Syndicalisme de lutte

“La classe ouvrière sait qu’elle n’a à compter que sur elle-même“ (Monatte)

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La réforme des régimes spéciaux au Journal Officiel

Publié par syndicaliste sur 16 janvier 2008

Article publié aujourd’hui sur le blog Où va la CGT?

Ca y est. Contrairement à tout ce que claironne la confédération CGT, la réforme des régimes spéciaux est validée, et publiée au Journal Officiel du 16 janvier pour prise d’effet au 1er juillet 2008.
On trouve dans les textes tous les éléments prévus par le gouvernement Sarkozy/Fillon : allongement de la durée de cotisations, décote, indexation.
On trouvera ici le Décret N°2008-47 du 15 janvier 2008 relatif au régime spécial de retraite du personnel de la Société nationale des chemins de fer français, et ici le Décret N°2008-48 du 15 janvier 2008 relatif au régime spécial de retraite du personnel de la Régie autonome des transports parisiens.

Depuis la reprise forcée du 21 novembre pour “permettre les négociations”, la confédération, comme les fédérations concernées font tout leur possible pour laisser croire que les choses avancent, que c’est moins pire, qu’il reste des choses à négocier, qu’il faut améliorer le rapport de force, et d’ailleurs le 22 janvier etc… etc…
C’est la tradition dans la confédération : le mensonge pour politique, la déformation, le travestissement de la réalité pour tenter de ne pas perdre la face. Confédération comme fédérations tentent de nous faire croire que la tactique suivie a fait la preuve de sa justesse, que l’orientation du 48ème Congrès était juste.
Mais les travailleurs voient le résultat, cash. Des années de travail en plus, des pensions amputées de centaines d’euros. Maintenant, c’est cash qu’il faut faire payer les directions syndicales !

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Quelle pression?

Publié par lucien sur 4 décembre 2007

Les organisations syndicales de la Fonction publique nous ont servi hier une déclaration remarquable pour nous dire… qu’elles n’ont rien à nous dire sinon qu’elles iront aux négociations du 17 décembre. Comme pour mettre une touche de ton combatif elles ont précisé: “Les organisations syndicales signataires prennent acte de ces annonces mais entendent maintenir la pression…” Quelle pression?? Des actions seraient donc envisagées pour un rapport de force préalable à la négociation? Allons donc! On ne nous annonce qu’une… réunion après la négociation:

Les organisations signataires apprécieront les réponses ou l’absence de réponses et arrêtent le principe d’une nouvelle rencontre intersyndicale à l’issue de cette première réunion de négociation“.

Avec une telle pression, les fonctionnaires savent désormais qu’ils sont en de bonnes mains.

Stéphane Julien

Ensemble

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Contre-riposte

Publié par lucien sur 29 octobre 2007

Un groupuscule de “républicains laïques” sévit actuellement sur internet en brisant tout le travail fait en 2004 sur l’intrumentalisation du concept d’”islamophobie”. Il s’agit de Riposte laïque, dernier avatar sur internet d’une équipe de rédaction issue de Respublica, proche de l’UFAL. Nous avions déjà mis en garde contre des dérives au sein de cette ligne rédactionnelle et avions rompu avec eux lors des émeutes de 2005 (cf. par exemple Fracture ethnique?). Dans le camp laïque, nos camarades de la revue Ni patrie ni frontières avaient fait de même (cf. « Caïds » du 9-3, « islamistes » de 8 ans et mosquées “clandestines” !). Ces gens ont pris comme nouvelle croisade d’attaquer Caroline Fourest, de la revue Prochoix, qui ne souhaitait pas un engagement “sans réserve” dans l’affaire des Vosges. Ils le font en confondant volontairement islam et islam politique, en niant l’orientation politique donnée à ce dossier par l’avocat villiériste, en désertant le 3° camp pour rallier la théorie de Huntington du choc des civilisations. Le dernier éditorial Riposte laïque est éloquent:

Abandonnée de tous, Fanny s’est contentée de prendre un avocat de droite, qui s’est contenté de faire son métier, sans le politiser. Certains, qui n’ont que compréhension pour les choix politiques d’Ayaan Hirsi Ali, ont rejeté et insulté Fanny, jugée coupable d’avoir été défendue par Alexandre Varaut.

(…) Quand elles disent qu’il y a un choc de civilisations, non entre l’islam et l’occident, mais entre l’obscurantisme et la démocratie, tout le monde les applaudit, à juste titre.

Mais si un « Français de souche » ose tenir les mêmes propos, ce qui est arrivé à Robert Redeker, il est immédiatement suspecté d’être d’extrême droite, voire un adepte de la théorie de Samuel Huntington sur le choc des civilisations. On le salit, on lui fait la leçon, lui intimant l’ordre de faire la différence entre islam et islamisme, ce qu’Ayaan Hirsi Ali et d’autres ne font plus depuis longtemps,(…)

Quand notre ami Pascal-Mohamed Hilout dit des choses semblables, avec ses mots à lui, il est suspecté d’être le « bougnoule de service », comme lui a dit un jour la porte-parole des « Indigènes de la République ».

