établissements, abandonnant progressivement tous les autres, qui cumulent pourtant des difficultés sociales parfois tout aussi importantes.

Dans les EP1, les postes d’enseignants référents ont été implantés par redéploiement sur le dos de tous les collèges (suppression d’une demi-heure par classe de 5ème et de 4ème). Les projets de réseau et les profils de ces enseignants ont été le plus souvent élaborés par les comités exécutifs dans la plus grande opacité, sans consultation ni avis des personnels. L’utilisation des moyens « supplémentaires » a donc rarement répondu à leurs attentes (effectifs de classes moins lourds, travail en petits groupes, temps de concertation dans le service). Faute de candidats en nombre suffisant, les rectorats ont affecté sur ces postes de nombreux enseignants non volontaires, notamment TZR et parfois même débutants. Les 3000 assistants pédagogiques promis sont loin d’avoir été tous recrutés. Les équipes pluriprofessionnelles sont rarement au complet, en dépit des promesses.

Les témoignages recueillis dans les collèges EP1 font souvent état d’une très forte dégradation du climat dans l’établissement (missions floues des référents, multiplication non pertinente des réunions, coordination difficile avec les assistants pédagogiques, effet contre-productif des PPRE avec la multiplication des intervenants…).

Dès le départ, le SNES a condamné cette réforme qui fait éclater la carte de l’éducation prioritaire, cantonne les élèves de milieux populaires aux savoirs peu exigeants et formateurs du socle commun, devenu le seul  » objectif cible « , et vise à faire des réseaux EP1 le territoire de toutes les déréglementations. Dans un contexte où le concept « d’égalité des chances » irrigue tous les discours du gouvernement, cette réforme rend explicite tout ce que la loi Fillon n’osait véritablement avouer tout en le programmant : un véritable renoncement à l’ambition pour tous. Il ne s’agit plus d’assurer la réussite de tous les élèves, mais de viser seulement la  » mixité des élites  » en permettant aux collégiens jugés « méritants » de contourner la carte scolaire et de choisir leur lycée.

Pour le Ministère, la politique de l’éducation prioritaire se réduit aux seuls EP1 : la dernière édition de « l’Etat de l’Ecole » par exemple ne fait plus aucune référence aux autres établissements de l’éducation prioritaire. La distinction, introduite par le dernier rapport de l’IGEN (et reprise par le projet de circulaire de rentrée 2007) entre les EP1 qualifiés de « territoires prioritaires » et les autres établissements (seulement à « publics prioritaires ») indique que ces derniers ne seront plus accompagnés à hauteur des besoins puisqu’ils doivent rentrer dans le droit commun. On constate d’ailleurs que le Ministère tarde à rendre publique la liste des EP2 et EP3.

Le SNES revendique une véritable relance de l’éducation prioritaire, sans redéploiement, qui garantisse une réelle ambition pour tous les élèves en améliorant leurs conditions d’études et les conditions de travail des personnels.

Paris, le 15/01/2007

 

G. de Robien en visite médiatisée au collège Gérard Philipe à Paris le 3 mai 2006

*

« Ambition réussite »: tout serait déjà décidé

Le séminaire sur les réseaux ambition réussite, qui se tient aujourd’hui en Sorbonne, laisse perplexe ceux qui n’y sont pas invités.

 

Bilan d’étape ou opération de communication ? Quatre mois après la mise en oeuvre du plan de relance des ZEP, le ministre de l’Éducation convoque aujourd’hui, en Sorbonne, « 400 acteurs de l’éducation prioritaire » afin qu’ils échangent constats et expériences sur les réseaux ambition réussite. Sont conviés des directeurs d’écoles, des inspecteurs d’académie, des principaux de collèges, des professeurs référents. Ni organisations syndicales ou de parents d’élèves, ni même représentants de l’Observatoire des zones prioritaires (OZP). Une réunion de travail en interne, donc, comme il s’en fait beaucoup. Si ce n’est que celle-ci est ouverte à la presse et que, s’il y est question d’ambition, Gilles de Robien ne masque pas la sienne : « Cette journée a pour objectif de promouvoir l’innovation dans les réseaux ambition réussite », dont il semble admis qu’ils incarnent « l’excellence au service des élèves ».