Quand une femme comme Fanny Truchelut voit les représentantes de cet islam venir exhiber leur tenue prosélythe dans un gîte, et qu’elle a trente secondes pour prendre une décision, elle est traînée dans le boue par toutes ces bonnes âmes qui la qualifient de raciste et d’intégriste catholique. (…)

Cela n’empêche pas des professeurs de laïcité, convaincus d’être de grands théoriciens, depuis leurs bureaux parisiens, de décréter que Fanny a enfreint gravement les principes laïques entre la sphère publique et la sphère privée.

Dans ce même numéro on trouvera aussi cette phrase: Entre deux français, il semble donc que la gauche a une préférence marquée pour le français d’origine immigrée“[*].

Ensemble condamne vigoureusement cette logique comme il avait déjà condamné en 2005 les tenants de la “fracture ethnique” ou de l’interprétation des émeutes comme “l’alliance des ayatollahs et des dealers“, récupérations de la rhétorique des “identitaires”, et regrette que cette dérive ne fasse que donner prise a posteriori aux arguments des défenseurs de l’unité d’action avec les islamistes. Notre combat laïque est et restera clairement, dans la défense des principes et des salarié(e)s en lutte: Ni réaction théocratique, ni impérialisme! Nous ne confondrons jamais le combat pour l’émancipation des femmes avec aucune forme, fut-elle rampante, de xénophobie.

Ensemble

[*] Dans le genre de prose de Riposte laïque on trouve aussi le mois dernier sur l’immigration: “On pourrait faire à l’égard des prestations sociales une remarque convergente, le premier budget des départements étant celui de l’action sociale, dont les journées d’hôtel que coûte l’accueil de famille sans logement avec enfants, y compris sans papiers dont les enfants sont scolarisés qui ne cesse de croître, s’inscrivent dans des dépensent publiques qui ont leurs limites et dont l’explosion met en grave danger le système de solidarité lui-même, dès aujourd’hui. Rappelons que ce système bénéficie à bien des familles d’origine immigrée ou étrangères souvent en difficulté en raison du caractère économique de leur immigration, dans des proportions ainsi bien supérieures à ce qu’elles représentent vis-à-vis de la population dans son ensemble. Faut-il vraiment encore en rajouter en ouvrant en grand les portes de la France à une immigration sans contrôle ?”

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L’anti-universalisme et le pseudo front anti-impérialiste

Publié par lucien sur 17 octobre 2007

(Post-scriptum à Laïcité: le ver est dans le fruit, texte de 2005)

L’ethnodifférencialisme est un anti-universalisme fondé par la “Nouvelle droite” qui s’est diffusé depuis, dès lors qu’il devenait commode.

Le discours ethno-différencialiste absolutise les identités et défend un modèle social dans lequel chaque communauté ethnique (ou religieuse) peut s’organiser de manière autonome autour de ses propres normes éthiques et juridiques.” (site antifasciste REFLEXes)

Chez les partisans de Tariq Ramadan, cet anti-universalisme s’exprime d’une façon qui ne laisse aucun doute:

Oui, l’internationalisme prolétarien peut être raciste. De même que le slogan « Travailleurs français-immigrés : même patron, même combat » est faux et juste à la fois, le mot d’ordre « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous » est lourd d’ambivalences. Il est vrai qu’il a pour finalité l’abolition de toutes les formes d’exploitations de l’homme par l’homme mais, outre qu’il plonge ses racines dans un certain universalisme idéaliste, il présuppose une homogénéisation de l’espace et du temps par la domination capitaliste (…)” (Sadri Khiari, extrait sur le site du collectif Les mots sont importants de Pierre Tevanian et ses amis).

La qualification de l’internationalisme prolétarien comme (potentiellement) raciste renvoie directement à l’anathème “islamophobe“. Le fait que ces jonglages idéologiques s’effectuent chez des défenseurs d’un front anti-impérialiste entre une certaine extrême-gauche (le SWP britannique avait lancé l’idée, cf. ici *) et la réaction islamiste, alors que les principes anti-universalistes sont issus de l’extrême-droite, ne doit pas nous surprendre:

  • Dans un article paru dans Libération en 2003 (cf ici), Cynthia Fleury et Emmanuel Lemieux comparaient déjà les postures de Tariq Ramadan et d’Alain de Benoist, le fondateur de la Nouvelle droite: réaction dissimulée derrière le discours différencialiste et anti-impérialiste.
  • Dans une étude sur des mouvements d’extrême-droite parue sur le site de la revue Le Banquet, on lit notamment:

l’évolution est grande depuis le temps où Fabrice Robert distribuait dans les banlieues des tracts négationnistes rédigés en arabe, ou, avec des militants tout à la fois maghrébins et communistes, contre la Guerre du Golfe. À l’époque, les NR [nationalistes-révolutionnaires] considéraient que « des rapprochements/collaborations avec des cercles arabes ou musulmans anti-impérialistes (a priori les futurs facteurs de déstabilisation du Système) sont probables et souhaitables. Dans ce cas, on insistera sur un discours ethnodifférencialiste ».