Foin des critiques, donc, il s’agit de poursuivre la réforme des ZEP engagée depuis septembre (lire encadré). Et alors qu’on parle d’en tirer un bilan, certains s’étonnent de la rapidité avec laquelle celui-ci s’effectue. « Le dispositif n’existe que depuis quatre petits mois », note ainsi Luc Bérille, secrétaire général du SE-UNSA (syndicat enseignant). Hostile au principe de « déshabiller Pierre pour habiller Paul », le syndicat s’affiche en revanche favorable à la création de professeurs référents, et redoute que cette promptitude ne lui nuise. « Il ne faudrait pas juger l’ensemble du dispositif à partir des dysfonctionnements constatés », poursuit Luc Bérille, qui n’apprécie pas non plus l’exercice bien plus probable de l’autosatisfecit : « Nous voulons aborder le sujet sérieusement. Là, il s’agit visiblement d’une opération de communication. »

Tout en notant que les inspecteurs généraux chargés d’évaluer le dispositif n’ont, à ce jour, pas fini leur tournée, le SNES-FSU se fait plus virulent et avance ses critiques. « Elles nous reviennent lors des forums ou des rencontres académiques », explique Monique Parra-Ponce, co-secrétaire générale du syndicat. Et témoignent, assure-t-elle, des effets pervers de la réforme. « Les enseignants sont mis en concurrence : les profs référents bénéficient de classe en demi-groupe, quand les autres se retrouvent avec des effectifs plus lourds. » Autre problème, la multiplication des intervenants auprès des élèves de sixième, qui ont parfois à faire à cinq adultes pour une seule discipline.

Quant aux assistants pédagogiques, le ministère lui-même reconnaît que seulement 70 % d’entre eux ont été recrutés. Gilles de Robien en fait porter la responsabilité aux syndicats, qui, faisant montre de mauvaise volonté, décourageraient les bonnes. Les syndicats, eux, dénoncent la précarité du statut, qui n’offre qu’un demi-SMIC pour quarante heures hebdomadaires annualisées.

L’avenir, enfin, inquiète les enseignants. Alors que le ministère n’a pas encore révélé la liste des collèges qui seront classés EP3, la crainte de perdre des aides est généralisée. D’autant que les EP2 eux-mêmes ne s’en sortiraient pas indemnes. Selon un récent rapport de l’inspection générale, « il serait question d’en faire non plus des « établissements prioritaires », mais « à public prioritaire » ». La nuance n’est pas mince, puisque les aides ne seraient dès lors, plus automatiques, mais dépendantes des priorités fixées par les recteurs.

Marie-Noëlle Bertrand

L’Humanité, 16-01-07

Rappel

Libération, 22 décembre 2006:

 

Le SOS d’un établissement «ambition réussite»

Les professeurs d’Albert-Camus situé en ZEP réclamaient des moyens supplémentaires.

 

Les enseignants du collège Albert-Camus situé en ZEP (zone d’éducation prioritaire) alertaient «depuis deux mois» leur hiérarchie à propos des problèmes de violence et du manque de personnels dans l’établissement, selon une représentante du Snes-FSU, majoritaire dans le second degré.

«Le 18 octobre, les professeurs ont rédigé une lettre en commun pour demander des moyens supplémentaires», a-t-elle ajouté, assurant qu’ils étaient «déçus» de n’avoir pas obtenu les moyens promis dans le cadre du classement de l’établissement en «ambition réussite». «Ils n’ont eu que quatre assistants pédagogiques sur les douze promis à la rentrée.»

Mi-novembre, «les enseignants ont rédigé un préavis de grève, mais ne l’ont pas déposé parce que la principale leur a donné des temps de réunion pour trouver des solutions en interne», a précisé cette source. Lundi, a-t-elle poursuivi, «un enseignant a été bousculé, un autre a reçu des coups de pied et de poing en séparant une bagarre, une surveillante a été arrosée d’eau de Javel, et une élève, hospitalisée après avoir été battue à la sortie».

Les enseignants de ce collège de 602 élèves étaient donc en train de rédiger une procédure de «droit d’alerte», première étape avant le droit de retrait. Ce collège «tourne bien en dépit des difficultés» pour le cabinet du recteur de Créteil. «A Meaux, c’est un établissement qui a la réputation d’être difficile, tout comme le collège Beaumarchais qui est situé à proximité. Il y a déjà eu des soucis, comme des altercations devant le collège», affirme un habitant du quartier Beauval, où est situé le collège.

Beauval se situe dans une vaste zone d’habitat social composée de deux quartiers classés en zone urbaine sensible (ZUS), Beauval et la Pierre-Collinet, qui comptent au total 10 780 logements dont une majorité de HLM pour 27 000 habitants. Les deux quartiers font l’objet d’un programme de requalification urbaine. Une convention pour leur rénovation a été signée par l’Agence nationale de rénovation urbaine (Anru), le 26 octobre 2004. Un budget de 125 millions d’euros est engagé, dont 68 millions de l’Anru. Le programme prévoit la démolition de 1 107 logements, la réhabilitation lourde de 3 264 logements et la construction de 1 365 logements neufs mélangeant des HLM et des programmes d’accession à la propriété dans un objectif de mixité sociale.

 

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