L’extrême-droite avait effectivement déjà expérimenté ce genre d’alliances opportunistes que Sadri Khiari (revenons-en à lui) exprimait dans la revue théorique de la LCR, Critique communiste n°172 (mars 2004, article complet ici):

Les convergences sur le terrain (contre les discriminations, le racisme et l’islamophobie, contre les guerres de Bush et Sharon, contre la mondialisation et l’uniformisation culturelle…) ont montré que des synergies étaient souhaitables et possibles entre la gauche et certains mouvements français se réclamant de l’islam“.[**]

Chaque fois, l’ethnodifférencialisme sert avant tout de cache-sexe. Les “identitaires” d’extrême-droite y dissimulent leur racisme en visant un front anti-impérialiste d’un type particulier, de type fasciste (contre un impérialisme “américano-juif”), les tiers-mondistes couramment appelés “islamo-gauchistes” (les appeler “gauchistes” c’est encore leur accorder trop d’honneur) y dévoient leur antiracisme en visant un chimérique front anti-impérialiste avec la réaction théocratique, ignorant superbement les leçons de la révolution iranienne.

S.J.

(site Ensemble)

Notes

[*] : “Là où les islamistes sont dans l’opposition, notre règle de conduite doit être : « avec les islamistes parfois, avec l’Etat jamais” Harman, 1994.

[**]: Il ne s’agit évidemment pas d’une prise de position isolée. Dans un article sur l’Irak dans le n° 495-496 de juillet 2004 d’ Inprecor et le n°360-361 d’International Viewpoint ( les revues de la IV° Internationale), Gilbert Achcar, après avoir qualifié le Parti communiste-ouvrier d’ultra-sectaire, propose de “frapper ensemble en marchant séparément” avec les islamistes. Quant aux leçons de l’Iran, le site belge de la IV° Internationale publie en 2005 qu’”il n’y a pas eu de contre révolution ni usurpation de la révolution par Khomeiny” (cf. ici).

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Voir aussi:

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Affamer les pauvres. L’éthanol et le prix de la tortilla mexicaine, par Noam Chomsky.

Publié par vendemiaire sur 2 septembre 2007

CommonDreams.org et The International News, 16 mai 2007.

Le chaos provoqué par ce qu’on appelle l’ordre international est bien néfaste pour ceux qui se trouvent dans les niveaux inférieurs de la structure. Les tortillas [crêpes de maïs mexicaines] sont maintenant l’enjeu d’un conflit. Dans plusieurs régions du Mexique le prix des tortillas a augmenté de plus de 50%. En janvier, dans la ville de Mexico, des dizaines de milliers de travailleurs et de paysans ont manifesté sur le Zócalo, place centrale de la ville, pour protester contre le prix trop élevé des tortillas.

En réponse le gouvernement du président Calderón est parvenu à un accord avec les producteurs et les détaillants pour fixer une limite aux prix de la tortilla et de la farine de maïs, très probablement une solution temporaire.

La hausse des prix menace le principal produit alimentaire des Mexicains pauvres. C’est l’un des résultats de ce qu’on pourrait appeler l’effet éthanol, conséquence de l’acharnement des Etats-Unis à vouloir produire de l’éthanol à partir du maïs - substitut énergétique du pétrole, dont les principales réserves se trouvent bien sûr dans les régions du monde où l’ordre international est le plus menacé.

Ainsi l’effet éthanol aux Etats-Unis a fait monter les prix d’une bonne quantité de produits alimentaires, comme les céréales et la volaille. Il n’existe pas de relation directe entre l’instabilité au Moyen-orient et le coût de l’alimentation aux Etats-Unis, bien entendu. Mais comme toujours dans le commerce international les puissants font incliner la balance. Depuis bien longtemps l’un des objectifs de la politique extérieure des Etats-Unis a toujours été de créer un ordre global dans lequel les entreprises états-uniennes disposent d’un libre accès aux marchés, aux ressources et aux opportunités d’investissement. C’est ce qui est communément appelé le « libre échange », dénomination qui ne résiste pas au premier examen sommaire.

Cela n’est en rien différent de ce que la Grande-Bretagne, antécesseur dans la domination mondiale, avait imaginé durant la deuxième moitié du XIXème siècle quand elle adopta le libre échange, non sans avoir auparavant atteint une puissance industrielle bien supérieure à tous ses rivaux potentiels grâce à 150 ans d’interventionnisme étatique.

Les Etats-Unis ont dans une grande mesure suivi le même modèle. Généralement les grandes puissances désirent un certain niveau de libre échange lorsqu’elles considèrent que cela favorise les intérêts économiques qu’elles protègent. Cela a toujours été, et cela reste, l’un des caractères principaux de l’ordre international.

Le boom de l’éthanol relève de la même logique. Comme le signalent C. Ford Runge et Benjamin Senauer, spécialistes de l’économie agricole, dans le dernier numéro de Foreign Affairs, « l’industrie du biocombustible n’est pas activée par les forces du marché mais elle est depuis longtemps dominée par les intérêts de quelques entreprises », notamment par Archer Daniels Midland, le plus grand producteur d’éthanol.

La production d’éthanol se maintient grâce aux subventions de l’Etat et grâce aux tarifs douaniers forts élevés qui empêchent l’entrée de l’éthanol brésilien issu de la canne à sucre, nettement meilleur marché et de meilleure qualité. En mars lors d’un voyage du Président Bush en Amérique latine, la seule chose à laquelle il soit parvenu c’est à un accord avec le Brésil pour une production conjointe d’éthanol.

Mais Bush, tout en répétant la rhétorique du libre échange pour autrui soulignait que les hauts tarifs douaniers qui protègent les producteurs états-uniens seraient maintenus, ainsi que bien entendu tous les dispositifs d’aides gouvernementales pour cette branche.

Malgré les énormes subventions apportées à l’agriculture [états-unienne], financées par les contribuables, les prix du maïs et des tortillas ont augmenté très vite. L’un des facteurs c’est que les industriels commencent à utiliser les variétés de maïs mexicain qui sont meilleur marché. Cela fait monter les prix. Le Traité de libre commerce (TLC) de 1994 peut jouer un rôle de plus en plus important. Les déséquilibres initiaux du TLC ont eu pour conséquence d’inonder le Mexique de produits de l’agro-industrie subventionnée - contraignant bien des producteurs mexicains à abandonner leur terre.

L’économiste mexicain Carlos Salas après une analyse détaillée des données a signalé que, après une augmentation constante jusqu’en 1993, l’emploi dans l’agriculture a commencé à baisser avec l’entrée en vigueur du TLC, notamment parmi les producteurs de maïs - conséquence du TLC selon les conclusions de Carlos Salas et d’autres. Un sixième de la force de travail mexicaine dans l’agriculture a disparu depuis le début du TLC, et ce n’est pas fini. Cela fait baisser les salaires dans d’autres secteurs de l’économie et cela fait augmenter l’immigration vers les Etats-Unis. Ce n’est certainement pas tout à fait par hasard si le Président William Clinton a militarisé la frontière mexicaine -auparavant assez ouverte-, en 1994, juste au moment de l’entrée en vigueur du TLC.

Le Mexique auparavant autosuffisant sur le plan alimentaire est devenu dépendant des Etats-Unis du fait de la politique de « libre échange ». Le prix du maïs augmentant aux Etats-Unis, sous la pression des grandes entreprises et de par l’interventionnisme de l’Etat, on peut anticiper que les prix continueront d’augmenter de façon drastique au Mexique. De plus en plus les biocombustibles sont susceptibles d’« affamer les pauvres » dans le monde, disent Runge et Senauer, dans la mesure où les produits sont transformés en éthanol pour les privilégiés - le manioc en Afrique sub-saharienne pour prendre un autre exemple préoccupant.

De la même façon, dans le sud-est asiatique, les forêts tropicales sont taillées et brûlées pour produire de l’huile de palme destinée aux biocombustibles. Et aux Etats-Unis l’environnement est menacé par l’utilisation de grandes quantités d’intrants dans la production de maïs pour d’éthanol.

Le prix élevé de la tortilla, comme les autres soubresauts de « l’ordre international », montre le lien qui existe entre les événements du Moyen-orient au Midwest [« Moyen Occident », région centrale des Etats-Unis] et la nécessité d’établir des relations commerciales basées sur des accords vraiment démocratiques entre les personnes, et non sur des intérêts dont l’objectif principal ce sont les bénéfices des grandes entreprises subventionnées et protégées par l’Etat qu’elles dominent complètement, sans la moindre considération pour le coût humain.

Noam Chomsky

 

- Titre original : « Starving The Poor »

- Source originale (anglais) : www.commondreams.org

- Version espagnole : www.aporrea.org

- Traduction : Numancia Martínez Poggi

 

[Avram Noam Chomsky (7 décembre 1928), linguiste américain, est professeur au Massachussets Institute of Technology (MIT), l’un des principaux centres de recherches aux Etats-Unis. Ils est l’un des principaux critiques de la politique et des médias de son pays et a écrit plus de 60 livres, parmis lesquels 23 sur la politique des Etats-Unis.]

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“L”intellectuel de gauche va disparaître, tant mieux”

Publié par vendemiaire sur 18 juillet 2007

Alain Badiou, philosophe, professeur émérite à l’Ecole normale supérieure

“L”intellectuel de gauche va disparaître, tant mieux”

LE MONDE, 14.07.07

Comment interprétez-vous les changements politiques et électoraux récents ?Comme la véritable fin de la forme française de l’après-guerre : un système droite-gauche qui avait en partage un bilan très particulier de la guerre, du pétainisme et de la Résistance. Le système gaullo-communiste. Chirac était le Brejnev du gaullisme, c’est-à-dire celui qui conserve un système délabré, et dont l’idée prudente est qu’il vaut mieux ne rien faire. L’élection de Nicolas Sarkozy et le fait que des gens présumés de gauche entrent dans son gouvernement sonnent le glas de cet après-guerre. En attendant, quelle est cette nouvelle droite qui, n’étant plus gaulliste, est capable de siphonner les voix de l’extrême droite ? Disons les évidences : capitalisme décomplexé et réhabilitation à la fois factice et agressive du signifiant national.

Hormis les antiques maximes de la réaction “C’est très bien d’être riche” et “Que les pauvres travaillent plus et nous obéissent”, le contenu positif du sarkozysme est incertain. Son contenu négatif est bien connu : persécution des étrangers, surtout s’ils sont ouvriers et/ou pauvres ; ministère spécial pour “s’occuper” des affaires de ces gens-là ; mise au pas répressive de la jeunesse populaire. La vraie campagne de M. Sarkozy n’a pas été l’élection présidentielle mais son action en tant que ministre de l’intérieur. Sa loi sur les étrangers, aussi scélérate que peu connue du public, et les rodomontades policières ont fait entrer de façon ouverte le lepénisme dans l’Etat et enterré l’”exception française”. D’où la déconfiture totale de la gauche et de l’extrême gauche, cramponnées au consensus d’après-guerre.

Quelles conséquences ces changements politiques peuvent-ils avoir sur la vie intellectuelle ?

Le ralliement à M. Sarkozy symbolise la possibilité pour des intellectuels et des philosophes d’être désormais des réactionnaires classiques “sans hésitation ni murmure”, comme dit le règlement militaire. Sont compris dans ce ralliement la fréquentation corrompue des riches et des puissants, la xénophobie antipopulaire et l’adoration de la politique américaine. Autrefois, quand un intellectuel était de droite, il avait des complexes. Même Raymond Aron en avait ! La séquence de l’après-guerre avait constitué le personnage bien typé de l’intellectuel de gauche. Nous allons assister - ce à quoi j’aspire - à la mort de l’intellectuel de gauche, qui va sombrer en même temps que la gauche tout entière, avant de renaître de ses cendres comme le phénix ! Cette renaissance ne peut se faire que selon le partage : ou radicalisme politique de type nouveau, ou ralliement réactionnaire. Pas de milieu.

Vous êtes, depuis la parution de Circonstance, 3. Portées du mot “juif” (Lignes, 2005), au coeur d’une polémique intellectuelle à propos de vos positions sur Israël que certains pensent favorables à sa disparition. Qu’en pensez-vous ?

Je crois que cette polémique, si on la prend à son niveau le plus consistant et le plus élevé, tourne autour de la question de l’universel. Quel est le rapport entre le mot “juif” dans toute son extension, sa résonance historique et intellectuelle, et l’universalité émancipatrice ? L’universalisme subit une attaque de droite qui maintient qu’il faut revenir aux nations, aux traditions, à la religion, à la morale des familles, etc. Mais il doit compter aussi avec une attaque de gauche qui soutient que l’universalisme abstrait a toujours été une forme d’impérialisme intellectuel et qui pense que les identités sexuelles, raciales ou communautaires doivent être défendues. Contre quoi ? Eh bien, finalement, contre l’abstraction du marché. Dans ce débat, j’estime occuper une position médiane, même si j’ai la dent dure. Je m’oppose à la défense traditionaliste des identités morales, nationales ou religieuses, mais aussi à la défense moderniste qui prétend faire des identités le coeur de l’opposition politique au capitalisme mondialisé. Tel est le contexte dans lequel j’aborde la question du mot “juif”.

Pourquoi réduisez-vous la question à un mot ? N’est-ce pas une réalité ?

Bien sûr ! “Français” aussi… Mais “être français” ne m’empêche pas d’être d’origine africaine, ou aristocrate héréditaire, ou à moitié allemand, ayant telle ou telle idée de mon pays, héritier de la Révolution française ou au contraire fétichiste d’un terroir… Sous le mot, de valeur variable, on trouve une multiplicité infinie. Je polémique contre ceux qui disent que “juif” est un nom, et non pas un mot, c’est-à-dire ceux qui soutiennent que le mode de rassemblement que ce nom forme est unifié et absolument irréductible à tout autre. A mon avis, cela n’est soutenable que si intervient la transcendance divine. Dans ce cas, et dans ce cas seulement, on peut soutenir que “juif” est un nom, parce qu’il s’inscrit dans l’espace d’une élection : “juif” est le nom de l’Alliance. Je soutiens, comme le fait de façon cohérente Levinas, qu’il n’est pas possible de maintenir cette exception nominale sans l’appui de la religion.

Ma cible n’est en réalité ni le sionisme, ni l’existence de l’Etat d’Israël, ni même un certain type de relation entre l’identitaire et l’Etat. Je critique une instrumentation idéologique du mot “juif” dans la polémique intellectuelle, spécialement en France, à des fins que je crois liées à la vague réactionnaire dans laquelle nous sommes plongés depuis près de trente ans. Il serait terrible pour les juifs, cette multiplicité vivante, de laisser le mot dont ils se réclament, et qui est lié de longue date aux aventures de l’universel, devenir l’emblème du capitalisme modernisé, de la xénophobie anti-arabe ou anti-africaine et des guerres américaines. Je constate, avec une vraie douleur, que toutes sortes de gens dont j’ai été proche, parfois de chers amis, qui vers 1970 gravitaient autour du maoïsme révolutionnaire, ont pratiqué peu à peu la référence au mot “juif” et à l’Etat d’Israël comme un support pour quelque chose de politiquement et d’intellectuellement plus vaste, que l’on peut appeler la réinsertion dans l’Occident. Par “Occident”, je veux dire l’ensemble des pays développés et “démocratiques”, leur puissance et leur mode de vie jugé supérieur. Le traumatisme inouï qu’a été l’extermination des juifs d’Europe dans les chambres à gaz du nazisme rend cette instrumentation redoutable, parce qu’elle sidère la pensée, l’immobilise dans une mémoire conservatrice.

On vous accuse de vous attaquer à la mémoire de la Shoah, ou du moins à ses usages. Est-ce parce qu’elle a servi l’itinéraire que vous dénoncez ?

Je pense que la promotion des massacres et des victimes comme seuls contenus intéressants de l’Histoire est liée à un processus profond de dépolitisation. Examiner toutes les situations exclusivement à travers des catégories morales conduit à l’impuissance politique. D’autre part, je ne pense pas que la mémoire soit une bonne catégorie si l’on désire la non-répétition des désastres, parce que cette non-répétition suppose un jugement rationnellement constitué sur ce qui s’est passé. Une mémoire émotive fondée sur l’horreur et ses images est en réalité ambivalente. Distinguer entre ce qui relève de l’émotion de répulsion et l’émotion de fascination est très difficile. Oui, je me méfie de la mémoire. Tout autant de la mémoire des atrocités coloniales ou du stalinisme que de la mémoire du nazisme. L’intelligence politique et historique doit universellement remplacer la douteuse mémoire, proie désignée des propagandes.

C’est en ce sens que vous suggérez dans Circonstances, 3 d’oublier l’Holocauste ?

Cette phrase, dont je veux rappeler qu’elle figure dans un entretien avec le journal israélien Haaretz, était, vous vous en doutez, d’une imprudence calculée : elle ne pouvait se comprendre que dans le contexte, traitant des conditions de possibilité d’un dialogue entre Palestiniens et Israéliens. La phrase suivante précise aussitôt qu’un tel oubli est évidemment impossible.

N’est-ce pas la mémoire de la Shoah qui conserve, au moins en Occident, sa légitimité à l’Etat d’Israël ?

Que les choses soient claires : je n’ai jamais pensé que le destin des Israéliens était d’être jetés à la mer. Je ne crois pas non plus que la question des frontières d’Israël soit au coeur du problème. De l’intérieur d’une situation assumée, autrement dit en déclarant que l’installation de centaines de milliers de juifs à cet endroit-là est irréversible, j’estime que l’idée régulatrice, pour le devenir de la région, ne peut être que la vie mêlée des Palestiniens et des Israéliens sur une même terre. J’ai toujours pensé que la formule d’”Etat juif” était une formule périlleuse. Aujourd’hui, les politiques émancipatrices veulent que les nationalités et les Etats ne soient pas exclusivement définis en termes identitaires ou raciaux. Au minimum : le droit du sol contre le droit du sang. Israël sera nécessairement pris dans ce devenir, où l’universel s’établit peu à peu là où régnait la particularité.

Cela vous paraît mettre en question la légitimité d’Israël comme Etat juif ?

Vous savez, j’ai certainement écrit des choses beaucoup plus violentes contre la France que contre l’Etat d’Israël ! Le sionisme peut être inscrit dans une dimension coloniale, mais aussi dans une dimension révolutionnaire. Il a combiné les deux aspects, c’est ce qui en fait un phénomène singulier. Que des gens qui se désignaient au sein des nations européennes comme une minorité particulière de caractère national - la minorité juive - aient voulu trouver un lieu où réaliser territorialement cette identité sous la forme d’un Etat est une réalité historique qui, comme toute autre réalité de ce genre, n’est ni légitime ni illégitime. Ce que je ne crois pas raisonnable, c’est que cette aventure soit mise en exception des aventures nationales du même ordre, voilà tout.


Alain Badiou est philosophe, professeur émérite à l’Ecole normale supérieure
Propos recueillis par Nicolas WeillArticle paru dans l’édition du 15.07.07

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Forum du syndicalisme de classe et de masse le 26-05

Publié par lucien sur 22 mai 2007

Courrier du CILCA:

Chers camarades et amis,

Nous vous rappelons que le Forum du syndicalisme de classe et de masse aura lieu AMEDI prochain, 26 mai, à partir de 9 h 30 à Paris (grande salle du CICP, 21 ter, rue Voltaire, XIIe arrondissement, M° Nation ou Rue-des-boulets).

À l’initiative commune de collectifs de militants syndicaux et de syndicats lutte de classe (CILCA, CL-CGT, CUFSC, Où va la CGT, CGT-E Dalkia et FSE Paris-I/Paris-IV), ce Forum devrait regrouper au moins 150 militants.

Prévu depuis janvier (cf. l’Appel que vous aviez déjà reçu, également disponible
sur le site http://courantintersyndical.free.fr), cet événement prend une importance d’autant plus grande que le nouveau gouvernement compte s’attaquer dans les plus brefs délais au droit de grève, au CDI, aux régimes spéciaux de retraites, etc. Cette nouvelle situation exige plus que jamais le regroupement des militants syndicaux au-delà de leurs diverses sensibilités ou traditions, pour la lutte de classe, contre la collaboration de classe.

C’est pourquoi nous ne saurions trop insister pour vous inviter à participer également à ce Forum, dont vous trouverez ci-joint l’ordre du jour proposé.

Avec nos salutations militantes,
Le secrétariat du CILCA

Courriel principal : courantintersyndical.free.fr
http://courantintersyndical.free.fr
Tél. : 06 66 25 16 65
_______________________________________________________________________________

ORDRE DU JOUR proposé pour le Forum

9h 30 : Accueil

10h 00 : Introduction de Kamel Badaoui.

10h 20 : Forum sur “la Parole aux luttes”. C’est à ce moment qu’interviendront éventuellement d’autres collectifs, ou les grévistes de PSA ou d’ailleurs, etc.

11h 45 : Débat sur le syndicalisme d’accompagnement. Introduction de Benoît Foucambert.

13h 00 : Pause repas.

14h 15 : Débat sur la nécessité d’une plate-forme de lutte, les difficultés à la réaliser et les points déjà acquis. Intro de 10 mn par Christian Faucomprez.

15h 15 : Débat sur les méthodes et formes de lutte. Introduction de Ludovic Wolfgang.

16h 00 : Pause.

16h 30 : Débat sur la proposition de résolution, avec introduction de Kamel Badaoui.

18h 00 : Clôture après vote de la résolution.

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Union Juive Française pour la Paix: Lettre aux candidats à l’élection présidentielle

Publié par vendemiaire sur 25 mars 2007

PARIS, le 22 février 2007

Candidat(e) destinataire
OBJET: Elections présidentielles

Madame ou Monsieur,

Nous avons l’honneur de vous adresser le présent courrier en notre qualité d’association nationale. Juifs laïques, nous travaillons contre toute forme de discrimination et de racisme en France, ainsi qu’en faveur d’une paix juste au Proche-Orient.

Dans cette région du monde, pour nous, comme pour vous sans doute, il ne peut y avoir de paix sans justice. Ainsi, une paix durable entre Israéliens et Palestiniens passe nécessairement par le respect des droits nationaux légitimes du peuple palestinien, spolié et brimé par l’État d’Israël, puissance occupante engagée dans une politique de destruction de la société palestinienne.

En France, pour les hommes et les femmes politiques, il est devenu d’usage de chercher à s’attirer les bonnes grâces de «l’électorat juif». Seulement, ce concept relève plus d’un fantasme que d’une réalité politique et sociologique tangible. Il n’empêche, sur la foi de ce fantasme, il est également devenu d’usage de considérer que les Juifs soutiennent forcément la politique de l’État d’Israël.
Bien qu’un nombre significatif de nos concitoyens de religion ou de culture juive expriment un certain attachement à Israël, attachement plutôt affectif, ceci ne se traduit pas forcément pour ces mêmes citoyens en un appui inconditionnel aux politiques répressives menées par le gouvernement de cet État. Sachez qu’environ 80% des Juifs de France ne sont membres ni du Consistoire israélite, ni du mal nommé CRIF (Conseil «représentatif» des institutions juives de France).
Néanmoins, c’est également à ces 80% de Juifs qu’il faut s’adresser, comme à l’ensemble de nos concitoyens, toutes origines confondues. Précisons d’abord que les quelque 700000 citoyens de culture ou d’origine juive ne constituent même pas 1% de la population de ce pays, alors restons modestes. Qu’à cela ne tienne, le CRIF se comporte toujours en courroie de transmission de la politique israélienne. C’est plutôt le rôle de l’ambassade d’Israël. La population juive de France,
quant à elle, a d’autres préoccupations. Et pourtant, le CRIF est toujours traité dans certains milieux politiques et médiatiques comme s’il représentait très largement les Juifs français.

Il convient de retenir que la population juive française est traversée par un large éventail d’opinions, tout comme l’est l’ensemble de la société française. Sachez surtout qu’un nombre significatif de Juifs français condamne la politique d’occupation israélienne et, conformément au jugement de la Cour Internationale de Justice, est favorable au démantèlement du Mur de séparation construit à l’intérieur du territoire palestinien. Nous insistons: l’image d’une population juive française unanime pour soutenir la politique d’occupation israélienne ne correspond pas à la réalité. De plus, une telle image erronée ne va pas seulement à l’encontre de la recherche d’une paix juste au Proche-Orient. Elle va également à l’encontre de la recherche d’une paix sociale en France, entre citoyens d’origine différentes, unis dans le respect universel des droits de chacun.

Enfin, nous vous rappelons que deux entreprises françaises, Veolia et Alstom, participent, avec le soutien actif du Ministère de l’Économie, des Finances et de l’Industrie, à la construction du controversé tramway de Jérusalem. Ce dernier est un facteur de pérennisation de l’occupation israélienne de Jérusalem-Est et de consolidation des colonies israéliennes illégales au-delà de la Ligne Verte, qui doit servir de frontière entre Israël et le futur État palestinien. Nous vous exprimons donc notre consternation et notre désaccord sur le rôle des entreprises et du gouvernement français dans ce dossier.

En votre qualité de candidat, nous aimerions croire que vous ne courrez pas après un prétendu «vote juif» inexistant, en multipliant des déclarations tous azimuts favorables à la politique israélienne, quelle qu’elle soit, et peu importe qui est au pouvoir à Tel-Aviv.

Nous convenons que le CRIF représente certes un courant d’opinion dans la communauté juive. Mais nous en représentons un autre. Il est parfaitement compréhensible que vous receviez éventuellement des porte-parole du CRIF, mais nous vous invitons également à recevoir des porte-parole de notre association et ceux des organismes qui représentent d’autres sensibilités dans la communauté juive. Car cette communauté est aussi plurielle que la République elle-même.

Nous considérons que la politique menée par le gouvernement israélien est criminelle vis-à-vis des Palestiniens et suicidaire vis-à-vis des Israéliens.

Veuillez croire, Madame ou Monsieur,en l’assurance de notre plus haute considération.

Pierre STAMBUL , Président, UJFP
et
Richard WAGMAN, Président d’honneur, UJFP

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Non à la C.S.I.

Publié par lucien sur 12 mars 2007

Dans le cadre de la préparation de son congrès national, le SNES publie des cahiers de contributions comme suppléments à son journal L’Université Syndicaliste. Nous publions ici la contributions aux débats envoyée par deux camarades UA.

Non à la CSI

Le débat sur l’adhésion de la FSU à la CSI va traverser le congrès du SNES dont la direction s’est illustrée durant le congrès FSU par sa volonté d’adhérer au plus vite. Espérons toutefois que le débat demeure serein et qu’il permette l’expression argumentée de tous les points de vue et de tous les faits, même si, comme disait l’autre, ils sont souvent têtus.

La CSI est le produit de la fusion de la CISL (créée par le syndicat étatsunien AFL-CIO avec les fonds de la CIA dans le contexte de la guerre froide) et de la CMT (fondée par le Vatican au début des années 20 contre le spectre du syndicalisme « rouge »). On nous dit aujourd’hui que la CSI aurait rompu avec les pratiques de ces peu glorieuses aïeules (refus de l’action revendicative, soutien aux coups d’Etat contre Allende en 1973 et Chavez en 2002…). Or, non seulement 50 des 70 membres de l’organe de direction de la CSI sont d’anciens de la CISL mais le nouveau patron de la CSI, Guy Ryder, ancien secrétaire général de la CISL, a bien pris soin de rassurer tout son monde : « lors du dernier congrès de la CISL, pour sa dissolution, j’ai insisté sur la continuité avec nos valeurs (de la CISL). Sans cela, cette organisation n’aurait pas accepté le processus de création de la CSI ».

Quant au programme de la CSI, présenté parfois comme audacieux voire combatif, il vise en réalité à inscrire l’action « syndicale » dans l’accompagnement de la mondialisation capitaliste et de ses ravages par la construction d’un « dialogue social mondial » entre syndicats et entreprises dans le cadre des institutions officielles du libéralisme (FMI, Banque mondiale, OMC, Union européenne,…). Ce qui conduit Guy Ryder à définir comme priorité stratégique l’obtention « d’un système minimal de protection pour garantir un système minimal de droits : on ne peut arrêter les délocalisations, mais on peut essayer de mettre en place des règles du jeu pour que ces changements soient acceptables. »

Ce qui est en fin de compte à l’ordre du jour avec l’adhésion à la CSI (dont la CES est l’antenne européenne), c’est la dilution progressive de notre syndicalisme dans un syndicalisme bureaucratisé et participant des institutions officielles, privé de son indépendance et voué, au mieux, à négocier en recul dans le cadre imposé de la mondialisation et des besoins des entreprises. C’est d’ailleurs cette inscription de l’action syndicale dans les limites du système économique qui explique que, de la CES à l’AFL-CIO aux EU où 45 millions de travailleurs sont sans couverture sociale, ce syndicalisme d’accompagnement n’a jamais réussi (ni même cherché !) à conquérir d’avancée pour les travailleurs.

Benoit Foucambert, Snes 28 (UA)

Pascal Rolando, Snes 28 (UA)

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- Des mêmes auteurs:

- Voir aussi d’autres contributions préparatoires au congrès du SNES:

- Sur la question de la CSI, outre la contribution de G. Réquigny déjà citée ci-dessus, on pourra aussi relire:

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